Lettre ouverte à Guy Penne

Je viens de lire sur Internet, l’ interview que vous avez accordée au site www.lefaso.net et je voudrais en citer juste une phrase avant de dire ce que j’en pense : « Sur l’évolution du Burkina, je dois avouer qu’à un moment donné, j’avais plutôt eu un peu peur qu’il n’y ait des dérives totalitaristes. Mais aujourd’hui, après la dernière élection à laquelle j’ai assisté, j’ai trouvé que les choses se sont passées correctement : il y avait des listes électorales, il y avait le secret du vote, le contrôle des votants ; ce qui était assez satisfaisant, comme l’ont relevé les nombreux observateurs étrangers qui étaient là ».
Oui , Monsieur Penne, vous aviez eu une juste prédiction et ce n’était certainement pas pour rien ! Au fond, vous connaissez ceux qui nous gouvernent ! Et les Burkinabé vous connaissent comme ils connaissent Herman Cohen, et vous savez pourquoi !
Aujourd’hui en tout cas, votre triste prophétie se réalise.
Personne n’est dupe de la situation qui prévaut chez nous : un régime qui a monopolisé patiemment mais sûrement tous les pouvoirs et chapeauté quasiment tous les contre-pouvoirs, qui a, charcuté l’article 37 souverainement voté par le peuple pour permettre à Blaise Compaoré de rester au pouvoir encore cinq ans, voire plus ! Mais vous n’en direz rien.
Et pour ce qui est de ces dernières élections, vous étiez peut-être là dans votre belle voiture et logé aux frais de la princesse,, à visiter quelques bureaux de vote mais vous n’avez rien vu ou rien voulu voir.
Savez-vous que l’opposition demandait qu’on revienne à la loi relative au mode de scrutin, décidée par consensus en 2002 ? Elle ne l’a pas obtenu.
Savez-vous qu’elle exigeait la refonte du fichier électoral totalement défectueux ? Elle ne l’a pas obtenu.
Savez-vous qu’elle réclamait, ce que la loi d’ailleurs prévoyait, qu’on reprenne la liste des membres des démembrements de la CENI et de ses démembrements ? Elle ne l’a pas obtenu et le pouvoir a fait passer une loi scélérate pour maintenir ses hommes en poste à la CENI, quasiment tous récupérés par lui. Et on sait à quelle fin !
Les Burkinabé ont souffert dans leur chair et dans leur âme, de ces élections iniques.. On ne peut même pas en parler : achats de conscience, menaces des chefs, listes parallèles, délivrance de cartes dans des domiciles.... sans compter l’inorganisation de la CENI à tous les niveaux ! Même des organisations de veille démocratique ont osé parlé cette fois, comme l’Organisation indépendante pour les élections (OIE) qui a recommandé la relecture du fichier électoral, qui a souligné que « des locaux inappropriés ont servi de bureaux de vote : des marchés, sous des arbres, à la gare, bureaux de vote en plein air, etc » et qui a expliqué qu’ « à cela, s’ajoutent l’insuffisance en nombre de certains documents électoraux (bulletins de vote, arrêtés de nomination des membres des bureaux de vote, procès verbaux), la non concordance des listes électorales, le transfert de bureaux de vote le jour du scrutin (bureaux de vote 17 et 55, école Tégawendé à Kouritenga) ». Ces observateurs de l’OIE ont dévoilé « des cas de fraude, de non concordance des listes électorales, l’insuffisance de documents électoraux, lors du scrutin du 23 avril ». Et ce n’est pas tout : « Des indices et des cas de fraudes, les observateurs en ont relevé à la pelle : bulletins paraphés à l’avance, tentative de vote de groupes de personnes à Ouaga, Bobo, Ouahigouya, trafic d’influence mené par des notabilités, des candidats ou des responsables de partis dans certaines localités, vote multiples avérés à Bobo, Ouahigouya, Koudougou (16 cartes d’électeur détenues par un électeur de Koudougou et un candidat appréhendé en possession de plusieurs cartes et les cinq doigts tachés de l’encre indélébile au bureau de vote n°6 du secteur n°3 de Koudougou), etc ». (in Sidwaya du 09 mai 2006).
A ce qu’on sache, cette organisation est apolitique !
Savez-vous que même le Journal du Jeudi proche du pouvoir, a parlé de ces élections comme des plus mauvaises qui aient eu lieu depuis le début de la 4ème République ?
Et vous, vous y allez de vos félicitations !
Monsieur Penne, ce que vous ne pourriez accepter en France, pourquoi l’acceptez-vous aussi facilement en Afrique ? Parce qu’elle n’est pas mûre pour la démocratie ? Certainement que vous le pensez !
Imaginez-vous qu’en France, sur 36.000 communes, le pouvoir puisse se vanter d’en gérer 95 % ? Cela serait-il sérieux ? Eh bien au Faso, sur plus de 350 communes, l’opposition ne pourra en gérer que 10, et en majorité dans de minuscules communes ! Et on ne peut raisonnablement penser que des citoyens libres auraient choisi de voter à près de 100 % pour un pouvoir installé depuis près 20 ans et marqué par de multiples crimes économiques et de sang impunis (dépassant de loin tous les crimes de tous les régimes passés), une pauvreté qui va s’amplifiant chaque jour face à une accumulation de richesses jamais vues. Alors, je ne vous remercie pas d’encenser un tel régime !
Les Burkinabé, Mr Penne, savent que nous allons à grand pas vers ce régime totalitaire dont vous pensez que nous avons réchappé. Mais Dieu aidera le Faso !

KONE Swonty
Etudiant en 3ème année de droit
Ouagadougou
swontyarx@yahoo.fr