Deuxième sous thème :
Quelle est l’ampleur de l’évènement et comment a-t-il été géré ?

Mon propos s’articulera autour de deux points : l’ampleur de la colère des militaires et la gestion qui a été faite de cette nuit de frayeur.
Sur le premier point, la folle nuit ne restera pas -dans notre histoire- comme la nuit de la Saint Barthélémy mais elle aura provoqué une grande peur panique dont les conséquences restent encore à évaluer. Ce qui a en effet frappé et choqué les Ouagavillois et certains autres citadins du pays, c’est le caractère global de la colère, sa durée, les pertes en vies humaines, les dégâts matériels, la quantité d’armes soustraites et non encore restituées, le nombre de prisonniers en cavale après l’ouverture de la MACO. Un symbole, cette nuit-là, s’est brisé.
Qui l’eut dit, qui l’eut cru ? Dans le pays des hommes intègres où la paix était le maître mot pour conquérir le cœur des étrangers, dans le Faso de l’étalon mesure de la stabilité, le pays de cocagne, quelque chose a basculé. La déferlante militaire dans tous les recoins de la ville, le crépitement des kalachnikovs, ponctué de tirs d’armes lourdes, a donné le sentiment à plus d’un que rien n’est impossible. La rupture du commandement, la vacance du pouvoir, ont défloré le mythe de l’infaillibilité et de l’invincibilité du pouvoir.
Il nous reste maintenant à nous demander comment l’évènement a été géré du point de vue politique, militaire, social, médiatique...Il faut le dire tout de go : c’est de façon calamiteuse.
En tout premier lieu, la transparence n’a pas été au rendez-vous. Les évènements ont été gérés politiquement et médiatiquement de façon opaque. L’objectif n’était pas de mettre à niveau la population sur la nature réelle des évènements mais de les minorer, de rassurer pour montrer qu’il n’y a « rien au village ».
Le pouvoir n’a pas non plus cherché à informer les institutions d’Etat, les politiques, les partenaires. Il s’est contenté de faire comme s’il ne s’agissait que d’une banale histoire, d’une crise de jalousie entre policiers et militaires. Il n’y a pas eu communication démocratique mais comme on le sait, ce n’est pas la première fois qu’on observe une telle rétention de l’information, un tel refus du dialogue démocratique.
Au jour d’aujourd’hui, on en est encore à se demander combien il y a eu vraiment de morts, de blessés, quelle est l’étendue réelle des dégâts matériels, comment va-t-on faire pour récupérer les armes et les ramener dans les râteliers.
Des questions, on s’en pose aussi sur les suites judiciaires dans cette affaire. Y aura-t-il poursuite ou sanction ou bien va-t-on amnistier ? Quid des multiples demandes avancées par les militaires et pour lesquelles la rumeur dit que les engagements ont été pris pour y donner des réponses diligentes ? Enfin, avec qui le pouvoir mène-t-il les négociations et quels sont les meneurs de cette insurrection ?
C’est dire que cette crise aura révélé le caractère surfait de notre processus démocratique, sa fragilité, et finalement, celle de Blaise Compaoré qui pourrait être tiraillée entre sévir et ouvrir la boîte de Pandore et ne pas le faire et perdre toute crédibilité au-dedans comme au dehors !

Guy Hermann Bazemo
Secrétaire aux questions juridiques et aux droits de l’homme de l’UNDD
Conseiller pédagogique