Me HERMANN YAMEOGO
PRESIDENT DE L'UNION NATIONALE POUR LA DEMOCRATIE ET LE DEVELOPPEMENT
COMMISSION MISE EN PLACE APRES LES EVENEMENTS DE SAPOUY
" IL N'Y A JAMAIS EU CONSENSUS SUR L'ARTICLE 37 "
A quelques jours de la campagne, un entretien avec le patron de l'UNDD, Me Hermann
YAMEOGO, qui, comme d'habitude, n'utilise pas la langue de bois pour affirmer
ses convictions.
San Finna: Faut-il comprendre qu'en ne saisissant pas personnellement le Conseil
Constitutionnel, vous désavouez Philippe Ouédraogo et Me Sankara
?
Me Hermann Yaméogo (Me H.Y): Pas le moins du monde et penser cela serait
faire une interprétation abusive de ma position et même verser
dans les desseins machiavéliques du pouvoir qui sont justement d'encourager
tout ce qui peut favoriser l'implosion d' " Alternance 2005 ". Notre
regroupement, sachez-le, a laissé le soin à ses trois candidats
de se pourvoir devant le Conseil constitutionnel. Que ce dernier soit saisi
par tous les trois, par deux ou par un seul, la décision du juge constitutionnel
sera toujours la même. Quant à ma défiance vis-à-vis
de l'organe judiciaire, elle est bien connue. Bien que diffamé à
plusieurs reprises par des organes de presse, je n'ai jamais saisi la justice.
Lorsque le ministre Bassolet, entre autres accusations, m'a chargé du
funeste projet de " rééditer le 13 Décembre ",
en faisant assassiner une personnalité politique de l'opposition, je
n'ai pas davantage jugé nécessaire d'actionner en justice malgré
les fortes pressions dont j'étais l'objet au niveau d'Alternance 2005
comme de l'UNDD, dans ce sens.
Je reste donc constant en n'introduisant pas un recours devant le Conseil constitutionnel
contre la candidature du président sortant. C'est comme ça qu'il
faut comprendre ma position et non autrement.
San Finna: Mais n'êtes-vous pas en train de faire un procès d'intention
au juge constitutionnel ?
Me H.Y: Qu'allez-vous penser là ? Ma position n'est pas dictée
par des apriorismes mais par des considérations objectives. Au Burkina
Faso, on ne peut pas dire qu'il y a différenciation entre l'Exécutif,
le Législatif et le Judiciaire. La séparation des pouvoirs est
un leurre et la justice en particulier fonctionne sous la tutelle de l'Exécutif.
Lorsque vous regardez par exemple la composition du Conseil Constitutionnel,
vous n'en verrez pas beaucoup qui n'aient pas des accointances avérées
avec le parti au pouvoir. Si en plus, vous voyez les conditions de nomination
de ses membres, et surtout du Président, vous vous rendez compte que
le chef de l'Etat a des moyens de pression sur eux. C'est cette emprise sur
les institutions, et notamment sur le Conseil Constitutionnel, qui autorise
Blaise Compaoré à prendre autant de liberté avec la Constitution.
Il est juge et partie et pour ne pas arranger les choses, la communauté
internationale assiste, impavide, aux maltraitances dont la loi fondamentale
est victime. La presse nationale, ces derniers temps, relate des écrits
qui montrent que cette défiance est largement partagée.
San Finna: Et si demain le Conseil constitutionnel donnait raison à ceux
qui l'ont saisi, ne seriez-vous pas condamné pour avoir préjugé
?
Si d'aventure, cela arrivait, je me prosternerais devant lui, et les deux genoux
au sol, je lui demanderais Pardon de même que je le ferais à l'endroit
du peuple burkinabé.
Mais pour l'heure, je pense que cette attitude me permet de me prémunir
contre toutes les accusations d'insoumission qui pourraient être formulées
contre moi par les médias aux ordres si jamais, après avoir saisi
le Conseil constitutionnel, je me trouvais à en contester la décision.
C'est vrai qu'il existe des dispositions dans la Constitution qui permettent
de contester les décisions illégales de n'importe quel organe
de l'Etat mais la majorité des Burkinabé est loin d'en être
informés et surtout d'en saisir toutes les subtilités. Je ne voulais
pas compliquer davantage les choses en allant requérir l'arbitrage d'un
organe aux ordres pour le contester par la suite. Je m'attacherai plutôt
à informer et à convaincre l'opinion commune que je m'adosse au
roc de la loi fondamentale pour contester la décision du Conseil constitutionnel
que je vois venir et qui permettra, en violation de l'article 37, que Blaise
Compaoré soit le seul citoyen à pouvoir briguer un troisième
mandat.
San Finna: Me Benoît Sawadogo, avocat du président Blaise Compaoré,
soutient que les textes qui autorisent son client à se présenter
sont clairs. Il invoque par ailleurs, toujours dans ce sens, un consensus consacré
par le Rapport de la commission de concertation entre gouvernement, partis politiques
et société civile au terme duquel tout le monde aurait donné
son accord pour que le Président Blaise Compaoré puisse se présenter
en 2005 parce que la révision de 2000, ré-instaurant la limitation
du mandat présidentiel avec un quinquennat au lieu d'un septennat, remettrait
les compteurs à zéro. Qu'en dites-vous ?
Me H.Y: Il fait son travail mais tout le monde sait que la limitation du mandat
présidentiel prévue par la Constitution de la 4ème République
existait déjà dans la seconde comme dans la troisième République.
C'est donc une tradition qui est maintenant consacrée. Si Blaise Compaoré,
élu en 1991 a déverrouillé le mécanisme en 1997
à l'approche du renouvellement de son deuxième septennat, et s'il
a été contraint par la contestation populaire à rétablir
la limitation du mandat en 2000, c'est tout simplement parce que le peuple voulait
qu'il respecte l'article 37.
Mais avant d'y revenir, je tiens à souligner qu'il n'existe aucun texte
au Burkina Faso qui précise que Blaise Compaoré, à la fin
de son deuxième mandat, peut se représenter immédiatement
pour un troisième mandat. Si tel était le cas, nous ne serions
pas empêtrés depuis 2000 dans cette contestation au sujet de son
application. Du reste, on peut comprendre que le pouvoir ait entretenu un flou
artistique à ce sujet car, préciser lors de la deuxième
révision que la limitation ne s'appliquait pas au deuxième septennat
en cours de Blaise Compaoré, aurait provoqué un tollé général
et compromis le processus de pacification nationale. C'est ce point de vue que
le Professeur Loada a développé dans une de ses publications "
La limitation du nombre de mandats présidentiels en Afrique francophone
", publié sur le site Internet (http://www.afrilex.u-bordeaux4.fr/pdf/3doc8loada.pdf);
page 171 : " C'est manquer de fair-play que d'accepter à la fois
de rétablir la clause limitant l'exercice de mandats présidentiels
consécutifs et chercher à se soustraire de son application ".
Pour ma part, je ne vois dans ces magouilles du pouvoir, qu'une fraude manifeste
à la Constitution.
C'est dire que la chanson des compteurs remis à zéro ne passera
pas et c'est à juste titre qu'à ce sujet, l'Observateur-Paalga,
ironique, a dit que le pouvoir venait d' inventer une nouvelle théorie
mathématique selon laquelle 1 +1 ferait 0. Ca veut dire ce que ça
veut dire et le message a été bien reçu par l'opinion.
On n'a pas, par la révision de 2000, comme le Maître le fait du
tableau, tout effacer pour tout recommencer. Non, on n'a pas gommé l'article
37 pour insérer une nouvelle disposition ; on l'a réhabilité
pour qu'il continue de produire tous ses effets et notamment vis-à-vis
de Blaise Compaoré.
San Finna: Mais qu'en est-il de ce rapport de la Commission de concertation
entre gouvernement, partis politiques, société civile qui aurait
consacré un large consensus autour de la possibilité pour Blaise
Compaoré de se représenter à la fin de son deuxième
mandat ?
Justement, pour y revenir, apprenez qu'il n'y a jamais eu consensus par rapport
à l'article 37 au niveau de la commission de concertation. La bonne preuve,
c'est que l'ADF-RDA que je dirigeais à l'époque, a adressé
le 12 Janvier 2000 sa réaction au premier Ministre qui demandait son
avis sur ledit rapport, pour notamment se démarquer de la volonté
de donner à l'article 37 une interprétation qui permettrait à
Blaise Compaoré de briguer d'autres mandats, document envoyé par
cahier de transmission au premier Ministre le 12/01/2000. Il y était
notamment souligné ceci : " Pour notre parti, la proposition de
la commission de considérer la fin du mandat présidentiel en cours
comme date d'entrée en vigueur de l'article37 révisé (à
nouveau) est simplement inacceptable à la fois pour des raisons juridiques
et politiques ". Nous y demandions même que le Président Compaoré
organise "des élections présidentielles anticipées
auxquelles il ne participera pas ".
Par ailleurs, on ne peut pas parler de consensus quand on sait qu'une partie
importante des acteurs politiques à l'époque, regroupés
dans le G 14, a refusé de participer à ces concertations et que
le Collectif des organisations démocratiques de masse et de partis politiques
n'a pas davantage accepté d'y prendre part. De quel consensus peut-on
alors parler dans ces conditions ? Un Ali Lankoandé, un Norbert Tiendrébéogo,
un Me Sankara, un Philippe Ouédraogo.., qui n'étaient pas à
cette table de concertation, et qui sont actuellement candidats à la
présidence du Faso, peuvent-ils se voir opposer ce prétendu consensus
? Il ne faut pas rigoler. D'ailleurs, à la limite, même s'il y
avait eu consensus général, pour que celui-ci soit opposable à
tous, il aurait fallu qu'il soit validé par la loi ou par un référendum.
San Finna: Alternance 2005 a engagé un combat contre la candidature de
Blaise Compaoré qu'elle va perdre d'après vous au niveau du Conseil
Constitutionnel. Qu'en est-il de cette autre bataille pour un code électoral
permettant des élections transparentes et loyales ?
Me H.Y: Il faut relativiser les choses. On peut perdre la bataille de l'article
37 devant le Conseil constitutionnel mais sans perdre pour autant la guerre
que nous avons engagée contre la violation de cet article. C'est en tout
cas mon point de vue car, conformément au Mémorandum sur l'article
37 du 23/02/2004 (signé par la CDS, la CPS, le FFS, le FPC, le GDP, l'OBU,
le PAI, le PDP-PS, le PDS, le PFID, le RDEB, l'UDPI, l'UNDD, l'UNIR/MS), j'entends
appeler " le Peuple du Burkina Faso à la mobilisation, en tant que
dernier rempart contre l'arbitraire, pour :
- s'opposer à toute violation de la Constitution dont il s'est librement
doté le 2 juin 1991, sans tripatouillages d'une majorité plus
préoccupée par ses intérêts matériels que
par son devoir de représentation véritable de ses mandants ;
- dire son refus de la déification d'un homme et de l'instauration d'une
monarchie au Burkina Faso ", pour reprendre les termes du Mémorandum.
Oui, j'entends lutter donc par tous les moyens légaux et constitutionnels
contre cette forfaiture, et ce "avant, pendant comme après les élections
". Et les armes constitutionnelles ne manquent pas pour mener cette lutte.
S'agissant maintenant du deuxième point, celui de la transparence, le
constat est que sur ce plan, nous sommes toujours engagés dans le combat.
Pour l'heure, je ne vois pas que nous ayons marqué des points au contraire,
nous avons reculé. Quelques exemples : le mode de scrutin modifié
pour permettre au parti majoritaire d'écraser les autres partis ; le
calendrier électoral inversé de façon honteuse ; les Burkinabé
de l'extérieur interdits de vote ; le recours à la multitude de
documents d'identification pour l'établissement des listes ; l'autorisation
donnée à des individus de récupérer les cartes de
toute la famille en zone rurale, et même en ville. Tout ça ne va
pas dans le sens de l'approfondissement de la transparence et, quand on ajoutera
que la mesure-phare (qui aurait permis d'amoindrir les fraudes) que nous avons
demandée : la photo et les empreintes digitales apposées sur la
carte d'électeur, a été rejetée, on comprendra que
les élections ne se passeront pas sous le sceau de la transparence et
de la loyauté.
San Finna: Vous semblez plutôt pessimiste par rapport à l'efficacité
du processus électoral ?
Me H.Y: Qui ne le serait pas lorsqu'on observe comment le pouvoir s'est emmuré
dans un refus du dialogue politique, lorsqu'on voit à quel point il a
réalisé un hold-up sur le processus électoral à
travers particulièrement les instruments électoraux qui sont censés
le surveiller de bout en bout ? Regardez où nous sommes rendus avec l'informatisation
du fichier électoral : un vrai gâchis. En l'ayant conduit en solitaire
sans permettre que l'opposition puisse obtenir un audit, sans prendre les dispositions
pour que le code d'accès ne soit pas entre les seules mains du pouvoir
et de ses démembrements, on a permis de monter un logiciel terrible qui
montre déjà ses effets dévastateurs. Il n'y a pas cette
partie du Burkina Faso où on ne trouve pas en nombre impressionnant des
électeurs disposant de deux, trois, six voire plus, de cartes d'électeurs.
On nous avait pourtant assuré sur tous les tons qu'avec l'informatisation,
il n'y aurait pas de doublons. Non seulement il y a plus que des doublons mais
on retrouve encore des cartes d'électeurs établies au bénéfice
de personnes défuntes, d'identités fictives. Lorsqu'on y rajoute
les conditions déplorables de la révision exceptionnelle des listes,
on voit comment ce logiciel, ce machin, est une arme électorale de destruction
massive pour l'opposition. Comme c'est le même logiciel qui servira pour
les municipales et les législatives, on peut dire que le pouvoir pourra
parachever son formatage du cadre politique et des acteurs politiques, à
sa guise.
San Finna: Pourtant, les choses ne s'annoncent pas mal avec tout ce beau monde
qui s'apprête à aller à la chasse au suffrage populaire
C'est vrai que les 13 candidats regroupent des figures significatives de la
vie politique nationale. On pourrait dire comme feu Joseph Conombo que c'est
une liste bigarrée, de couleurs mélangées ou comme certains,
que la compétition sera joyeuse et festive car plus il y a de fous et
plus on rigole mais ce qu'on ne pourra pas affirmer, c'est que cela suffira
à authentifier l'élection et à la valider. Il n'est pas
faux de dire que l'enjeu de l'élection se mesurera au comportement des
candidats par rapport à la candidature de Blaise Compaoré et au
respect de la Constitution. Ils sont en effet plus de la moitié qui se
sont prononcés contre cette candidature, la jugeant anti-constitutionnelle.
Que vont-ils décider lorsque le Conseil validera cette candidature ?
Trouver que le juge suprême a tranché et qu'il a converti l'illégalité
en légalité et se soumettre ou alors se rebiffer et continuer
de résister à la violation de la loi fondamentale ? Ma position,
en tout cas, est claire : quelles que soient la force de conditionnement du
milieu, l'utilisation de pressions multiformes, je ne serais jamais celui qu'on
va rabattre et contraindre à suivre un courant pour cautionner la forfaiture,
pour accompagner un candidat illégal dans sa quête de légitimation
anti-constitutionnelle.
San Finna: Vous n'avez pas jusqu'à présent réagi par rapport
au sondage réalisé par le CGD. Pourquoi ?
Me H.Y: J'ai trouvé qu'il fallait laisser le temps faire son uvre,
permettre à tout un chacun de s'en faire une juste opinion. La plupart
des réactions qui ont suivi ont pour ainsi dire répondu pour moi
en soulignant le silence du CGD par rapport à la violation de l'article
37, en stigmatisant la nature des questions tendancieuses et visiblement téléphonées,
le contexte choisi pour se livrer à une telle enquête, et la non-spécialisation
du CGD dans des activités du genre. Ce que l'on retient généralement,
c'est qu'il s'agit d'une enquête malveillante, destinée à
préparer les esprits à accepter un scrutin bidouillé de
bout en bout. C'est ça le propre de la démocratie sous la 4ème
République, caractérisée par une myriade de partis politiques,
de syndicats, de mouvements de droits de l'homme, d'organismes de veille démocratique,
d'associations en tout genre mais qui, pour la plupart, sont connectés
à un seul et même réseau : le régime en place. C'est
ça qu'il faut savoir. Ce n'est pas pour autant que le CGD va jeter le
manche après la cognée ; il ira jusqu'au bout en confirmant ses
résultats par une enquête nationale et bien que l'opinion soit
acquise au changement, cela n'apparaîtra pas.
Mais on ne formatera pas le cadre politique et ceux qui l'animent par des sondages,
et quoique élevé au pinacle, et présenté comme l'élu
du peuple, Blaise Compaoré, en passant en force aux élections
à venir, suivi de qui on voudra, n'en restera pas moins un président
illégitime.
San Finna: " Alternance 2005 " et la " Coalition Hermann Yaméogo-Le
Refus fondateur " viennent de connaître une défection à
travers le jet d'éponge de l'UDPI qui s'en est allé soutenir la
candidature de Blaise Compaoré. Votre sentiment.
Me H.Y: Vous savez, des arrivées comme des départs, nous en aurons.
C'est la loi du milieu qui veut ça, c'est la nature des murs politiques
de la 4ème République qui le commande. C'est vous dire que je
n'en suis pas étonné et que je suis même préparé
à voir demain d'autres départs du même type. Mais quoi qu'il
en soit, que des partis s'en aillent d' " Alternance 2005 " ou de
la " Coalition Hermann Yaméogo-Le Refus fondateur ", que des
députés, des responsables, des militants, des parents, des amis
quittent l'UNDD, ce n'est pas ça qui va me détourner de mon combat
et de mon engagement à dénoncer la nature de ce régime
qui constitue une véritable menace pour le Burkina et pour la sous-région
et à lutter pour une alter-gouvernance qui soit plus soucieuse de redistribution
sociale, de démocratie et de bon voisinage avec les Etats alentour.
San Finna: Justement, dites-nous quelques mots sur votre projet de société
?
Nous avons à l'UNDD une posture de rupture. C'est le sens de notre refus
de cautionner la fracture entre catégories sociales, entre les régions,
entre les composantes des forces armées.., la violation de la Constitution
notamment de l'article 37, les ingérences à l'extérieur..
Mais notre refus n'est pas nihiliste, purement déconstructeur sans alternative.
Il est fondateur en cela qu'il veut mettre en place une alter-gouvernance basée
sur une politique de redistribution des pouvoirs et des ressources. Cette politique
se manifestera notamment par l'instauration d'un régime parlementaire,
la décentralisation démocratique, pour assurer une intervention
beaucoup plus équilibrée de l'Etat dans les différentes
régions et assurer à ces dernières, de véritables
conditions de gestion de leurs intérêts régionaux. Au plan
social, l'UNDD se propose de régler de façon échelonnée
les sommes dues aux déflatés qui ont, avec toutes leurs familles,
tant souffert et souffrent encore de la fermeture de leurs instruments de travail
(fermeture pour répondre aux injonctions des institutions internationales
et qui ont profité à une poignée de gouvernants qui en
bradant ces unités, se sont enrichis honteusement sur le dos de tous
les licenciés), d'augmenter les salaires de 15 %, les budgets de la santé
et de l'éducation de 4 à 5 %. Au plan de la politique extérieure,
ce sera la tolérance zéro vis-à-vis de l'accueil des mercenaires
et des ingérences à l'extérieur.
San Finna: Comment voyez-vous les lendemains électoraux ?
Me H.Y: Pour vous dire vrai, pas en rose. Blaise Compaoré est parti pour
exécuter un passage en force. La sagesse aurait commandé qu'il
favorise l'émergence d' une candidature au sein du CDP et qu'il se mette
en réserve pour éventuellement revenir à la charge après
un quinquennat écoulé. En persistant pour garder la main, il ne
pourra qu'accentuer la crise déjà sensible dans laquelle se trouve
le pays. La situation post-électorale sera difficile à gérer
à cause de la perte de toute perspective, de toute espérance dans
l'alternance, ce qui ne pourra qu'encourager la radicalisation de la lutte pour
la conquête du pouvoir. La perspective sera difficile aussi à cause
des tensions sociales, des responsabilités imputées au régime
en place dans la crise ivoirienne, à cause de l'implication de certains
tenants du régime dans le dossier Charles Taylor qui ne manquera pas
de rebondir après les élections au Libéria.
Bien que nos divergences soient profondes, je voudrais lancer un appel au chef
de l'Etat afin qu'il puise au fond de lui-même les réserves de
patriotisme pour prendre la seule décision qui s'impose actuellement
: retirer sa candidature. Il éteindra ainsi la mèche de la contestation
qui est déjà mise à feu.
San Finna: L'Union Africaine vient, à travers son Conseil de Paix et
de Sécurité, de trancher par rapport au débat sur l'après
30 Octobre. A coup sûr, vous devez être satisfait ?
Me H.Y: C'est peu dire. RFI estime que la décision du Conseil de Paix
et de Sécurité a fait deux gagnants : Laurent Gbagbo et Thabo
M'Béki et un perdant : Seydou Diarra. Mais pour beaucoup, il faudrait
avoir une vision plus large Dans le camp des gagnants, on placera certes Laurent
Gbagbo, Thabo M'Béki mais aussi les Dos Santos, les Kadhafi et tous ceux
qui au Burkina Faso ou ailleurs, ont d'une façon ou d'une autre, condamné
l'agression du 19 Septembre, soutenu le régime légal dans sa volonté
de libérer l'économie nationale des tutelles extérieures
et appuyé la médiation M'Béki. Les perdants comprendraient
Jacques Chirac, Olosogun Obasanjo, Blaise Compaoré, Abdoulaye Wade, ATT,
Omar Bongo.. , la rébellion et le G7 et tous ceux qui au Burkina Faso
ou ailleurs ont été peu ou prou de la conspiration internationale
pour faire chuter le régime ivoirien et préparer l'avènement
d'un autre pouvoir plus coopératif avec la Françafrique.
Pour moi, la décision de l'Union Africaine ne tranche pas seulement le
litige entre les partisans et les contempteurs du vide juridique, entre ceux
qui sont pour ou contre la poursuite de la médiation M'Béki ;
c'est une décision fondatrice car elle peut être le départ
de ce sursaut du continent dans sa quête d'une autre forme de gouverner
plus respectueuse de la démocratie et de l'intérêt des populations.
Cette décision, je la sens aussi comme une victoire pour tous les patriotes
et républicains ivoiriens bien sûr mais aussi africains qui ont
souvent été malmenés, brimés, en raison de leurs
positions courageuses par rapport à cette guerre coloniale et prédatrice
imposée à la Côte d'Ivoire. C'est le lieu pour moi de remercier
tous les camarades de la " Coalition Hermann Yaméogo-Le refus fondateur
" qui se sont prononcés courageusement et avec constance contre
l'ingérence en Côte d'Ivoire et qui ont soutenu l'action du Médiateur
Thabo M'Béki et tout particulièrement parmi eux, Issa Tiendrébéogo
avec lequel nous avons parcouru les contrées ivoiriennes pour porter
un message de paix et de solidarité à nos compatriotes victimes
de cette sale guerre. C'est le lieu de remercier des hommes politiques comme
Jean-Jacques Zeba du PSP qui n'a jamais varié dans sa condamnation de
l'agression de la Côte d'Ivoire et bien sûr, tous ceux qui à
l'UNDD n'ont jamais dévié de leurs convictions, et qui pour cela
ont été malmenés, arrêtés comme Noël
Yaméogo, N'Do Mathieu, Louis Nama. La nouvelle orientation qui vient
d'être imprimée au niveau de la gestion de la crise ivoirienne,
avec les décisions prises à Addis, nous récompense tous
de ce que nous avons souffert.
San Finna: Ca bouge du côté du droit pénal international
en Belgique et en Espagne. Cela ne va-t-il pas dans le sens de l'avènement
de l'ordre public international auquel vous en appelez depuis si longtemps ?
Me H.Y: Le mandat d'arrêt international lancé contre l'ancien président
Hissein Habré constitue une avancée dans le renforcement du droit
pénal international, donc de l'ordre public international. Même
si en Belgique, les pressions ont amené à limiter le principe
de la compétence universelle, il est quand même important que les
étrangers ayant acquis la nationalité belge aient pu voir aboutir
leur procédure contre Hissein Habré. Cela va aider à lutter
contre l'impunité. Avec l'Espagne, la compétence juridique universelle
est pleinement appliquée. Ca, c'est tout simplement révolutionnaire
car s'il est un pays qui pourra permettre à toute personne quelle que
soit sa nationalité, de déposer plainte contre des chefs d'Etat,
des personnalités et de simples individus pour crimes de guerre, contre
l'humanité, de torture.. (et de les faire juger si elle a un intérêt
reconnu), c'est bel et bien l'Espagne. Il n'y a pas meilleure façon d'aider
à l'avènement de l'ordre public international.
San Finna: Avez-vous une préférence pour les candidats aux élections
présidentielles libériennes ?
Me H.Y: Oui, j'ai un préjugé favorable pour l'un d'entre eux,
pour la raison qu'il s'est engagé à lutter contre l'impunité,
contre les ingérences et à traduire Charles Taylor devant la justice
pour qu'il y réponde de ses 17 chefs d'accusation notamment crimes de
tortures, de guerre
: George Weah. Il y a aussi qu'il me semble, malgré
sa notoriété, sa fortune, très proche du bas peuple et
plus sensible par conséquent à ses problèmes. Mais quel
que soit celui qui prendra les rênes du pouvoir, je souhaite qu'il s'inscrive
dans la lignée des chefs d'Etat qui ont décidé de travailler
pour réhabiliter le continent en bannissant à jamais de la gouvernance
les tristes méthodes d'hommes comme Charles Taylor, Foday Sankho, Sam
Bokarie
qui ont fait tant de mal à la région ouest-africaine
et écorné l'image de l'Afrique.