Thème : La grande nuit de frayeur des 20 et 21 Décembre 2006. Causes, gestion et réponses à apporter à cette révolte militaire

Mesdames et Messieurs de la presse,
Camarades responsables et militants de l’UNDD,
Chers Amis,

L’UNDD a fait depuis quelque temps déjà le constat d’une carence structurelle de dialogue démocratique et d’une gestion déséquilibrée de l’information dans notre pays. Ce sont là des données qui sclérosent les institutions, assèchent le débat politique et exposent immanquablement la démocratie à l’apoplexie. C’est pourquoi le parti se réjouit de votre présence à cet exercice de communication interactive et alternative qu’il se propose de répéter à intervalles réguliers pour contribuer à la réduction de l’impact négatif de ce déficit général de communication.
Les derniers évènements que nous avons vécus les 20 et 21 décembre derniers viennent fort à propos confirmer nos dénonciations. Un tel coup de sang, dans ce pays où tout semblait « sous contrôle », devait entraîner au-delà des questionnements, des débats impliquant les acteurs les plus divers de la vie nationale. Les médias tant nationaux qu’ internationaux, avec ce « scoop » qui a obligé à renvoyer sine die de grandes rencontres nationale et internationale, avaient naturellement matière à approcher les autorités, les insurgés mais aussi les opposants, les responsables de la société civile pour avoir leurs réactions. C’ est comme cela que ça fonctionne en principe en démocratie non bridée où les gouvernants sont soumis à l’obligation d’informer et de justifier.
Ici, nous n’avons pas eu droit à ces égards : ce fut un service très minimum tendant parfois même à banaliser les faits à l’extrême, sinon à les présenter à l’avantage du pouvoir quand bien même, celui-ci apparaîtrait manifestement comptable au premier chef de l’explosion qui s’est produite dans l’armée et que plus d’un voyait venir notamment depuis l’ émeute étouffée de 1999 en pleine crise consécutive au drame de Sapouy.
Au niveau de l’UNDD, nous aurions aimé réagir sur le chaud. Il se trouve que non seulement, nous n’avons pas été approchés à cet effet mais aussi que bien de bonnes volontés parfois extérieures au parti nous en ont dissuadé aux motifs suivants.
La plupart des intentions mauvaises, déstabilisatrices au Burkina Faso sont attribuées au parti. Ce fut le cas avec le prétendu putsch des Ouali et Naon en novembre 2003, dans l’affaire du marché en février 2004 comme celle de la prétendue complicité entre le président de l’UNDD et l’ancien président mauritanien Ould Taya pour renverser le régime burkinabé en septembre 2004. Ce sera la même chose avec le faux confectionné avant les dernières élections municipales accusant le président du parti d’avoir été payé par le Président Gbagbo pour déstabiliser Blaise Compaoré…. Réagir instantanément aurait pu réchauffer ces vieilles accusations.
On nous a d’autant plus recommandé la réserve que Djibril Bassolet (accusateur général de Me Hermann Yaméogo et qui a publiquement affirmé –on s’en souviendra- que s’il en avait la possibilité, « il aurait liquidé l’UNDD », sa bête noire) était l’homme à abattre durant cette folle nuit. Partant, des montages auraient pu encore faire du parti, bouc émissaire de service, le responsable des manipulations aux fins de vengeance contre le maître en chef de la Sécurité voir même contre le régime dont nous sommes au nombre des contempteurs vigilants.
Nous manifester pouvait enfin apparaître, nous a-t-on dit, comme une opération de récupération, et le pouvoir s’en serait automatiquement saisi pour tenter de confondre les protestataires et jeter notre parti en pâture aux militaires, à l’opinion nationale et internationale.
Pour toutes ces raisons, nous avons donc ravalé notre volonté de nous exprimer en attendant de le faire en temps plus indiqué et de façon appropriée.
Mais une semaine après les évènements, nous pensons avoir satisfait au « délai de grâce ». Continuer à faire dans le silence ne correspondrait plus à une attitude de responsabilité mais à une posture de démission de notre rôle d’opposant.
Par ailleurs, cette gueulante de tous les diables n’est pas réductible aux seuls problèmes existant entre policiers et militaires ; elle concerne tous les Burkinabé, toute la nation. Nous avons donc décidé, le temps de « retenue patriotique » observé pour ne pas faire obstruction à la paix des braves (l’Evangile du jour, n’est-ce pas !), de nous faire entendre, et nous pensons au fond que personne ne saurait nous en faire spécialement grief.
Et pour cause, ces évènements nous interpellant tous, nous devons chercher à les analyser pour en connaître les véritables déterminants au-delà du superficiel qu’il nous est depuis savamment donné à consommer.
Et puis, l’UNDD, c’est bien connu, a toujours dénoncé la dérive globale de nos institutions dont la corrosion de la vie politique que nous vivons n’en est que l’une des conséquences émergées ! S’agissant particulièrement de l’armée, nous n’avons de cesse de stigmatiser sa privatisation, de demander son cantonnement juridique et territorial, sa modernisation pour en faire une véritable armée républicaine. Ce qui se passe aujourd’hui nous rend d’une certaine façon justice de nos dénonciations.
Puis, c’est surtout la preuve par 4 qu’il est temps de faire une pause refondatrice car au-delà de cette nuit de la grande peur, il a été confirmé de la manière la plus forte qui soit, la défaillance de notre système judiciaire, les dysfonctionnements de l’armée, les faiblesses du gouvernement, bref du Système de gouvernance Compaoré (ainsi que l’a relevé à sa façon Antoine Glaser à l’émission « Afrique Presse » du 23/12/2006). Il faut en tirer les conclusions avec humilité pendant qu’il est encore temps, pour ne plus courir le risque d’exposer les Burkinabé à des coups de colère de militaires, de paramilitaires ou de citoyens qui, victimes des politiques lacuneuses des gouvernants, chercheraient à se rendre justice eux-mêmes.
Mais pour cela, encore faudrait-il qu’au lieu de faire la politique de l’autruche, les hiérarchies catholiques, musulmanes, protestantes, celles des chefs coutumiers, des opérateurs économiques, des intellectuels, des médias nationaux et internationaux apprennent de temps en temps à rappeler à l’ordre le pouvoir quand il dépasse les bornes et que ce dernier accepte enfin de son côté, de se regarder dans un miroir.
C’est ce que, pour notre part, nous faisons une fois de plus à travers ce forum de critiques mais aussi de propositions qui se déroulera autour des trois axes suivants :

- Pourquoi cette révolte militaire ?
- Quelle est l’ampleur de l’évènement et comment a-t-il été géré ?
- Quelles réponses apporter au coup de colère des militaires ?

Voilà qui campe nos intentions d’aujourd’hui.
Mesdames et Messieurs de la presse, chers Amis et camarades du parti, je vous remercie de votre présence à cet échange dont le souci est non pas de jeter de l’huile sur le feu mais de convaincre du primat du dialogue démocratique et de servir par conséquent la République et la paix. Merci.

POUR LE BUREAU EXECUTIF NATIONAL


Marlène Habata ZEBANGO
Vice-Présidente