San
Finna N°400 du 12 au 18 Février 2007
Et puis, les interventions ont commencé. Tour à tour, sont intervenus le vice Président Amadou Dabo, la vice présidente Marlène Zebango, le Secrétaire général Salif Ouédraogo, la Commissaire nationale Mme Adèle Kaboré. Interventions qui ont toutes été ponctuées d’applaudissements en raison de leur pertinence. Des délégués du Mouvement de la Jeunesse UNDD/Mali et du Mouvement de la jeunesse UNDD/Côte d’Ivoire ont également pris la parole, et les congressistes ont pu se rendre compte que l’UNDD n’était pas moins alerte au Mali, en Côte d’ivoire qu’au Burkina faso. Et puis, la parole est revenue au président du parti qui a à son tour, régalé aussi l’assistance dans une intervention (à lire ci-dessous) en français ponctuée de virées dans le moré national. Dans l’après-midi et la soirée, les congressistes se sont penchés sur les projets de recommandation. Une recommandation qui retient l’attention est relative à une demande de clarification entre majorité et opposition. Quand on sait que de plus en plus de partis crient haut et fort qu’ils ne sont ni de la majorité ni de l’opposition (alors que bien souvent, on sait où ils sont), cette demande apparaîtra aux yeux de beaucoup de Burkinabé, comme légitime. Il fallait s’attendre à une recommandation sur le dossier Norbert Zongo. Ca n’a pas manqué et l’originalité a consisté dans le fait que, «se référant au précédent de l’assassinat de Rafic Hariri au Liban », l’UNDD en a appelé, puisque le pouvoir jure la main sur le cœur vouloir régler cette affaire, à « la signature d’une convention entre l’Etat du Burkina Faso et l’ONU afin qu’il soit créé un tribunal international sur le quadruple assassinat de Sapouy ». Une absence de réponse positive du pouvoir prouverait son désir manifeste de ne pas voir ce dossier régler. Et comment oublier le dossier ivoirien et la négociation en cours ? Les congressistes ont donc planché sur une motion de soutien à ce dialogue inter ivoirien. San Finna a tenu à publier, juste après le discours d’ouverture de Me Hermann Yaméogo, la note édifiante qui accompagne une recommandation sur l’abandon du scrutin provincial au profit du scrutin régional.
Mesdames
et Messieurs de la Presse, Au moment où s’ouvre notre premier congrès depuis la reconstitution de l’UNDD, nous devons avoir une pensée pour tous ceux qui ont été les géniteurs et les bâtisseurs de ce parti, et qui ne sont plus de ce monde. Une pensée aussi pour ceux qui, depuis la grande trahison de juin 2003 qui nous a privés de l’ADF/RDA, ont été rappelés à Dieu. Pour eux tous, je vous demande de sacrifier à la minute de silence. Merci à vous tous. Notre Congrès se tient, Mesdames et Messieurs des médias, chers Camarades, sous deux auspices. Le premier, bienheureux, est lié à l’adhésion générale au dialogue inter ivoirien et à ce dégel entre notre pays et la Côte d’Ivoire qui en est la conséquence ou la cause. Le second, angoissant, s’attache à la désespérance nationale croissante dont la dernière mutinerie (avec ses répliques souterraines) constitue le signal le plus fort. Nos assises en seront forcément imprégnées. Et pour cause ! Avant d’y revenir, relevons que la crise (et pour tout dire la guerre imposée à la Côte d’Ivoire) n’a jamais rencontré notre agrément. Position logique et de principe puisque nous avions déjà dénoncé les ingérences du régime au Liberia, en Angola, en Sierra Leone, n’hésitant pas à prendre la rue pour en demander la cessation. Vous êtes témoins, Camarades présents dans cette salle, Mesdames et Messieurs des médias, que nous avons été les premiers à dénoncer haut et fort cette guerre de plus dont nous avons mis en exergue les parrainages extérieurs évidents. Vous êtes témoins de ce qui s’en est suivi comme harcèlements et exactions à notre encontre. Tout le monde se souvient qu’à cause de cette prise de position, nous avons écopé de bannissement, de coup d’Etat à l’ADF/RDA, ce parti que nous avons porté à bout de bras pour en faire le premier de l’opposition, le deuxième du pays. C’est
le lieu de remercier tous ces responsables, ces militants, qui n’ont
pas fui le navire, aux temps chauds de l’intolérance, par
peur, par calculs ou simplement pour s’être laissé
convaincre que la barque était en perdition et que, comme des rats,
il fallait le quitter. Ces remerciements et ces félicitations vont
notamment à Noël Yaméogo, à Mathieu N’Do,
qui pour leur fidélité, ont connu la séquestration.
Ils ont eu raison de résister. Nous avons eu raison de faire le
carré autour de nos principes contre les déserteurs, contre
les subornés, contre les inquisiteurs, puisque l’histoire
nous rend aujourd’hui justice de nos sacrifices et de nos souffrances,
puisqu’ après tant de pérégrinations, voilà
Blaise Compaoré promu médiateur dans cette crise . Qui l’eût
dit, qui l’eût cru ? Mais à ce stade, évitons le travers du réquisitoire, de l’autosatisfaction. Les victimes elles-mêmes ne le font pas ; ne soyons pas plus royalistes que le roi ! Pour l’heure, concentrons-nous sur tout ce qui peut être fait pour rendre irréversible, le dialogue inter ivoirien. Le seul intérêt qui doit ici primer, c’est celui des peuples ivoirien et burkinabé, séparés par un accident, une cruauté de l’histoire (comme il en arrive souvent dans la vie d’une nation) et qui n’aspirent qu’à leurs retrouvailles. Le temps viendra de nous atteler à la déconstruction du faux en confection autour de tous ceux qui ont mis le feu aux poudres, demander sinon des comptes, des repentances à ces pyromanes qui se convertissent sans état d’âme en pompiers. Par contre, on nous entendra avec force tout au long de ce congrès sur la situation nationale marquée par une mal-gouvernance qui a atteint un point de non-retour. Nous relèverons d’abord le signal patriotique de l’armée qui a osé emprunter la voie de la sédition (de la désobéissance citoyenne et constitutionnelle pour être plus conforme aux évènements), afin de faire connaître au monde qu’elle n’approuve pas la façon dont les choses sont conduites en son sein et dans le pays. Notre parti n’est pas surpris que les évènements aient fini par prendre ce cours brutal. Il y a trop longtemps que nous avons tiré la sonnette d’alarme sur l’instrumentalisation de l’armée, les injustices en son sein, sa privatisation, son engagement dans des actions de prédation extérieure. Ce qui est arrivé devait arriver. Et rien ne sera plus comme avant ! L’armée en tout les cas s’est engagée dans la voie de sa réhabilitation. Au peuple maintenant à travers notamment ses organisations représentatives, aux jeunes… de rentrer dans la brèche pour permettre le retour à une véritable légitimité démocratique. C’est un devoir patriotique, et la Constitution nous y autorise parce que le régime a perdu sa légitimité s’il n’en a jamais eue. Nous parlerons du tragique de cette situation qu’on continue d’ occulter grâce à des complicités diplomatiques et médiatiques, pour montrer que nous avons effectivement atteint la charge de rupture. Nous martèlerons encore et toujours qu’il faut engager le débat et l’action autour des changements structurels. Il ne s’agit pas en effet, comme on l’entend réclamer ici et là du seul départ de Blaise Compaoré, envasé au pouvoir en fait depuis 1983 ; il s’agit aussi de celui de son clan et surtout de l’éradication de toutes ces structures de captation et de prédation du pouvoir et des richesses nationales qu’ils ont ensemble et de concert systématisé. On ne peut pas faire du neuf avec du vieux, on ne peut pas faire œuvre démocratique avec des maçons qui ne connaissent pas la démocratie, qui ne l’aiment décidément pas. On nous parle jusqu’à l’écoeurement du Burkina Faso comme d’un pays où tous les indicateurs sont au vert, avec des taux de croissance constants, qui marchent vers les 2 chiffres ; on nous saoule de ses prouesses politiques et sociales, de sa démocratie confortée par une stabilité institutionnelle et politique sans pareille. Mais on ne nous dira rien sur les méthodes employées pour obtenir cette « stabilité ». On se taira sur le fait que cette croissance laisse se débrouiller la majorité du peuple en butte à la pauvreté, à l’insécurité… ; on ne dénoncera pas cette prétendue stabilité qui ne vise que la pérennisation d’un homme et de son clan au pouvoir, et non un processus de nationalisation des institutions. Nous en parlerons
en étayant nos propos par des exemples et en stigmatisant en particulier
cette organisation, vaille que vaille, des législatives de 2007
alors que la réalité objective, la sagesse commandent la
pause nationale pour reprendre tout le processus démocratique. Je vous remercie, Mesdames et Messieurs de la presse, de nous avoir honoré de votre présence à cette séance d’ouverture. Quant à vous, Chers Camarades, Je souhaite
que de nos débats, courageux et sans tabous, nous puissions ressortir
avec un parti encore plus revigoré et plus fort pour apporter sa
part de contribution au relèvement patriotique, social et démocratique
de notre pays. II. NOTE DE L’UNDD SUR LE SCRUTIN PROVINCIAL A ABANDONNER AU PROFIT DU SCRUTIN REGIONAL Le Burkina Faso, selon des statistiques publiées par le MATD, avait une population en décembre 2005, estimée à 13.353.937 habitants. Nous savons que l’Assemblée nationale comprend 111 députés, soit 1 député pour 120.000 habitants. En revenant au scrutin provincial, nous constaterons, au vu du tableau ci-dessous, combien il est INJUSTE. Il faut donc réparer cette injustice et on le peut en revenant au scrutin régional. PROVINCE
NOMBRE D’HABITANTS On le voit bien, la province la plus petite est la Kompienga, avec 51 425 habitants. Sur cette base d’environ 1 député pour 50 000 habitants, l’Assemblée nationale devrait avoir 259 députés ! Ceci sans compter que cette province de la Kompienga (comme les 14 autres qui n’ont qu’un député) devrait avoir au minimum deux députés, puisqu’on sait qu’avec ce système, c’est le parti majoritaire qui remporte seul la mise ! C’est dire que si la Kompienga devait avoir deux députés, il faudrait doubler le nombre de députés dans toutes les provinces pour que le système soit juste au plan national. On atteindrait un chiffre de 518 ! Impossible évidemment ! Donc, le système le plus juste, c’est le scrutin régional. Sur cette base, et en partant avec les 111 députés (chaque élu représentant 120 000 habitants), voici les résultats qu’on obtiendrait : LA BOUCLE DU MOUHOUN : nombre d’habitants 1 464 163, soit 12 députés LA COMOE : nombre d’habitants : 421 715, soit 3 députés (avec un en plus vu le fort reste) soit 4 députés LE CENTRE : nombre d’habitants : 1 488 176, soit 12 députés LE CENTRE EST : nombre d’habitants : 1 080 344, soit 9 députés LE CENTRE NORD : nombre d’habitants : 1 185 622, soit 9 députés (avec un en plus vu le fort reste) soit 10 députés LE CENTRE OUEST : nombre d’habitants : 1 395 444, soit 11 députés LE CENTRE SUD : nombre d’habitants : 657 887, soit 5 députés L’EST : nombre d’habitants : 1 073 159, soit 8 députés (avec un en plus vu le fort reste), soit 9 députés LES HAUTS BASSINS : nombre d’habitants : 1 301 776, soit 10 députés (avec un en plus vu le fort reste) soit 11 députés LE NORD : nombre d’habitants : 1 196 470, soit 9 députés (avec un en plus vu le fort reste), soit 10 députés LE PLATEAU CENTRAL : nombre d’habitants : 738 252, soit 6 députés LE SAHEL : nombre d’habitants : 885 420, soit 7 députés LE SUD OUEST : nombre d’habitants : 611 832, soit 5 députés ET CE SERAIT JUSTICE !
PY/SK
|