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 Sentiment sur remaniement gouvernemental du 23/03/2008

C’est une décision qui fait grand bruit et qui depuis qu’elle est tombée, taraude jusqu’à l’anxiété,  bien des esprits.

Elle fait l’évènement d’abord pour ceux qui la considèrent comme une réponse à la crise dont le régime est l’objet depuis un certain temps. Il semble que sur ce point, nos mises en garde contre les risques d’un enfermement du pouvoir sur lui-même par négation de toute opposition digne de ce nom soient confirmées puisque la cohésion du régime est mise à rude épreuve avec l’apparition en son sein d’une opposition encore plus menaçante. Pour beaucoup en effet, l’éviction ciblée de Salif Diallo consacre la rupture entre Blaise Compaoré et celui-ci dont la presse avait fini par en faire ses choux gras et qu’on disait alimentée entre autres par l’opposition de l’ex ministre d’Etat de voir François Compaoré succéder à son frère de président. L’opposition, ces derniers jours, avait atteint le point de non-retour avec les accusations de patronage des émeutes que certains imputaient à Salif Diallo. Face à la dégradation de l’image du pays et de l’autorité de l’Etat que cette mésintelligence « familiale » entraînait, il se pourrait que Blaise Compaoré ait voulu remettre les pendules à l’heure. Pour ce faire, il a pu opter pour un remaniement qui atteigne le seul Salif Diallo comme pour le mettre au défi de tirer toutes les conclusions de ses prises de position.
Mais le départ de Salif Diallo fait aussi grand bruit et alimente toutes les exégèses parce qu’il en est qui considère qu’il pourrait aussi être la décision fondatrice d’une rénovation de la gouvernance nationale. Les critiques pleuvent ces derniers temps, s’appuyant sur les nombreuses dérives dans la gouvernance et les émeutes récurrentes que connaît le  pays, de faire relâche au port pour vérifier la machine de la gouvernance avant de repartir.
Mais ce qu’il faut dire, c’est que l’éjection de Salif Diallo du gouvernement pouvait d’autant moins passer inaperçu que l’homme n’est pas n’importe qui.  Il a pendant de nombreuses années, été le compagnon fidèle de Blaise Compaoré, le constructeur le plus efficace de son Système. A ce titre, pour sauver l’essentiel, il n’a pas toujours fait dans la dentelle de sorte que si on peut lui faire reproche d’avoir contribué à la construction d’une démocratie bidouillée, il n’en reste pas moins le casse-cou, l’élément clef qui a le plus contribué à la longévité du pouvoir du chef de l’Etat.  Peut-être que ce dernier a fini par tirer la conclusion qu’il y a plus d’inconvénients que d’avantages à filer en duo avec lui, d’où cette décision de s’en défaire.
Mais pour nous, le plus important n’est pas dans ce énième règlement de comptes des enfants de la révolution qui continuent à se manger entre eux, mais dans la prise de conscience responsable qu’il faut reprendre l’entreprise démocratique pour recadrer la gouvernance nationale. Nous disons qu’entre les risques de céder au conservatisme en résistant au changement et ceux de l’aventure du coup d’Etat dont on parle de plus en plus, il y a place pour la  refondation de la gouvernance nationale. Pour nous, c’est plus que jamais la priorité et l’objectif duquel nous ne devons pas nous détourner. C’est l’appel que pour ma part, je voudrais lancer à l’occasion à tous jusqu’au chef de l’Etat. Notre pays a trop souvent connu de tels moments d’incertitude où les tentations les plus  extrêmes étaient aux aguets pour que chacun aujourd’hui ne soit pas capable de dépassement.
 
Ouagadougou, le 24 mars 2008
 
Me Hermann Yaméogo,
 
 
Président de l’UNDD