MEETING DE L'OPPOSITION DU 17 OCTOBRE 2004 A LA MAISON D U PEUPLE
THEME :
"INFORMATION ET DENONCIATION DES INGERENCES ET DE L'ACCUEIL
DE REBELLES AU BURKINA PAR LE POUVOIR"

DISCOURS DE ME HERMANN YAMEOGO

Mesdames et Messieurs les invités,
Chers amis,
Camarades de lutte,

Merci de votre présence à ce grand meeting citoyen de vérité et de sursaut. Vous avez bravé les menaces, la peur pour venir nous entendre, nous encourager et pour recevoir des instructions afin de renforcer la lutte populaire et nationale pour la grande alternance. Cela nous réconforte.
Nous en avions besoin car en ce moment, le pouvoir, dont l'impopularité grandit au dedans comme au dehors, a décidé de créer la diversion et de nettoyer le champ électoral en empêchant des compétiteurs de s'y inscrire. Le prétexte a été tout trouvé en ce qui me concerne dans un voyage que j'ai fait à l'étranger et qui m'a successivement conduit en Côte d'Ivoire, aux USA et en Guinée.
Lors d'un précédent déplacement en Angola, en Afrique du Sud, en Côte d'Ivoire.., j'avais, pour avoir visité certaines capitales jugées ennemies du Burkina Faso reçu comme punition, une scission qui nous a valu de nous retrouver à l'UNDD passant de 17 députés à 7 députés, perdant le financement public, le groupe parlementaire et le titre de chef de file de l'opposition que nous avons acquis de haute lutte avec l'ADF-RDA.
Cette fois-ci, parce que parmi les pays visités, il y aurait encore des capitales infréquentables, j'ai droit à des accusations d'intelligence avec des puissances étrangères afin de déstabiliser mon pays notamment en monnayant de fausses informations, ce qui vaut à Noël Yaméogo d'être incarcéré à la Sûreté depuis plus de deux semaines.
Mais plus le temps passe et plus le montage se démonte confondant les accusateurs qui apparaissent aux yeux de l'opinion comme de vulgaires contrefacteurs. Le dossier est vide et le pouvoir est dans l'incapacité d'apporter les preuves de ses allégations. Il ne le peut pas parce que, contrairement à ce qu'il a affirmé de façon péremptoire, je ne suis pas allé le 22 en Mauritanie pour comploter avec le président Ould Taya et inciter un journaliste à envoyer un article violent à San Finna. Il ne le peut pas parce que Noël Yaméogo, même s'il a reçu un tract dont on juge que les termes ont inspiré une correspondance du président Gbagbo à certaines personnalités dont le président Kufuor, n'en est certainement pas le seul et unique destinataire. Face à la légèreté des accusations, je n'ai jamais douté que très vite, l'évidence s'impose à tous, qu'une fois de plus le pouvoir s'est fourvoyé.
Je vous le dis comme je ne cesse de le dire, preuves à l'appui : du 20 au 25 septembre, j'étais à Conakry, à l'hôtel Novotel chamber 1107 et si je m'étais rendu à Nouakchott, je ne vois pas les raisons qui m'auraient amené à m'en cacher. J'ai depuis du reste envoyé par DHL une correspondance pour demander un rendez-vous au président mauritanien.
C'est à ce niveau qu'il y a le "hic" qui fait que l'on patauge et que Noël croupit à la Sûreté. Comme on a affirmé pompeusement que j'étais en Mauritanie le 22, alors on tourne par ci par là pour tenter de bricoler quelques preuves comme vient de s'y essayer minablement le pouvoir à travers un faux publié dans le Sidwaya du 13 Octobre qui fait dire au président Gbagbo dans une lettre datée du 22 Septembre qu'il m'aurait recommandé auprès de Ould Taya et que je lui aurais donné des informations qui lui ont permis de saisir le président Kufuor pour qu'il convoque un Sommet de la CEDEAO. Tout le monde aura relevé que si au terme de cette lettre datée du 22, les informations ont pu être communiquées au président Kufuor bien avant le 23, Noël n'est pas celui qui a communiqué lesdites informations puisqu'il ne les avait pas encore en sa possession, le fax n'étant arrivé que le 23 ! Si on a voulu par ce faux publié par les journaux proches du pouvoir, de Blaise Compaoré et proche de la rébellion ivoirienne comme Le Patriote, enfoncer Hermann Yaméogo comme l'a dit Sidwaya, on a aussi disculpé Noël Yaméogo. Il est injustement inculpé et détenu à la Sûreté ; nous devons nous battre pour que justice lui soit rendue, pour qu'il recouvre la liberté.
C'est le lieu pour moi de remercier tous les camarades de l'opposition qui n'ont ménagé aucun effort pour dénoncer la cabale, me témoignant une solidarité que le pouvoir a vainement tenté de briser par ses méthodes déloyales de toujours, le lieu aussi de réitérer mes remerciements à tous ceux, de quelque bord qu'ils soient, qui n'ont cessé de nous témoigner de la sympathie dans cette épreuve qu'ils savent être celle de tous les démocrates. Qu'ils sachent tous que je ne suis pas prêt à courber l'échine, à renoncer au combat juste et noble de l'opposition pour l'alternance intégrale.
D'ailleurs, je saisis cette occasion pour dire au CDP qu'il n'a pas le monopole de la "malcause". Pour lui signifier que s'il veut décerner des titres de traîtrise, d'apatridie, de collusion avec des puissances étrangères, personne au Burkina Faso, personne en Afrique ne pourra lui faire la concurrence. Il est champion toutes categories.
Qui ici, dans cette salle, a oublié comment nos actuels gouvernants sont parvenus le 15 Octobre au pouvoir ? C'est en assassinant leur frère Thomas Sankara et ses camarades, en frustrant beaucoup de Burkinabé de l'espoir que représentait pour eux le leader disparu. Y a-t-il plus grande trahison que ce fratricide ? Ceux qui nous gouvernent, ce sont ceux-là qui ont fait ce qu'aucun chef d'Etat (depuis Maurice Yaméogo jusqu'à Thomas Sankara, en passant par Lamizana, Saye Zerbo, Jean-Baptiste Ouédraogo) n'a jamais fait en termes d'atteintes aux droits humains et d'ingérence.
Quand ils parlent d'apatridie, de collusion avec des puissances étrangères, acceptons le débat. Eux qui lèchent les bottes de Kadhafi pour ne pas dire plus, eux qui ont les mains tâchées de tellement de sang, eux qui sont allés dans des pays étrangers pour aider à faire des guerres horribles où on boit le sang, viole, coupe les membres de femmes, d' enfants, des guerres où on pille les richesses des pays : diamants, or, bois, café, cacao.., n'ont pas de leçon à donner aux démocrates et patriotes de ce pays que nous sommes. Si nous ne sommes pas ceux qui aimons le plus nôtre pays, en tout cas ceux qui nous gouvernent sont ceux qui l'aiment le moins mais la supercherie est maintenant découverte.
Le peuple, au fur et à mesure qu'il s'enfonce dans la misère et que eux s'engraissent dans l'opulence, se rend compte que les gens qui gouvernent ce pays n'ont pas pour ambition de l'aimer et de le servir sinon comment peuvent-ils laisser ainsi se creuser la fracture sociale, laisser à l'abandon des secteurs vitaux comme la santé, l'éducation, l'emploi ? Comment peuvent-ils, s'ils avaient le souci du bien-être du people, bloquer les salaries et laisser les prix de l'électricité, du carburant, des transports, des produits de première nécessité, déraper à ce point ? Comment peuvent-ils souiller ainsi l'honneur de la patrie, insécuriser le pays et la sous-région en se faisant mercenaries pour des guerres de rapine ? Un tel gouvernement, qui brade les richesses nationales au gré de privatisations arrangées, qui laisse en plan des familles entières, fait la honte de la nation entière et de l'Afrique. Il est mal plavcé pour donner des leçons de civisme, de morale, à qui que ce soit.
Camarades, franchement, je vous le demande, peut-on être plus traître que les hommes de ce pouvoir ? Peut-on être plus apatrides qu'eux ? Dites-moi, croyez-vous qu'on peut être plus en intelligence avec des puissances étrangères qu'eux ? Non, vous avez raison et c'est devenu un devoir national pour tout patriote, pour tout démocrate, pour tout républicain d'entrer dans une ligue jurée pour réhabiliter les valeurs en déclin de ce pays et c'est ce que nous vous promettons, dans cette opposition plus que jamais déterminée à réaliser le changement.
Chers amis, camarades de lutte,
Pour terminer, je voudrais revenir sur la grandeur et la réussite du meeting d'aujourd'hui. Certains avaient dit, d'autres avaient écrit que ce meeting n'était pas une bonne idée, qu'il n'était rien d'autre qu'une rebellion contre l'autorité de l'Etat. On a essayé de nous décourager, on nous a menacé, on a refusé que notre publicité passe à la télévision mais nous sommes là. Nous sommes là pour dire que l'Etat, ce n'est pas Blaise Compaoré et ses amis. Certes, ils ont kidnappé l'Etat pour en faire leur propriété mais tous ceux qui sont ici aujourd'hui sont venus dire "Ca suffit" !
Quand l'Etat républicain fait des choses qui ne sont pas bien, il peut être condamné par la justice, parce que dans l'Etat de droit, ce ne sont pas les citoyens seulement qui peuvent répondre devant la justice.
Donc, le président du FFS, Norbert Tiendrébéogo, comme le president du GDP, Président du Comité de suivi de l'Opposition, Issa Tiendrébéogo, ont parlé, non pas pour défier l'Etat mais pour dire à Blaise Compaoré et à son clan qu'ils n'ont pas le droit de salir le nom de l'Etat, de nous mettre en danger en faisant venir au Burkina Faso des rebelles pour les aider à attaquer leurs pays d'origine. Ils n'ont pas le droit de faire ça même si des amis étrangers les couvrent dans leur travail.
Ces choses-là sont interdites par la Constitution et par les lois internationales. Ca peut attirer la vengeance sur nous tous ici au pays, ça met en danger les Burkinabé qui sont à l'étranger, ça gâte le nom du pays. Lorsqu'on se tait devant quelque chose qu'on ne cautionne pas, on est lâche ou complice. Les Français disent "Qui ne dit mot, consent".
Nous, nous ne sommes ni lâches ni complices. On ne consent pas que le Burkina Faso devienne un Etat mercenaire, un Etat voyou, un Etat terroriste. Et nous avons décidé, avec ce meeting, de dire devant le peuple, devant le monde entier, ceci : Blaise Compaoré et les siens, depuis qu'ils sont au pouvoir, ont systématisé la politique d'ingérence.
Mais il ne suffit pas de dénoncer, il faut se mobiliser pour que tout ça s'arrête. C'est pour cela que depuis, nous demandons une commission d'enquête internationale pour venir verifier si tout ce que nous dénonçons est vrai ou faux, si le Burkina Faso est devenu oui ou non un carrefour international de mercenaries, des enquêteurs internationaux pour savoir si les Déby, les Taylor, les Foday Sankoh, les Sam Bokarie, les Johnny Paul Koroma.. et bien d'autres ont travaillé oui ou non avec Blaise Compaoré, si les rebelles ivoiriens sont parties de notre pays avec l'aide et la bénédiction de Blaise Compaoré pour attaquer le pays de Houphouët Boigny. On peut encore les voir dans dans les boîtes de nuit, rouler dans les grosses voitures, tamponner par ci par là des gens. Ils sont ici "dans le beurre" comme l'a dit Halidou Ouédraogo.
De même, le fameux Chaffi et bien d'autres Mauritaniens sont ici dans des secteurs bien connus de Ouagadougou. Cette façon de faire n'est pas dans l'intérêt du peuple burkinabé. C'est ça qu'on ne voulait pas qu'on vienne dire ici, devant les journalistes, devant les caméras, devant le Peuple. Et c'est pour ça qu'on disait qu'on voulait venir défier l'autorité de l'Etat. C'était notre devoir, en tant que partis d'opposition, de dire à Blaise Compaoré, comme le disent les jeunes : l'aide aux rebelles, "il faut quitter dans ça" ! Ce qui ne veut pas dire que nous sommes contre les étrangers. Non, nous sommes d'accord avec les étrangers qui gagnent leurs vies honnêtement chez nous, en respectant nos us et coutumes mais nous ne sommes pas d'accord avec ceux qui viennent ici pour rechercher aide, refuge afin d'aller déstabiliser par les armes leurs pays ou d'autres pays, pour déstabiliser moralement le pays.
Se réunir à la Maison du Peuple pour affirmer notre différence, pour nous désolidariser des pratiques honteuses, ignominieuses du pouvoir, ce n'est pas s'attaquer à l'autorité de l'Etat mais simplement rappeler qu'un gouvernement, quel qu'il soit, reste le mandataire du people, agissant en son nom et pour lui. C'est rappeler aussi incidemment que la désobéissance civile, la résistance à l'oppression, restent justement, conformément à notre Constitution, des recours suprêmes pour le peuple lorsque ceux qui le gouvernent, enivrés de pouvoir, en arrivent à se confondre avec l'Etat, à le dévoyer, à vouloir se pérenniser au pouvoir.
Chers amis,
Camarades de lutte,
Mille fois merci pour votre mobilisation, pour votre courage, pour votre solidarité. C'est dans les moments d'épreuves que les amitiés, les fidélités s'éprouvent, c'est dans les moments les plus difficiles que l'histoire se construit, que le courage s'affirme et que les qualités politiques se révèlent. Vous avez montré, face à la situation actuelle, que vous ne manquez ni de courage, ni de patriotisme, ni de qualités politiques. Avec cela, nous sommes armés à l'opposition pour faire éclater encore plus la vérité sur l'imposture de ce pouvoir et pour baliser davantage notre marche vers l'alternance afin de libérer notre peuple mais aussi les peuples de la sous-région.

JE VOUS REMERCIE.