Ouagadougou, le 19 janvier 2008
Deval MILOGO
Secrétaire national chargé des relations
Extérieures de l’Union Nationale pour la
Démocratie et le Développement (UNDD)
Tél : (226) 70 24 56 68
Ouagadougou (Burkina Faso)
Site : www.undd.org
Mail : unddnew@yahoo.fr
LETTRE OUVERTE
A
Monsieur Jean-Marie BOCKEL
Secrétaire d’Etat français chargé de
la Coopération et de la Francophonie
Monsieur le Ministre,
Les vœux que vous avez présentés, et qui annoncent l’activation des réformes promises par le président Nicolas Sarkozy à Cotonou (et confirmées au lendemain de son élection) suscitent un émoi bien compréhensible dans nombre de palais africains.
Pour beaucoup de nos dirigeants, l’absence de déclinaison de la nouvelle politique africaine de la France , depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, sonnait comme un enterrement en grande pompe de sa volonté de rupture avec les réseaux, les multiples relations personnalisées, qui ont fait le lit de l’exploitation du continent au lieu de sa libération.
En appelant comme vous l’avez fait, avec courage, pertinence, au retour à l’esprit de la rupture, vous avez donc ébranlé dans leur assurance, tous ceux –là qui s’étaient convaincus que le temps des frayeurs passé, ils pourraient –comme au bon vieux temps de la « Françafrique »- continuer à piller les richesses de leurs pays en foulant aux pieds les principes démocratiques pour se construire des richesses protégées notamment dans des paradis fiscaux. L’Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD) comprend donc que bien de morveux en soient réduits à vitupérer et à prodiguer des menaces de toutes sortes.
Ce que vous ne devez pas oublier, c’est que tout homme qui se noie s’accrocherait à un brin de paille ; ce que vous devez accepter, c’est qu’il n’est de meilleur parti à prendre que celui des peuples et de la jeunesse. En l’occurrence, votre volonté de traiter les maux de la mal gouvernance, de la dissipation de l’aide -qui causent au continent un mal structurel- est souhaitée par les Africains. Elle est particulièrement souhaitée par ces jeunes, atteints comme vous l’avez souligné, de ce mal absolu de la désespérance en leur continent et qui les pousse à braver désert, mers, humiliations, mort, pour gagner les berges de l’Europe dans laquelle ils voient le paradis. C’est à ce niveau qu’il faut agir au plus vite puisque le temps est compté, et vous l’avez bien senti. C’est à ce niveau qu’il faut intervenir en faisant toutefois une lecture encore plus fine des causes de ces dérèglements qui comportent des responsabilités plus lourdes que relevées à l’endroit des gouvernements français passés.
Mais sachez surtout, monsieur le Ministre, qu’en la circonstance, vous ne manquerez pas de soutien dans votre croisade car depuis longtemps, des voix comme celle de l’UNDD se perdaient dans le désert des égoïsmes et des soutiens internationaux dont les gouvernants africains s’étaient assurés, pour brader les intérêts de leurs peuples.
Nous souhaitons que cette nouvelle remontée au filet de votre part soit la bonne, que dans le train de réformes proposé au gouvernement et au président Sarkozy, vous continuiez de tenir compte de ce que la mise en œuvre des conditionnalités dans l’aide, l’assurance d’une gouvernance durable au continent n’est pas seulement un devoir de solidarité mais un intérêt pour la propre sécurité de la France , de l’Europe et du monde.
Continuez de ne plus faire de différence -pour plaire aux dictateurs- entre la gouvernance économique et la gouvernance politique : les deux sont liées, et restez toujours ferme, droit dans vos bottes pour dire que ceux que la nature a pourvu en matières premières (dont les prix montent) et qui n’arrivent pas à développer leurs pays, ne pratiquent pas la bonne gouvernance mais aussi à dire que ceux qui clament avoir réussi la prouesse, sans matières premières, d’ouvrir la porte de la croissance à leurs pays et qui s’enrichissent au lieu d’enrayer la pauvreté, ne pratiquent pas davantage la bonne gouvernance. Ne perdez surtout pas de vue aussi ce fléau en voie d’être endémique sur le continent qu’est celui de la pratique du mercenariat d’Etat par des dirigeants africains et européens, avec la connivence de certaines firmes et entreprises du Nord qui, pour piller allègrement les ressources minières, agricoles…, de pays tiers, déclenchent des conflits armés avec comme corollaire de nombreuses pertes en vies humaines, des déplacements massifs de populations, des épidémies, etc…
Prenez soin à ce que votre sortie ne retombe pas, tel un soufflé, comme on dit.
Pour ce faire, Monsieur le Ministre, osez dénoncer ceux qui trafiquent les constitutions pour perdurer au pouvoir, ceux qui font de la fraude électorale, un sport d’Etat, ceux qui construisent des républiques monarchiques et qui sont passibles de crimes de compétence universelle, comme ceux qui, arrivés pauvres comme Job au pouvoir, se retrouvent riches comme Crésus quelques années après leur accession au pouvoir ! Apprenez à comparer les gouvernances africaines au meilleur et non au pire, comme on le fait généralement pour donner bonne conscience aux dictateurs africains. En démocratie, le Cameroun, le Burkina Faso, ne sont ni la RDC , ni le Darfour mais ils pourraient être comme le Ghana, l’Afrique du Sud et pourquoi pas, l’Allemagne ?
Demandez, s’il vous plaît, cette même clairvoyance à vos Ambassadeurs afin qu’ils sachent se préserver des roueries et des opérations de charme diverses dans lesquelles sont maintenant passés maîtres, bien de dictateurs africains pour orienter leurs rapports et fausser les décisions du gouvernement français.
Vous servirez ainsi, à travers moult difficultés certes, la cause de l’Afrique mais aussi la cause de la France , celle de l’Afrique et surtout de sa jeunesse.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma très haute considération.
Deval MILOGO