A 1ère vue, il y a comme une volonté du gouvernement, de prendre le taureau par les cornes. Après l’Opération sensibilisation, la décision d’importation sans taxes de certains produits de 1ère nécessité pour une durée de 3 mois et la mise en place d’une Commission nationale du commerce et de la consommation pour examiner les prix des produits, voilà l’annonce d’une baisse immédiate des prix sur un certain nombre de produits. Ca corrige le sentiment qu’on avait roulé dans la farine, les Burkinabé avec ce délai de 3 mois pendant lesquels ils avaient tout le temps de mourir 3 fois de faim et c’est tout à fait conforme aux textes sur la Commission nationale de la concurrence et de la consommation qui, malgré le principe de la liberté des prix, prévoit des cas où l’intervention de la puissance publique peut se faire. Mais ces mesures seront-elles à la hauteur des attentes des populations et de nature à juguler la crise ? Nous ne pensons pas.
Tout d’abord, quand on pense à la pénurie des céréales locales qui s’annonce, qui a fait flamber leur prix et qui va encore les faire flamber, on a de quoi être très inquiet : la famine générale risque d’être à nos portes sous peu. Ensuite, ces baisses de prix concernent trop peu de produits, ne sont pas des mesures contraignantes puisque le texte stipule « prix actuels et suggérés » sans compter qu’elles sont techniquement difficiles à mettre en place. Nous avons voulu vérifier de visu si la mesure était appliquée : la boule de savon n° 1 CITEC, qui devait passer de 139 fcfa à 116 fcfa, était vendue ce 10 mars dans une boutique de Paspanga, à 175 fcfa et à 200 f dans une autre boutique voisine ! Mais il faut aussi dire que ce savon, quelques jours auparavant, était vendu à 250 fcfa ! On le voit : les augmentations s’étant faites souvent au double voire bien plus, cette toute petite baisse ne va pratiquement pas aider les ménages surtout que les salaires n’ont pas bougé malgré la croissance tant vantée et en dépit des demandes d’augmentation des syndicats et des partis politiques ! C’est dommage. Au Cameroun, le pouvoir vient d’augmenter les salaires de 15 % en plus de la diminution des taxes. Il n’a pas avancé comme chez nous, l’argument de l’inflation. Ce qu’on a fait au Cameroun, on peut le faire au Faso.
Le pouvoir doit aussi agir sur les prix des hydrocarbures car au moins, la baisse s’appliquera de façon immédiate et partout. Il doit par ailleurs, prendre des mesures radicales et urgentes pour en finir avec les monopoles et les fraudes douanières. Il doit aussi réduire drastiquement le train de vie de l’Etat.
Pour le traitement de la crise sur le plan structurel, évidemment nous restons loin du compte car manifestement, la hausse des prix n’est qu’une goutte d’eau qui est venue faire déborder le vase du mécontentement qui est la conséquence d’une sédimentation de frustrations exprimées sur plusieurs fronts. La refondation est ici la sage option à suivre car elle englobe une concertation inclusive intéressant tous les fondamentaux de notre vie nationale pour donner une meilleure prise pour l’avenir à la gouvernance nationale.
Annouchka YAMEOGO
Secrétaire nationale chargée de l’Economie et du Développement
Dans le Bureau exécutif national de l’UNDD