L'Opposition Burkinabè en constitution !
"L'opposition au pouvoir ", tel semble être le nouveau
slogan fédérateur de l'opposition burkinabè. Du moins pour
les 16 partis qui ont fait meeting commun le 17 octobre 2004 à la Maison
du peuple. Un front solide est-il entrain de naître ? Les circonstances
actuelles peuvent l'accélérer.
Par Newton A. Barry
Les circonstances importent beaucoup en politique, comme le disait si bien le général De Gaulle dont la carrière a été en partie modulée et orientée par les circonstances. Peut-être que s'il n'y avait pas eu la seconde Guerre mondiale et la capitulation de Vichy, il n'y aurait pas eu le général De Gaulle tel qu'on l'a connu. Les circonstances (heureuses ou malheureuses) peuvent donc changer le cours de l'histoire. Sommes-nous entrain de vivre au Burkina Faso ce retournement de situation, dont seules sont capables les circonstances ? On peut le penser. Alors qu'on désespérait de la vie politique et de l'opposition, plus spécifiquement, voilà que par le fait de " situations non prévues ", la donne pourrait s'en trouver changée. La chose se déroule si vite sous nos yeux, qu'il est possible que nous n'en mesurions pas toute la portée. Alors, quoi donc ? Et si l'affaire de la Mauritanie dont notre gouvernement est accusé dédouanait désormais tous les " anti compaoristes " de l'Afrique de tout scrupule ? En effet, comme nous l'écrivions du reste dans ces mêmes colonnes, dans le numéro 53 de L'Evénement : "La Mauritanie est d'autant plus à l'aise dans sa contre attaque que le Burkina Faso a la bouche encore rouge du sang de ses précédentes victimes". Avec l'accusation mauritanienne, le régime burkinabè se retrouve le dos au mur. Il est possible, fort probable même, qu'il n'écope pas de sanctions internationales. Au niveau de deux instances où cela aurait pu se produire, l'ONU et l'UA, le régime bénéficie d'une part du paratonnerre de la France et de l'autre avec la coaccusation qu'il partage avec Kadhafi, rien de dommageable ne peut lui arriver du côté des instances africaines. Il reste maintenant la vengeance organisée des Etats victimes. Sur ce point, seul le rapport de forces pourra faire la différence. Or, si comme il se susurre, le front anti Compaoré qui va d'Abidjan à Luanda en passant par les plus déterminés (Conakry et Nouakchott) se consolide, le régime burkinabè se retrouverait trop esseulé et donc trop vulnérable. Il le sera d'autant plus qu'il ne peut vraiment compter sur aucun pays voisin. L'hypothèse la plus favorable pour le régime Compaoré aurait été que les élections en Côte d'Ivoire se tiennent avant la présidentielle burkinabè et dans l'espoir qu'un autre régime, moins hostile succède à Gbagbo. Alors, il aurait pu se donner un peu d'air sur au moins une de ses frontières. Or, en raison des tergiversations sur l'évolution du calendrier des réformes en Côte d'Ivoire, il y a des raisons de penser que la présidentielle burkinabè se tienne avant les scrutins ivoiriens. Mais hormis cela, il y a des informations plus ou moins concordantes d'une action concertée contre le régime burkinabè. Quelle forme prendra-t-elle ? Rien n'est encore précis. Cette situation confuse embarrasse bien les autorités burkinabè qui ont décidé " d'actions préventives " pour décourager les ennemis, en mettant en uvre la stratégie du KGB "du terrorisme d'appareil qui consiste en l'organisation des complots préventifs pour empêcher l'adversaire d'agir". Les poursuites actuelles contre Maître Hermann Yaméogo procèdent vraisemblablement de ces actions préventives. Ces poursuites dont on imagine qu'elles iront jusqu'à un procès portent deux messages. Le premier est destiné à l'opposition interne. Tous les opposants qui prendront contact ou qui bénéficieront d'un soutien de "l'axe anti Compaoré" rendront des comptes. Le deuxième message est destiné aux tenants de l'axe, il faut montrer que le régime est bien maître de la situation chez lui. Il est donc inutile de tenter quelques actions que ce soit. Dans cette logique, l'acharnement contre Hermann Yaméogo pourrait aller jusqu'à le disqualifier pour les prochaines élections. C'est du reste ce que l'intéressé lui-même pense quand il affirme " le pouvoir dont l'impopularité grandit au-dedans comme au dehors a décidé de créer la diversion et de nettoyer le champ électoral en empêchant des compétiteurs de s'y inscrire. Le prétexte a été tout trouvé en ce qui me concerne dans un voyage que j'ai fait à l'étranger et qui m'a successivement conduit en Côte d'Ivoire, aux USA et en Guinée". D'autres sources proches du pouvoir pensent qu'il est fort probable que le gouvernement initie d'ici les élections une loi sur le financement des partis qui prohiberait les appuis extérieurs de quelques natures que ce soit. L'opposition burkinabè est présentement indigente, parce qu'elle manque avant tout de moyens. L'axe anti Compaoré, constitué de chefs d'Etat à la tête de pays mieux lotis que le Burkina Faso serait prêt à mettre les moyens qu'il faut pour déboulonner Blaise Compaoré. Or, à égalité de moyens financiers et une opposition passablement structurée, le régime actuel peut être mis en difficulté. L'indicateur objectif de cette affirmation reste les législatives de mai 2002. Avec une meilleure organisation, un peu plus de moyens et une bonne problématisation d'un enjeu national majeur, l'opposition aurait pu terrasser le CDP, le parti au pouvoir. Une nouvelle donne se présente de façon nette pour le scrutin à venir : le pouvoir n'est plus seul à disposer de moyens financiers conséquents.
Qui a l'argent a les hommes
Un groupe de l'opposition essaie depuis plus d'un an maintenant de s'organiser, sans y parvenir réellement. Mais la volonté de se retrouver est là, jamais démentie. Le groupe des " 16 " qui vient d'organiser le meeting du 17 octobre reste sans aucun doute celui qui a le plus de possibilité de se constituer en un courant pour l'alternance. Les querelles de leadership ne sont pas totalement aplanies, mais les leaders semblent prendre la mesure des enjeux et de leur responsabilité individuelle. Le slogan "l'opposition au pouvoir" qui était le viatique du meeting, brouillé par moment, c'est vrai, par "les inconditionnels de Koudougou" qui sont certainement en retard d'une évolution, montre bien qu'il s'agit de gagner l'alternance ensemble. C'est en tout cas ce à quoi invitent les "avant-gardistes" de l'UNDD. Il faut maintenant créer les conditions de ces retrouvailles. Le régime Compaoré, à vouloir éliminer les rivaux potentiels pourrait offrir le ciment de cette unité. La bonne disposition de l'axe anti Compaoré à pourvoir généreusement en moyens fera le reste. Il appartient aux leaders putatifs de savoir concéder le nécessaire.