"Les Blancs étaient des seigneurs tout puissants"
Hermann Yaméogo était un gamin d'une dizaine d'années lorsque son père, feu le Président Maurice Yaméogo, proclamait le 11 décembre 1960, l'indépendance de la Haute-Volta. 47 ans après, il nous livre dans les lignes qui suivent, ses plus grands souvenirs de la période pré indépendances.
"Bien que j'étais très jeune au moment des indépendances, j'en garde encore des souvenirs forts. Je me rappelle qu'un jour, alors que j'étais en classe de CE2, j'ai vu des gens qui sortaient de chez le Mogho Naaba avec des arcs, et des flèches. Ça courait de toutes parts. Mes camarades me disaient : "Ah ! Ton père a chaud aujourd'hui; c'est fini, on va le renverser, il va partir...". C'était en fait la tentative d'instauration de la monarchie républicaine. Ce coup d'Etat monarchique n'ayant pas réussi, c'était la proclamation de la République. Je me souviens aussi que c'était une période difficile parce que quand on parlait de départ des bases militaires françaises, c'était plus vite dit que fait ! Ce n'était pas facile parce que les militaires français étaient vraiment en force ici. Et Bobo, je crois, était une base très importante dans la sous région pour les soldats français. Vous imaginez donc que décider d'un coup de les faire partir, n'était pas chose simple ! Il y avait des ministres même à l'époque qui avaient des craintes et qui se disaient qu'avec cette façon de réclamer le départ des militaires blancs, ceux-ci pouvaient envahir le pays. Et ça s'est d'ailleurs fait ! Il y eut une période de tension ! Je me souviens par ailleurs que lorsque certains colons se comportaient mal avec des Voltaïques, il y avait des réactions qui se manifestaient même du niveau de l'Exécutif. Je me souviens par exemple qu'un jour, un administrateur civil, un colon français, a été renvoyé de chez lui, parce qu'il avait mal parlé à un Voltaïque. On lui a dit : "Ecoute, tu as 48 heures pour prendre ton avion et quitter la Haute-Volta !". C'était pourtant des choses qui étaient inimaginables, d'autant plus que les colons blancs étaient vus comme des seigneurs tout-puissants à l'époque de la colonisation finissante".
Propos recueillis Par Paul-Miki ROAMBA