SALVADOR FUSILLE HERMANN
Salvador Yaméogo, le frère cadet de Hermann Yaméogo, vient de claquer la porte. Dans une lettre datée du 21 octobre dernier, et qui est immédiatement tombée dans les mains des services de renseignement, il explique longuement et péniblement son geste. Il faut croire que cela a dû lui "coûter" de prendre une telle décision qui, en ce moment précis où son frère aîné est dans la tourmente, ne peut profiter qu'à ceux qui ont décidé d'en finir avec lui.
Que dit Salvador ? Le frère cadet informe son aîné que les accusations "récemment portées contre lui par le ministre de la Sécurité " ont jeté un trouble compréhensible chez lui. Il ne préjuge pas de la réalité matérielle de toutes ces accusations, mais les développements malheureux qui ont suivi le retour de voyage de son frère sont à déplorer. Il dit aussi que l'orientation imprimée au parti, depuis les prises de position de Hermann, hier, sur la Côte d'Ivoire et aujourd'hui sur la Mauritanie, de même que sa gestion de ces deux situations, qui causent tant de désagréments, sont lourdes de menaces pour l'avenir de l'UNDD : " Je viens donc vous informer de la totale impossibilité dans laquelle je me trouve désormais, de continuer à exercer pleinement et en conscience, au sein du parti, la mission de Coordonnateur National qui m'a été confiée. Je déplore, bien entendu, d'avoir à y mettre un terme dans de pareilles circonstances, mais c'est précisément maintenant que j'estime devoir le faire. "
Que se passe-t-il ?
Depuis les péripéties du voyage de Blaise Compaoré à
Marcoussis et les positions divergentes de Hermann Yaméogo, les liens
fraternels entre les frères Yaméogo ont commencé à
se déliter. "Salvador Yaméogo voulait accompagner le président
à Marcoussis. C'est la famille qui a fait pression sur lui et l'a a amené
à renoncer", nous confiait un proche du gouvernement, il n'y a pas
longtemps. L'information est confirmée dans l'entourage de Hermann Yaméogo.
Il a fallu, dit-on, tout l'entregent d'une Marlène Zébango, député
UNDD, pour dissuader en son temps Salvador. Mais la brèche était
ouverte et elle ne se refermera plus. Le temps passant, le différend
est allé en s'aggravant. Un ministre assez influent du gouvernement confiait,
avant même que l'affaire de la Mauritanie n'éclate, que "Salvador
Yaméogo se sentait à l'étroit au sein de sa famille politique
et qu'il avait l'intention d'aller voir ailleurs ".
Le jeune frère de Hermann, qui devait lui servir de bouclier contre les
trahisons itératives dont il avait été très souvent
victime dans ses rapports avec le pouvoir, semble avoir été très
tôt récupéré par le camp d'en face. En effet, Salvador
était plus ami, ami avec un certain Djibril Bassolet qu'avec ses camarades
de parti. Quand l'histoire sur la Mauritanie éclate, Salvador, selon
les proches de Hermann Yaméogo, a été reçu pour
un long entretien par Bassolet, le ministre de la Sécurité. Au
sortir de cette entrevue, il viendra voir son aîné pour le rassurer
et lui dire que "Bassolet lui demande de mettre balle à terre et
de surseoir au meeting qu'il projette pour le 17 octobre". En outre, Salvador
demande personnellement à son aîné de ne pas faire des révélations
sur les "rebelles ivoiriens au Burkina Faso". Une réunion élargie
aux membres du Bureau exécutif de l'UNDD se tiendra à la veille
du meeting. Au cours de cette réunion, Salvador va réitérer
les mêmes souhaits : " l'inopportunité du meeting et surtout
ne pas faire les témoignages sur la présence des rebelles au Burkina
Faso ". Sa position ne l'emporte pas et le meeting se tiendra sans lui.
A la veille du meeting, il quitte Ouagadougou pour Koudougou. Depuis lors, "
on sentait venir les choses ", dit-on dans l'entourage de Hermann Yaméogo.
Et ça n'a pas manqué. Le 20 octobre, accompagné d'un député
UNDD, Salvador se rend chez son frère avec son papier de démission.
Quand il a voulu s'expliquer, Hermann lui aurait dit : " Salvador, c'est
pas la peine. Je sentais venir. Je te demande seulement de ne pas le faire maintenant
". Ce sera la dernière entrevue entre les deux frères. Le
lendemain 21 octobre, Salvador signe sa lettre de démission et devient
injoignable.
C'est sans aucun doute le coup le plus dur que Hermann Yaméogo aura à
encaisser. Car le bâton qui fait le plus mal, dit un proverbe de chez
nous, c'est celui auquel on ne s'attendait pas. Salvador Yaméogo avait
été imposé dans le parti, depuis l'ADF/RDA, justement pour
contrer les " coups de poignard dans le dos " et voilà que
c'est finalement par lui-même que le malheur arrive. Il n'est pas question
d'accabler Salvador. Il reste cependant qu'il apporte de l'eau au moulin de
ceux qui ont juré la perte de son frère aîné. Le
ministre Bassolet répète d'ailleurs cette phrase qui a tout son
sens : " Salvador nous a tiré d'affaire. Nous étions dans
une affaire à l'issue incertaine. Il était impossible de convaincre
que ce n'était pas de l'acharnement politique ".
Comment expliquer ce geste qui arrive au plus mauvais moment?
D'aucuns pensent que Salvador Yaméogo est tenu par le pouvoir à
cause des malversations dans sa gestion quand il était ministre. Une
source digne de foi ne confirme pas totalement ces allégations. Salvador,
quand il était ministre aurait " accumulé des trop perçus
sur les frais de mission. Mais on lui a fait un ordre de recette, il a fini
de rembourser ". Il n'y avait pas donc a priori de possibilité de
pression sur lui, pour l'amener à prendre une aussi grave décision.
Reste maintenant les conséquences qu'une telle décision ne manquera
pas d'avoir sur Hermann Yaméogo. Elles peuvent ne pas être celles
escomptées. Pour ses ennemis, si ça vient d'eux, une victoire
obtenue à ce prix (moral) peut se révéler être celle
de Pyrrhus qui a donné la célèbre phrase suivante : "Encore
une victoire semblable et nous sommes perdus". Autrement dit, une victoire
à la Pyrrhus coûte plus qu'elle ne rapporte
Newton A. Barry