L'opposition " fâchée " a fait meeting
Le 17 octobre était décidément le meeting de la colère. Le très fâché Norbert Tiendrébéogo, fraîchement sorti des bagnes de Blaise Compaoré, a eu l'honneur d'être le premier homme politique à prendre la parole, pour dire " ses gbê "* à Blaise Compaoré. Le patron du Front des forces sociales (FFS) n'avait pas de papier. Il a parlé en " live ". De toute façon, il n'en avait pas besoin, puisqu'il a eu six mois à Paspanga pour penser " les maux de la Compaorose ". Et donc les paroles de sa bouche sortaient fluidement pour décrire la situation du " Burkina Fâché " où tout le monde est fâché. Les militaires, les commerçants, les élèves et même les policiers sont fâchés, dira-t-il dans une emphase qui a déchaîné l'enthousiasme du public qui avait pris d'assaut la cuvette de la Maison du peuple, une réalisation de Papa Maurice qui malgré son demi siècle de vie reste certainement l'un des bâtiments publics burkinabè le mieux pensé et le plus sûr en terme de sécurité bâtiment. Enfin ! nos ancêtres avaient de la vision. Et c'est tout à l'aise que l'héritier du premier président burkinabè a investi la tribune pour dire sa vérité "fâchée" à propos de la "cabale" qui est présentement ourdie contre lui. Les organisateurs avaient bien pensé son entrée en scène: "standing ovation et musique bien enlevée", pour qu'il n'y ait aucun doute sur la vedette de la journée. Du reste, Norbert Tiendrébéogo avait averti, en abrégeant son temps de parole, que "c'est Hermann qui a la parole aujourd'hui". Il faut croire que le président de L'Union nationale ppour la démocratie et le développement (UNDD) avait des choses à dire. Description par le menu de son périple litigieux, mais surtout moment d'engagement renouvelé du serment qu'il avait déjà fait sur la tombe de son père à Koudougou au moment de " l'exhumation " de l'UNDD et rassurer les démocrates : " que je ne suis pas prêt à courber l'échine, à renoncer au combat juste et noble de l'opposition pour l'alternance intégrale ". Et pour ceux qui doutent toujours de son engagement, il fera cette confidence publique : " Un leader politique doit être prêt à intégrer même la mort dans son combat. Surtout avec des régimes comme les nôtres ". Ce meeting, Hermann Yaméogo le voulait et il s'est donné les moyens de l'avoir. D'abord les moyens politiques en réunissant autour de l'UNDD, la majorité de l'opposition. Même le PDP/PS souvent réservé sur les initiatives "hermaniennes" était là. Ensuite les moyens matériels. Si la Maison a été remplie, ce fut avec les militants de l'UNDD majoritairement qu'une trentaine de cars ont convoyés. C'est un signe que l'opposition aussi sait se donner les moyens de faire foule. N'est-ce pas les avatars de la politique d'aujourd'hui où les militants n'existent plus. Il ne reste plus que les " motivés ".
* Expression bambara qui signifie dire les quatre vérités à
quelqu'un.
Newton Ahmed Barry