Troisième sous thème :
Quelles réponses apporter au coup de colère des militaires ?

Il y a les réponses particulières et les réponses générales.

Les réponses particulières concernent stricto sensu l’armée, son organisation, son fonctionnement, ses rapports avec la police, savoir s’il faut réduire les compétences de la compagnie républicaine de sécurité à défaut de la supprimer, trouver une réponse aux demandes de règlement des indemnités dues au titre des missions ; trouver un compromis pour les questions liées à la couverture sanitaire et à la retraite
Les réponses structurelles : elles concernent en tout premier lieu la libération de la justice de la tutelle de l’Exécutif, le cantonnement de la garde à vue et l’élargissement de la protection des prévenus à ce stade.
En second lieu, elles concernent les méthodes et procédures de recrutement des hommes chargés de la sécurité des Burkinabé aussi bien au niveau de la police que de l’armée. Il faudrait plus de rigueur à ce niveau, renforcer les techniques et/ou méthodes de sélection des appelés, systématiser les tests de personnalité et de moralité, renforcer l’instruction civique à tous les niveaux au profit des forces de sécurité.
Face à l’impunité des actes causés par les CRS, les assassinats de citoyens, un groupe de militaires ont voulu montrer qu’ils ne tolèreraient pas qu’on tue impunément les leurs. C’est la démonstration que ce n’est pas parce que le peuple, fatigué, effrayé, les mains nues, ne réagit pas à la spoliation et au bradage de ses droits, aux privations ou aux sévices dont il est victime, qu’il ne désapprouve pas la gouvernance du pays. Si lui aussi avait la monopole de la force de contrainte, il réagirait peut-être de la même façon, et le fait que la population (malgré les désagréments qu’elle subissait) ait eu un comportement presque indifférent est une preuve de son peu d’entrain à se mêler à ce combat qui n’est pas le sien. Cela devrait nous convaincre d’arrêter la fuite en avant encore et surtout que rien ne nous convainc que nous sommes sortis de la crise, et surtout qu’elle n’a été qu’un simple coup de sang.
Il nous faut marquer une pause pour une relecture de tout notre processus démocratique dans le souci d’un meilleur équilibre des organes de l’Etat, d’une plus grande transparence démocratique, d’un respect du droit de suffrage et des partis politiques. Seule, la réalisation de cet objectif duquel on s’est détourné en construisant une démocratie de pure façade, pourra réhabiliter l’Etat de droit, renforcer les institutions républicaines et la confiance indispensable des citoyens dans les institutions et dans les hommes qui les animent.


Salif OUEDRAOGO
Secrétaire général de l’UNDD
Député à l’Assemblée nationale