ME HERMANN YAMEOGO N'EST PLUS CANDIDAT A LA PRESIDENTIELLE DU 13 NOVEMBRE 2005


ADRESSE AUX BURKINABE DE BONNE VOLONTE, AUX MILITANTS, SYMPATHISANTS DE L'UNDD

Chers Compatriotes,
Chers Militants et Sympathisants de l'UNDD,

Je vous adresse ces quelques mots car depuis l'ouverture de la campagne, vous lisez, entendez et voyez dans les médias que je suis le 13ème candidat aux élections du 13 novembre, mais à travers ces mêmes médias, vous ne me lisez pas, ne m'entendez pas , ne me voyez pas participer à cette campagne comme le font les 12 autres candidats. Je vais vous expliquer pourquoi.

J'ai, conformément à une délibération du Bureau Exécutif National de l'UNDD du 17 Octobre dernier, retiré ma candidature parce que le parti n'entend pas se plier à la validation par le Conseil constitutionnel de la candidature de Blaise Compaoré à une troisième élection, contrairement à l'article 37 de la Constitution. Ce désistement, sachez-le, est aussi motivé par le hold-up électoral programmé par le pouvoir en raison des votes calibrés qu'il obtiendra avec une informatisation du fichier électoral menée en solitaire et dont le logiciel se révèle inopérant (malgré les assurances données) à contrecarrer les inscriptions irrégulières : délivrance de cartes au nom de personnes décédées, de personnes fictives, de mineurs, délivrance de cartes multiples à de mêmes personnes...
Cette décision a été notifiée aux institutions avant l'impression des spécimens de bulletins, avant le début de la campagne et a fortiori avant l'acheminement des bulletins dans les bureaux de vote. Le Conseil supérieur de la communication (CSC) en a pris acte et décidé en conséquence de me retirer mes temps de passage dans les médias d'Etat. La CENI informée, et bien que n'ayant pas reçu le " Bon à tirer " pour impression, a pour sa part alléguant n'avoir pas reçu instruction du Conseil constitutionnel, refusé de prendre acte de ce retrait et donc d'ôter le logo du parti et ma photo du spécimen de bulletin. Le Conseil constitutionnel, de son côté, après m'avoir invité à venir confirmer mon retrait auprès de lui (ce qui suppose par le fait même qu'il y avait une possibilité de retrait), a décidé, alors que je ne l'avais pas saisi d'une requête, de délibérer pour me maintenir contre mon consentement, au nombre des candidats. Voilà pourquoi dans les médias, on me présente comme candidat sans que je ne puisse y clamer que JE NE SUIS PAS CANDIDAT A L'ELECTION DU 13 NOVEMBRE 2005.
Chers compatriotes, les arguments du Conseil constitutionnel ne tiennent pas. En me recevant, il a laissé entendre que s'il lui faut prendre acte de ma liberté de me retirer, il ne s'en trouve pas moins devant une situation de vide juridique puisqu'aucun texte, selon lui, ne prévoit la gestion d'un retrait à ce stade. J'ai naturellement pensé qu'il prendrait acte de ma décision. Mais vous le savez, il en a décidé autrement soutenant que j'aurais introduit un recours tardif et que la dernière publication de la liste des candidats empêchait toute autre publication de sa part.
Je voudrais vous dire premièrement que je n'ai pas déposé de recours étant simplement allé répondre à une invitation pour confirmer mon retrait, et deuxièmement, que les décisions finales des organes contentieux peuvent être remises en cause dans l'intérêt de la loi, sur ordre du Garde des Sceaux ou à la suite de révision. Le Conseil constitutionnel pouvait donc m'enlever sans problème de la liste des candidats encore et surtout que dans le Code électoral, il est écrit à l'article 130 : "Le Conseil constitutionnel arrête et publie la liste des candidats quarante-deux jours avant le premier tour de scrutin. Cette publication est assurée par affichage au greffe du Conseil constitutionnel. Il fait procéder en outre, à toute autre publication qu'il estime nécessaire ". Vous voyez, le législateur, prévoyant, a donné au Conseil constitutionnel par cette disposition, une marge pour faire face à des situations comme la mienne. Au demeurant, cette décision de retrait ne pouvait pas surprendre le Conseil constitutionnel puisqu'il connaissait déjà ma défiance à son endroit et la volonté de l'UNDD de n'accepter aucune validation de la candidature du président sortant, par lui.
Alors, si malgré tout cela, je suis toujours sur la liste, il ne faut pas s'y tromper : c'est tout simplement parce que mon retrait dérange, qu'il déjoue la planification de mon " exécution " politique par la voie électorale. Déçu, irrité, désemparé, le pouvoir n'hésite pas à se ridiculiser en poursuivant un combat avec un adversaire fantomatique. Laissons-le continuer à se battre contre des moulins à vent ; laissons-le à sa parade dispendieuse insultante pour la misère du Peuple.
Ce qu'il nous reste à faire à l'UNDD, face à l'isolement médiatique injuste et au mensonge d'Etat, c'est de garder le cap en restant au nombre des défenseurs de la Constitution, c'est de refuser de demander restitution des 5 millions et de nous interdire de toucher à la subvention de campagne. Notre tâche, c'est de communiquer par nos propres moyens avec les populations, avec nos militants, malgré les conditions que vous devinerez difficiles, pour leur dire de ne pas croire ce que diffusent les médias, pour leur dire, comme l'a instruit le Bureau Exécutif National du parti de retirer leurs cartes d'électeurs mais de ne surtout pas aller voter.
Je vous remercie déjà de votre compréhension car si au début, sûrs de votre capacité de gagner ces élections, vous étiez désarçonnés, en colère, certains même en larmes, à cause de mon désistement, vous n'avez pas tardé à comprendre que plus qu'à ma personne, je rendais service au parti, à l'opposition et à la cause de la Démocratie, en me retirant. Demain, vous en serez encore plus convaincu à l'heure du bilan.
Venons-en maintenant à la désobéissance civile. Elle exclut toute violence et vise à susciter chez les Burkinabé une ferveur pour le refus de continuer à supporter la dictature masquée du régime en place. Cette désobéissance civile qu'on présente injustement comme un appel à la guerre civile, fait plutôt appel à des valeurs éthiques comme on l'a vu notamment en Inde avec Gandhi. De plus, chez nous, elle est autorisée par la Constitution qui en traite comme d'un devoir citoyen puisqu' elle en fait une manifestation suprême d'assistance à Constitution en danger.
Chers compatriotes, nous sommes à la croisée des chemins. Cette élection-présidentielle bidon de plus, doit nous convaincre qu'il n'y a pas de salut en dehors du sursaut collectif puisque l'extérieur a visiblement d'autres préoccupations. Les Burkinabé doivent donc se mettre ici et maintenant en position pour s'assumer. Le changement, il ne faut plus rêver, ne viendra de nulle part sinon que de notre mobilisation courageuse et totale à refuser de subir davantage un pouvoir qui a fait le vœu perpétuel d'insolence et d'injustice vis-à-vis du Peuple.

Chers compatriotes, camarades militants et sympathisants, la capacité de refus est la marque des hommes libres. Alors refusons la dictature de velours qui nous étouffe tous et qui peut sur la lancée, après le 13 Novembre, ne plus prendre de gants. Préparons-nous pour les batailles qui doivent nous conduire à l'alternance salvatrice.

DESOBEIR AUX DICTATEURS, C'EST OBEIR AU PEUPLE !

Ouagadougou, le 27/10/2005

Me Hermann YAMEOGO


Président de l'UNDD