Premier sous thème :
Pourquoi cette révolte militaire ?

Mon propos ici, c’est d’échanger avec vous autour du pourquoi de cette révolte militaire des 20 et 21 décembre 2006.
Il y a, quand on observe les faits, plusieurs causes.
La toute première, c’est l’accident, la mort d’un militaire par le fait de policiers. C’est ça qui a mis le feu aux poudres et qui a fait déferler les militaires dans toute la ville. Mais on ne saurait objectivement limiter cette colère à ce seul évènement.
Il y a aussi (comme la rumeur le véhicule et comme en ont fait état du reste des médias) des frustrations liées à des revendications sociales et catégorielles non satisfaites. Il s’agit entre autres des questions de retraite et de pension, de couverture sanitaire.. Cela en soi est suffisamment révélateur d’un malaise préexistant au sein de la grande Muette.
Mais la crise était surtout en latence à cause des problèmes liés à l’organisation de l’armée, à certaines dérives qui l’amènent à sortir de ses missions traditionnelles. Les mécontentements liés à l’organisation se résument au traitement jugé inégalitaire entre les Divisions, au fait qu’on ait tendance (malgré les enseignements de l’histoire) à vouloir à chaque fois créer un corps spécialisé dans les troupes pour assurer la protection des autorités.
L’expérience a déjà été tentée en 1961 sous la première République avec la Compagnie républicaine de sécurité (CRS). La suite, on la connaît : c’est la dissolution de la compagnie en 1966 et le reversement de ses éléments à la Police nationale.
Le CNR, dans un climat d’hostilité, a tenté de rééditer l’expérience avec la mise en place de la FIMAT, dont le commandement avait été confié à Sigué Vincent qui n’était pas un militaire.
Après le passage de la Rectification, la IVème République, oublieuse des leçons du passé, s’engage à son tour dans la création d’éléments spécialisés de protection.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on se retrouve devant le même mécontentement, les mêmes dérives.
Il faudrait une fois pour toutes qu’on comprenne que la sécurité des autorités politiques peut être assurée par la gendarmerie nationale et que l’armée doit être renvoyée à ses missions traditionnelles de protection, de défense de l’intégrité de notre territoire. Quant à la police nationale, qu’elle en revienne aussi à ses tâches de toujours sans qu’on cherche à la doter d’armes létales. La police municipale devra s’occuper de la salubrité des villes et des marchés et ne plus être utilisée aux contrôles routiers qui sont source de racket et de désagréments multiples.
Au total, il ne faudrait pas négliger ces évènements qui apparaissent comme un avertissement, un coup de sang qui doit nous amener à accepter courageusement des réformes liées à notre armée mais aussi à la gouvernance générale du pays.


El Hadj Amadou DABO
Vice-Président de l’UNDD
Député à l’Assemblée nationale