Le Pays du 3 juillet 2007 Après
avoir parcouru le Burkina profond et "mouillé la chemise"
aux côtés de ses militants lors de la campagne pour les législatives
2007, Hermann Yaméogo avait couronné le tout par un boycott
de dernière minute en refusant d’aller mettre le bulletin
dans l’urne le jour-J. Le Pays : Comment appréciez-vous le nouveau gouvernement qui vient de voir le jour au Burkina Faso ? Hermann Yaméogo - Président de l’UNDD : Je dirais qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil parce que ce gouvernement comporte certainement des gens qui ont des qualités personnelles mais ils ne sont pas en mesure d’impulser le changement dont le pays a besoin pour restaurer l’espérance au sein du peuple burkinabè. Quand les gens se répandent en appréciations sur les capacités d’un tel gouvernement, je me dis qu’il y a méprise. Nous ne sommes pas dans un système comparable au système britannique ou allemand où le cabinet a l’essentiel du pouvoir exécutif. Dans le cadre de nos institutions, c’est bien au niveau de Blaise Compaoré que se concentrent les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. A partir de ce moment, on ne peut pas s’attendre à ce que l’action du gouvernement soit déterminée et mise en oeuvre par ce gouvernement. Pour moi, ce sera toujours comme par le passé, le train-train quotidien qu’on va gérer ; c’est une continuité qui veut dire que nous serons toujours en attente des grandes réformes sur les institutions, des grandes réformes qui doivent nous permettre de lutter contre la pauvreté et de mettre en oeuvre une gouvernance responsabilisée. En d’autres termes, il n’y a pas grand-chose à attendre de ce gouvernement ? Effectivement, sauf ce qui viendrait du chef de l’Etat ; tout part de lui, tout revient à lui. Tant qu’il y aura ces femmes et ces hommes à la tête du pouvoir, avec la volonté de s’y pérenniser, pour se protéger, ce sera toujours la même chose. Mais quels devraient être les véritables chantiers de ce gouvernement pour impulser un développement réel au Burkina Faso ? Le grand problème du Burkina Faso se mesure à plusieurs aunes. D’abord au niveau des institutions : pour qu’un pays soit bien gouverné, il faut qu’il y ait des institutions solides. Nous constatons que depuis la 4e République, nous avons édicté des textes parfaits, une Constitution parfaite, mais nous les avons dévoyés de telle sorte que ça pédale quelque peu à vide. Il en résulte beaucoup de défaillances dans la gouvernance du pays. Cette gouvernance n’est pas responsabilisée parce qu’elle n’est pas soumise au contrôle. Nous avons l’Exécutif qui fait tout ce qu’il veut sans passer forcément par les contre-pouvoirs, sans forcément passer par les contrôles parlementaires, etc. Il y a donc une question préalable de réforme de nos institutions, pour permettre de partager le pouvoir au plan national, comme au plan des collectivités décentralisées afin que le développement soit beaucoup plus partagé, qu’il se donne comme finalité plus de justice sociale, de cohésion nationale par un partage beaucoup plus visible des fruits de la croissance, par une volonté plus marquée de lutter contre la pauvreté. Comment expliquez-vous les résultats de l’UNDD au scrutin du 6 mai dernier ? Je crois qu’aucun parti n’a vu venir les choses autant que l’UNDD. Nous avons tiré la sonnette d’alarme depuis la présidentielle sur des bases claires, je dirai même mathématiques. A partir du moment où le fichier était aussi mauvais, et qu’on a refusé de le nettoyer, de permettre qu’opposition et majorité travaillent ensemble pour le toiletter, on savait que les dés étaient déjà pipés. A partir du moment où, de façon unilatérale, le pouvoir est revenu sur toutes les mesures qui ont permis d’aller, en 2002, à des élections qui ont tenu la route, nous voyions le pouvoir venir. Nous savions qu’il y avait une volonté de réaliser un hold-up électoral. A partir du moment où, malgré les relances répétitives de l’opposition pour que l’on s’asseye pour repenser la Constitution, repenser les instruments électoraux, le pouvoir s’entêtait à refuser, nous savions que c’était mal barré. C’est pour cette raison que je ne me suis pas présenté à l’élection présidentielle. Pour les législatives, c’est la même situation, les mêmes causes produisant les mêmes effets. Rien n’a été fait pour améliorer les choses, alors que de partout, mêmes les bailleurs de fonds demandaient de revoir le fichier, de revoir toutes ces conditions qui jouaient en freinage de la transparence. Rien de tout cela n’a été. Donc nous savions à l’UNDD, qu’il ne fallait pas attendre grand- chose de ces élections. Mais, quand l’élection arrive, c’est comme si les militants, les électeurs étaient pris par une drogue. On a foi, on croit qu’on a les capacités de résister à la fraude, de dompter la fraude, et quand on voit les gens qui se mobilisent, qui viennent, on se dit voilà, c’est un électorat sûr. Mais moi, à mon niveau, je savais que ce serait difficile, d’autant plus que l’UNDD constitue un parti vis-à-vis duquel beaucoup de choses ont été décidées ; un parti qu’on a décidé de liquider électoralement, on voyait donc venir les choses. Donc le résultat ne nous a pas étonné. Mais comme les Sénégalais le disent, ce n’est pas seulement au niveau de l’Assemblée qu’un parti politique s’exprime. Quoi que l’on fasse, on ne pourra pas nous effacer du paysage politique. Parce qu’une opposition, un homme d’opposition ne vit, ne résiste, ne dure que par sa capacité de résistance, par sa créativité, par sa capacité de propositions. Or, je peux dire que, pour ne m’en tenir qu’à la 4e république, il y a beaucoup de choses qui se sont passées dans ce pays, beaucoup de reformes qui n’auraient pas pu intervenir si nous n’en avions pas eu l’initiative. De ce point de vue, nous n’avons pas d’inquiétude. Nous continuons notre combat qui est celui d’une opposition déterminée à ce qu’il y ait la refondation démocratique au Burkina Faso. Un fait que beaucoup de citoyens n’ont pas compris de votre part, c’est votre boycott du vote au dernier moment. Après avoir battu campagne aux côtés de vos militants, vous avez refusé d’aller mettre le bulletin dans l’urne le jour du vote. Comment expliquez-vous cela ? Je vous remercie de me poser cette question, parce qu’il y a beaucoup qui, sans prendre ce soin-là, se sont répandus en critiques vénéneuses, alors qu’ils auraient pu venir à la source. Je voudrais d’abord dire qu’au Burkina Faso, le vote n’est pas obligatoire. C’est pas comme dans certains pays tels la Belgique, ou l’Australie. Ici, le citoyen est libre de voter ou de ne pas voter. Hermann Yaméogo est un citoyen à part entière. Il peut voter comme ne pas le faire. Donc, c’est librement que j’ai décidé de ne pas voter. Mais il y a une explication, comme je l’ai déjà dit, je n’ai pas foi en ce processus. J’estime qu’il est dévié, et je ne suis pas le seul à le dire, beaucoup de Burkinabè le disent et même au plan de l’Union africaine, le constat a été fait par la Commission que la démocratie africaine est totalement dévoyée, et qu’il faut la repenser. A partir de ce moment donc, je ne voulais même pas me présenter aux élections législatives. C’est sous la pression des sages du parti que j’ai accepté d’être sur la liste nationale, mais en même temps, à une position telle qu’il était manifeste que je ne pouvais pas être élu, 15e position. Donc je n’avais toujours pas l’intention de voter mais j’ai pris soin que cela ne se sache pas dans le parti et dans l’opinion parce qu’il y en avait qui étaient persuadés qu’ils feraient barrage, cette fois-ci, à la fraude, et qui y sont allés de bon coeur, certains que le pouvoir ne pouvait pas les avoir cette fois. Il ne fallait donc pas les décourager, j’ai fait campagne, j’ai couvert toutes les provinces, j’ai tourné avec eux tout le temps et mouillé la chemise, comme on dit. Ce n’est qu’à la fermeture des bureaux de vote que j’ai fait savoir que je n’avais pas voté. Ce n’est qu’aux informations de 20h que l’opinion a été informée que je n’avais pas voté. Alors, comment peut-on dire que mon abstention a influencé négativement les résultats ? Certains ont voulu profiter de cela pour dire que j’ai été méprisant vis-à-vis du peuple. Je dois dire que s’il y a eu un mépris effectif, ce n’est pas vis-à-vis de mes militants ni du peuple ; mais de ceux qui ont dévoyé le processus démocratique. Le message leur est adressé ; même si je ne suis que le seul, je témoignerai que je ne valide pas ce processus électoral et que je suis pour ceux qui veulent refondre les institutions, réhabiliter la démocratie. Autrement dit cela n’était pas un aveu d’impuissance ? Pas du tout. Pensez par exemple aux Sénégalais. Quand ils ont dit qu’ils allaient boycotter, beaucoup de médias comme à l’accoutumée, se sont mis a répandre cette idée chère aux partenaires et propre à certains dictateurs africains, à savoir que c’est la politique de la chaise vide. Quel est le résultat aujourd’hui ? Il ont gagné avec panache, ils ont montré que l’opposition pesait, ils ont montré que le boycott pouvait être une solution noble et pratique quand la gouvernance est dévoyée. Actuellement, c’est la même chose. Nous avons montré que quoi qu’on fasse, nous ne serons pas sous le charme du pouvoir. Tous les artifices qu’il met en oeuvre ne nous écarteront pas de cette conviction que ce n’est pas une démocratie qui est pratiquée au Burkina Faso. Et il faut qu’il y ait des hommes , des opposants qui continuent à témoigner de cette réalité. Quel regard jetez-vous sur l’opposition burkinabè au sortir de ces échéances électorales ? Cette élection n’a pas été une occasion pour évaluer les forces de uns et des autres. Quand le premier chiffre est faux, tout le calcul est faux. Dès lors que les dés sont pipés, que le fichier est mauvais, le vote est vicié à la base sur toute l’étendue du territoire. Les chiffres qui sortent de cette élection sont des chiffres faux. Donc on ne peut pas, sur la base de cette élection, apprécier les forces des uns et des autres. Maintenant par rapport a l’opposition, je constate que le pouvoir a admirablement joué dans le brouillage des repères entre opposition et majorité. De telle sorte que pour ce qui nous concerne à l’UNDD, nous nous sommes attelés à donner une âme à l’opposition résistante. C’est notre préoccupation en ce moment. Quels sont vos rapports avec les autres partis de l’opposition aujourd’hui ? Je n’irai pas jusqu’à dire que l’opposition est une auberge espagnole ; actuellement, on ne sait plus qui est qui. Alors en attendant qu’il y ait une décantation, nous nous préoccupons de construire une vision de l’opposition, une opposition que nous voulons résistante, attachée à la refondation de la démocratie. Et avec le pouvoir..... ? Je n’ai pas de rapports avec le pouvoir. J’aurais aimé que comme dans tous les démocraties dignes de ce nom, le pouvoir accepte qu’il y ait la majorité et l’opposition. Qu’il respecte le droit des partis politiques, qu’il ait conscience qu’il n’y a de démocratie véritable que celle qui respecte le droit du suffrage et le droit des partis politiques ; qu’il accepte la diversité des opinions et qu’il ne se préoccupe pas de formater la démocratie, de créer un cadre d’expression démocratique avec des gens de son choix, des gens qu’il préfère pour l’aider aussi bien dans la majorité que dans l’opposition. Nous constituons une opinion à l’UNDD. Nous ne sommes pas d’accord avec la manière de gérer le pays, ni avec le non-respect de la Constitution, ni avec cette fracture sociale et nationale qui se creuse dans le pays, ni avec les ingérences à l’extérieur,.... C’est notre point de vue, c’est notre opinion et elle est partagée dans le pays, il faut l’accepter. Or le pouvoir n’accepte pas cela. Donc les relations sont difficiles. Que dites-vous du débat actuel sur le statut de chef de file de l’opposition ? A qui, de l’ADF/RDA et de l’UNIR/MS, devrait-il revenir ? Je suis tenté de dire "no comment" parce que, quand une maison brûle, on ne se préoccupe pas de disposer sa chaise longue sous la véranda pour se prélasser. Donc, je pense qu’il y a des ordres de priorité et celle-ci ne me semble pas primer sur d’autres qui sont là et qui sont liées à la gouvernance même du pays, à la stabilisation, à la réhabilitation de la démocratie, à la lutte contre l’insécurité et à la pacification nationale. Ce débat n’a donc pas lieu d’être à votre avis ? Au niveau de l’UNDD, non. Nous avons d’autres priorités. Mais l’homme de droit que vous êtes ne peut-il pas dire, au regard des textes en vigueur, qui devrait prétendre à ce statut ? Je ne pense pas qu’il serait responsable de notre part, alors qu’il y a des problèmes dans le pays, alors que les institutions sont à vau-l’eau, alors qu’il y a une fracture sociale nationale, de nous attacher à ces choses là. Comment appréciez-vous le processus de paix en Côte d’Ivoire, sous la médiation du président du Faso ? Si les gens avaient beaucoup plus de mémoire historique, s’ils voulaient reconnaître à chacun sa part de contribution à l’effort national, on reconnaîtrait que nous sommes parmi les plus heureux actuellement parce que nous avons été les premiers à préconiser ce dialogue direct. Je suis même allé en Côte d’Ivoire pour préconiser cela, et quand j’en parlais les gens riaient au Burkina Faso. " Grand Dieu ! comment peut-on imaginer Blaise Compaoré en train de discuter avec Laurent Gbagbo ?"C’était impensable ; il n’y avait qu’un Hermann pour penser à des choses de ce genre. Et puis cela s’est réalisé. Donc nous nous félicitons, non seulement parce que l’Histoire nous donne raison, mais pour la réconciliation amorcée des deux peuples. Il faut que les Ivoiriens et les Burkinabè soient réconciliés et que leurs gouvernants puissent se parler. Cela est indispensable. Au-delà même des divergences qui existent entre nous et le pouvoir, nous trouvons que c’est une initiative à féliciter. Et nous croyons que le président Gbagbo a dû prendre beaucoup sur lui-même et sur les ressentiments de son peuple pour venir demander à Blaise Compaoré d’être un médiateur dans cette affaire-là. Mais heureusement les choses se passent bien. Prions Dieu pour que tout cela arrive à la conclusion de la pacification définitive en Cote d’Ivoire. Mais il y a des mesures d’accompagnement. Nous disons toujours au niveau de l’UNDD, qu’il ne suffit pas d’organiser des élections, de faire en sorte que les Forces nouvelles et les Loyalistes se retrouvent, sans aller au fond des problèmes et voir qu’est-ce qui a motivé cette mésintelligence au niveau de la Côte d’Ivoire. Les problèmes sont aussi économiques et sociaux. Nous pensons qu’il faut d’abord prendre des mesures ciblées, il faut faire en sorte que les Burkinabè de l’extérieur, notamment ce qui sont en Côte d’Ivoire, puissent voter. Nous avons été les premiers à faire cette demande depuis plus de 10 ans. Il faut le faire. C’est de nature aussi à sécuriser les Ivoiriens qui craignaient qu’il n’y ait des mercenaires électoraux pour leur voler leur pouvoir. Il faut le faire, c’est respecter la Constitution parce que cela permet aussi aux Burkinabè qui sont à l’extérieur de voter. C’est un droit que leur reconnaît la Constitution. Nous disons aussi que tant qu’il n’y aura pas des mesures pour permettre aux pays de l’hinterland de se développer, de pouvoir stabiliser leurs populations ; tant qu’il n’y aura pas des investissements pour procurer du travail, des emplois, il y aura l’immigration sauvage ; c’est une loi naturelle. Quelles que soient les difficultés, ils iront en Côte d’Ivoire et au-delà. Nous devrions donc prendre en main l’intégration africaine. Parce que je suis au regret de reconnaître que nos chefs d’Etat se préoccupent beaucoup plus de leur propre influence, de leur pouvoir, de leur rayonnement que de l’intégration qui suppose la construction d’un pouvoir supranational d’abandon partiel de leurs prérogatives. Il faut construire l’intégration et en construisant l’intégration, on créera un espace de partage. Nous disons aussi que la réconciliation ne doit pas se limiter à la Côte d’Ivoire. Elle doit être une réconciliation avec les autres pays qui nous ont aussi suspectés d’ingérences. Il s’agit notamment du Liberia, de la Sierra Leone, de l’Angola ; c’est un tout et nous devons arriver à prendre l’engagement de ne plus pratiquer d’ingérence sous quelque forme que ce soit, même d’ingérence électorale. Il faut tout proscrire et c’est cela qui rendra sereines nos relations avec la Côte d’Ivoire. C’est donc un grand pas qui a été fait, mais il reste encore d’autres pas à faire pour accompagner ce dialogue direct, qui ne doit pas se limiter à une réconciliation interne entre Ivoiriens, mais aussi entre Ivoiriens et Burkinabè parce que l’on sait aussi quelles sont les causes extérieures de cette crise. On ne peut pas occulter l’intervention du Burkina Faso. Mais il y a aussi des raisons d’espérer parce que Jacques Chirac n’est plus là et il y a Sarkozy qui prône une politique de rupture. Nous espérons qu’on ne reviendra plus à certaines erreurs du passé, que les nouvelles autorités françaises auront à coeur d’aller vraiment vers la paix en Côte d’Ivoire. Parlant d’intégration, comment apprécierez-vous l’idée d’un gouvernement africain prônée par le président Kadhafi ? C’est l’idéal, j’ai toujours soutenu le gouvernement africain ,j’ai toujours soutenu une armée africaine depuis le temps de Kwame N’krumah. Mais comment le faire ? Voilà le problème. Quand les chefs d’Etat n’acceptent pas de transférer leurs prérogatives à des instances supranationales, comment cela peut se faire ? Déjà au niveau même de l’UEMOA, de la CEDEAO, si ça piétine depuis tant d’années c’est parce que chacun s’accroche à sa souveraineté. Il aurait fallu d’abord que les chefs d’Etat acceptent certains principes intangibles de la démocratie, le suffrage populaire pour pouvoir conclure cette unité. Ce n’est pas en Libye, ni au Burkina Faso, ni au Cameroun ou au Tchad qu’on respecte ces principes. Comment peut-on construire une unité africaine dans ces conditions ? J’ai peur que la façon dont c’est tracé, ce ne soit une question de leadership ou de prestige. C’est comme du reste, l’Union africaine. Si après l’OUA, l’UA connaît autant de problèmes, c’est parce que cela reste un syndicat des chefs d’Etat. Ce n’est pas une organisation des peuples africains. Je suis donc plutôt sceptique avec ces idées. Je ne pense pas qu’actuellement, l’Afrique ait les dirigeants qu’il faut pour construire l’unité africaine. Pour revenir à la Côte d’Ivoire, quelles sont les relations que vous entretenez aujourd’hui avec le chef d’Etat ivoirien ? C’est quelqu’un que j’ai toujours admiré et que j’admire encore plus. Je souhaite vraiment que ce qu’il a entrepris aboutisse. Comme tous ceux qui ont pris des risques, qui se sont battus pour qu’il y ait la paix en Côte d’Ivoire, et entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. Partout où je serai, je vais oeuvrer de telle sorte à pouvoir l’accompagner dans ce processus. Votre parti vient de réaliser un film-documentaire. De quoi traite ce film et à quel objectif répond-il ? Après ce que nous avons vécu, il fallait porter un témoignage. Voici un parti qui, quoi que l’on dise, quoiqu’il ait subi plus qu’aucun autre parti l’acharnement du pouvoir d’Etat, est implanté au plan national, tient des activités, a des initiatives revigorantes pour la démocratie, qui sort d’une consultation sans un seul élu. Cela a choqué tout le monde. Même ceux qui ne sont pas de l’UNDD ont vu que c’était assez gros à avaler. Il fallait, au niveau du parti, que nous puissions établir que cette élection était une parodie d’élection, montrer comment nous avons mobilisé, comment nous avons mené notre campagne de protestation et comment elle a rallié du monde, comment on a adhéré à notre message, et expliqué aussi que nous avons saisi cette occasion pour montrer au peuple comment on jouait la comédie, comment cette démocratie, c’était du pipeau, et pour ainsi travailler à une prise de conscience nationale. Nous avons voulu montrer à travers ce film-documentaire qu’il ne faut pas qu’à l’extérieur, on se fasse d’illusions. Il y a au Burkina Faso des femmes et des hommes qui sont décidés à lutter toujours pour qu’il y ait une vraie démocratie dans ce pays. Des femmes et des hommes qui n’acceptent pas l’héritage de ce pays sans inventaire, qui n’adhèrent pas à tout ce qui a été fait et qui a mis le crédit de l’Etat au ras des pâquerettes. Voici l’intérêt de ce film qui, preuves à l’appui, a montré l’acharnement dont le parti a été victime depuis les fondations de la IVe république jusqu’à nos jours. Mais un parti qui tient toujours debout et qui continue toujours sa lutte. Dans quelles conditions avez-vous réalisé ce film ? N’y a-t-il pas eu des difficultés particulières ? Il n’a pas été facile d’avoir certaines images. Nous avons mis pratiquement un mois pour réussir cette prouesse. Mais comme nous avions, pendant la campagne, pris les dispositions pour avoir des cameramen qui nous ont suivi, nous avions déjà des éléments en notre possession. Voilà comment nous avons pu, ici et là, en racolant des DVD que nous avions déjà reconstitués, faire ce film-documentaire. Je crois que c’est la première fois qu’un parti d’opposition au Burkina Faso réalise un tel film-documentaire. Comment comptez-vous vulgariser ce film, après la projection qui vient d’avoir lieu ? Nous allons faire en sorte que dans chaque province, il soit vulgarisé et qu’il soit suivi ou précédé de marches pour la bonne gouvernance, pour exprimer notre point de vue, afin que l’on habitue les Burkinabè à la protestation, afin qu’on leur montre que le vrai citoyen, c’est un citoyen qui assume ses droits, et non celui qui subit. C’est donc le top-départ de ces activités qui vient d’être ainsi donné. Avant la projection de ce film, les jeunes de l’UNDD ont, à travers leur forum (FOCAL) traité du dossier Charles Taylor. Pourquoi un tel thème ? Ce dossier représente-t-il une préoccupation pour votre parti ? Oui, parce que ça nous concerne au premier point. Parce que notre pays s’est engagé dans des actions qui ont terni son image à l’extérieur. Le Liberia, la Serra Léon, La Côte d’Ivoire, l’Angola, etc. Il est donc important, au moment où Charles Taylor est jugé, qu’on clarifie la situation. Qu’on lave les accusations qui pèsent sur nous, si effectivement, comme le disent nos autorités, nous n’avons rien à avoir dans ce conflit Sierra Leonais. Voilà pourquoi il y a eu ce FOCAL sur ce thème-là, surtout que nous avons le sentiment qu’il y a une conspiration politique, médiatique et diplomatique pour donner l’impression que c’est Charles Taylor seul qui doit payer, qui doit comparaître. Cela est inadmissible, on ne peut pas imaginer que de tels crimes contre l’humanité qui ont occasionné 200 à 300 000 morts puissent se commettre par une seule personne. Ce n’est pas possible. Il y a eu des commerces d’armes, des transactions sur le diamant, des soutiens, des complicités, et c’est tout cela qui a concouru à la situation qu’on a connu en Sierra Leone. C’est une entreprise criminelle qui rassemble des coauteurs, des complices, qui doivent tous répondre devant la justice. Le Pays
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