SEPTIEME FORUM DE COMMUNICTION
ALTERNATIVE DE L’UNION NATIONALE POUR LA DEMOCRATIE ET LE DEVELOPPEMENT (FOCAL)


Thème :
Septième Forum africain sur la gouvernance
Un échec programmé  dont la responsabilité est partagée entre les partenaires et les Etats

DECLARATION LIMINAIRE

La septième édition du Forum africain sur la gouvernance se tient à Ouagadougou du 24 au 26 Octobre 2007 et la chose se passe sans aucune excitation et sans aucune adhésion des peuples. Cela en soi est révélateur de l’insuccès de la formule. Et dans les faits, rien n’a changé depuis la création de ce forum. Malgré les fonds énormes qui sont censés propulser les processus, la bonne gouvernance n’avance pas, tout au contraire. Ce constat ne fait plus l’ombre d’un doute. Les opposants, la société civile, même l’Union africaine en font état : sur le continent (en dehors de quelques exceptions), les contestations politiques, la mauvaise organisation des élections, la corruption, le clanisme, les fraudes généralisées (au niveau électoral mais aussi au niveau des examens et concours, des pièces d’identité, des permis de conduire) …, loin de se résorber, augmentent et amènent à voir l’émigration sauvage se développer comme jamais cela ne s’est fait.
Même le Burkina Faso, auquel revient l’honneur d’accueillir (comme en récompense de sa bonne gouvernance) ce 7ème forum, n’échappe pas à la règle. Si jusqu’à un passé récent, il n’ y avait quasiment que les opposants pour dénoncer la mauvaise gouvernance illustrée par la privatisation des institutions, la corrosion des élections, la corruption, l’impunité.., aujourd’hui, ils sont rejoints par bon nombre de leaders et d’intellectuels qui dénoncent la mauvaise gestion sous tous ses rapports, économiques comme politiques.
Il n’y a rien d’étonnant au fond à tout cela. Tant qu’au niveau de la communauté internationale, on continuera à décider à la place des peuples, à élaborer des programmes dont on poursuit la réalisation dans un partenariat communauté internationale/Etat, à tricher avec les principes, oui tant qu’on continuera ainsi, on ne verra jamais le bout du tunnel. C’était déjà comme cela en ce qui concerne la politique de l’aide, en ce qui concerne les initiatives en matière de lutte contre la pauvreté, contre les grandes pandémies, etc.. ; le forum sur la gouvernance (obéissant aux mêmes principes) ne pouvait donc pas être une exception.
Ouagadougou doit être l’occasion de constats suivis de décisions.
Le premier, c’est que le pays d’accueil de cette réunion ne peut pas être un modèle pour les autres pays. La vitrine qu’il présente est certes attrayante surtout quand on considère que ce pays connaît une croissance positive constante, une stabilité institutionnelle qu’attestent des consultations électorales à intervalles réguliers mais derrière le rideau, la réalité est beaucoup plus sombre : c’est l’impasse démocratique, source de dérives et de lendemains incertains.
Et la crise institutionnelle et politique ambiante, de même que l’écart abyssal entre pauvres et riches, montre que l’on arrive au bout du rouleau. Il faut faire ce constat ; il faut d’ailleurs
reconnaître qu’il n’est pas propre au seul Burkina Faso : dans la plupart des pays africains, c’est la même réalité qui s’impose et qui explique ce retour à certaines pandémies qu’on croyaient vaincues, l’impossibilité de lutter correctement contre la pauvreté, le chômage, ce mal-vivre ambiant qui pousse de plus en plus les Africains à fuir comme la peste leur continent.
L’autre constat, c’est de reconnaître qu’on ne peut pas mener une course à bonne fin si l’on prend un mauvais départ. Si le souci de la bonne gouvernance habite réellement l’esprit des partenaires, ils doivent reconnaître tout d’abord qu’ils ont mal engagé leur affaire et chercher les meilleures conditions de rattraper les choses. Ils y parviendront s’ils tiennent compte que la bonne gouvernance ne peut pas se réaliser avec des gens au pouvoir qui ne croient pas à la démocratie ; ils y parviendront s’ils ne sacrifient pas la liberté, la démocratie, sur l’autel de la sécurité, s’ils n’antagonisent pas opposition et société civile, s’ils accordent un égal intérêt à l’économique et au politique dans les politiques d’aide.
Des Africains peuvent se sentir mal dans un pays et chercher à le quitter parce qu’ils manquent de libertés et de démocratie (Egypte, Tunisie..) ; des Africains peuvent aussi quitter un pays qui pratique assez bien la démocratie mais dont la tenue de route économique n’est pas en mesure de les nourrir, de les éduquer, de les soigner correctement (Cap Vert, Mali..) mais quand les deux domaines sont au rouge, c’est le désespoir complet !
De cela, les partenaires doivent en prendre conscience et œuvrer à rétablir les termes d’une démocratie véritable qui fonde le pouvoir par le suffrage populaire libre et qui le soumette au contrôle. De cela, dépend une bonne conduite économique car si le pouvoir est contrôlé, il pourra moins favoriser la corruption, l’impunité et la gestion privative des biens de l’Etat.
Les partenaires doivent aussi arrêter de privilégier des relations avec les représentants des Etats qui sont corrompus et qui, depuis des décennies, ont montré leur incapacité à gérer le pouvoir au bénéfice de leurs populations. De nouvelles formules doivent tendre à une gouvernance responsabilisée qui prenne en compte, à côté des représentants des Etats, les oppositions et la société civile non caporalisés.
Les forums africains doivent aussi, au fur et à mesure qu’ils se tiennent, prévoir des dénonciations, des sanctions vis-à-vis des mauvais élèves et des récompenses à l’endroit de tous ceux, et pas seulement les Etats, qui déploient des efforts en faveur de la bonne gouvernance.
Le Prix Mo Ibrahim -qui récompense la bonne gouvernance des chefs d’Etat et de gouvernements- et d’autres du genre doivent trouver à s’étendre aux opposants, aux leaders d’opinion, aux syndicats qui travaillent au prix de sacrifices multiples sur le chantier d’une meilleure gouvernance.

LA GOUVERNANCE AFRICAINE
ENJEUX ET REALITES

LES ECHANGES

Les participants à ce Forum de communication alternative (FOCAL), réunis au Secteur 3 de Kombissiri le 23 octobre 2007, en présence d’un membre du Conseil Politique National, Bernard Sawadogo, ont échangé autour du 7ème Forum africain qui se tient à Ouaga 2000 à partir du 24 Octobre 2007. Ils ont dit que c’était une bonne chose que l’UNDD saisisse l’occasion de cette rencontre internationale pour donner aussi son point de vue sur cette notion très à la mode de bonne gouvernance et que la communauté internationale utilise beaucoup.

NOTION
Avant d’entrer dans le fond du sujet, Antoine Zongo, membre du Bureau Exécutif National, a pris la parole pour expliquer ce que c’est que la gouvernance. Il a dit que selon le dictionnaire Larousse, c’est «l’action de gouverner, la manière de gérer ». Maintenant du côté des institutions internationales, on parle de bonne gouvernance et cela concerne la capacité du gouvernement à gérer efficacement ses ressources, à mettre en œuvre des politiques pertinentes, le tout assorti d’un contrôle démocratique sur les agents chargés de l'autorité. Les institutions internationales cherchent à comprendre comment en Afrique on gouverne et comment on peut améliorer les choses parce qu’ils voient bien que ça ne va pas, qu’il y a trop de souffrances, trop de problèmes dans beaucoup de domaines.
Il a dit aussi que c’est le 7ème Forum qui est organisé en ce moment à Ouaga 2000 sur la gouvernance en Afrique et que c’est pour faire le point et voir comment améliorer les choses.

CONSTAT
Zongo Boukary a pris la parole. Pas besoin pour lui de s’étendre longuement sur la question du diagnostic : tout le monde reconnaît aujourd’hui que la bonne gouvernance n’est pas au rendez-vous en Afrique.
Le continent a pourtant des richesses minéralogiques, agricoles, humaines.. , mais il connaît l’extrême pauvreté avec des gens qui vivent avec moins d’un dollar américain par jour, l’espérance de vie la plus basse au monde, des maladies qui sévissent plus que partout ailleurs avec des infrastructures qui ne suivent pas. Le mal-vivre africain est une réalité. Même si on combat aujourd’hui l’afro pessimisme pour aller vers l’afro optimisme, il faut dire la vérité : le constat n’est pas bon.
Il n’est pas bon parce que les pouvoirs en Afrique optent pour la démocratie de forme et pratiquent avec plus ou moins de subtilité, l’oppression de différentes manières.
L’auditoire a été d’accord pour reconnaître que tout est dans les mains du pouvoir qui fait ce qu’il veut, nomme ses préférés comme députés, donne des marchés à qui il veut, juge ceux qu’il n’aime pas et laisse les autres tranquilles.
Adama Compaoré dira que le pouvoir n’écoute pas l’opposition, que « la bonne gouvernance et la démocratie sont des mots qui n’existent pas ». Et il donnera bien des exemples comme ce Projet PDRD/BK financé à coup de milliards pour aider la population dans sa lutte contre la pauvreté et qui est presque à son terme alors que la population ne voit rien. Pendant ce temps, le coût de la vie augmente dangereusement. Il dira qu’à Kombissiri par exemple, les contraventions pour les engins ont doublé : l’amende pour un vélo qui était hier de 2.400 f est passée à 6.000 f et celle pour une moto, qui était de 4.200 f est passée à 11.000 f.

PRISE DE CONSCIENCE
Pour les participants, si les pays riches sont sensibilisés sur cette question de gouvernance, c’est parce qu’ils se rendent compte vraiment que s’ils ne font pas attention, la mauvaise gouvernance en Afrique va les « bouffer » eux-mêmes.
Souleymane Ouédraogo dira à son tour que c’est comme à l’époque quand les Barbares fonçaient sur les pays de l’Europe centrale et occidentale parce qu’ils avaient faim et qu’on ne pouvait pas les arrêter.
Aujourd’hui, on prend conscience à l’extérieur des dangers de la mauvaise gouvernance parce que les maladies comme le sida, la tuberculose.., mal combattues en Afrique, s’enflamment dans les pays développés par les flux impossibles à stopper.
C’est à cause des défis globaux qu’on en vient à réaliser qu’il faut aider le continent à mieux se gouverner. Quand par nécessité, par négligence, par cupidité.. , on fait disparaître des forêts, ce n’est pas un seul pays qui en souffre : c’est toute l’humanité.
A quelque chose, malheur est bon : ça peut peut-être pousser à changer un peu d’attitude pour qu’on s’attache maintenant à mieux suivre la gouvernance, à respecter les objectifs fixés comme cette aide de 0,7% du PIB des pays riches à consacrer à l’aide aux pays pauvres que les dirigeants des pays riches ne respectent pas dans leur immense majorité, à refonder la démocratie..
En tout cas, dira Bernard Sawadogo, ceux qui viennent à Ouaga pour parler de bonne gouvernance, s’ils veulent faire œuvre utile, doivent reconnaître que ça ne va pas ; ils ne doivent pas utiliser la langue de bois et se transformer en griots du régime. Sans compter qu’ils ne seront pas les premiers à tirer la sonnette d’alarme : les opposants au Faso le font, la société civile aussi, au niveau des intellectuels, c’est la même chose. C’est pour cela que l’UNDD prône la résistance démocratique.

REMEDES
Tout le monde a été d’accord pour demander d’arrêter avec l’hypocrisie et avec la démocratie qui n’est pas la démocratie et qu’on vante partout. Comme le mal est détecté depuis longtemps, d’après Souleymane Ouédraogo, il faut très vite dire clairement quels médicaments on va appliquer. C’est pas compliqué. Il faut la bonne démocratie et pour ça, on doit laisser les gens libres de voter qui ils veulent, ne pas les acheter. Il ne faut pas aussi jouer avec les chefs, les opérateurs économiques, pour influencer les électeurs. La CENI doit être une vraie CENI indépendante, la Radio, la télévision ne doivent pas être seulement là pour les gens du pouvoir.
A l’Assemblée, on doit avoir aussi beaucoup de députés de l’opposition qui parlent pour dire quand ça ne va pas, et la justice ne doit pas être là seulement pour un camp.
Ici, les observations ont été faites sur les dossiers éternellement pendants et sur le Conseil constitutionnel qui n’a pas fait son travail, étant seulement aux ordres du pouvoir.
Cela a encouragé la magouille, le refus de juger, et l’exemple du rejet des demandes légitimes de l’UNDD sur le découpage injuste des circonscriptions électorales, a été cité.
D’autres participants ont demandé de ne plus tout prendre en main, même au niveau des partis de l’opposition, du côté de la société civile, des médias, des syndicats.. Beaucoup disent qu’ils sont libres alors qu’on sait que ce n’est pas le cas.
Les dépenses doivent être justifiées. On doit donner l’habitude de dire avec quoi on fait des actions, des manifestations. Trois exemples tout récents ont été donnés.
- Quand le pouvoir organisait ses 20 ans de renaissance démocratique, un journaliste a voulu savoir le montant du budget et on a damé sur lui.
- L’autre fois, à Ouaga 2000, Issa K. Barry de l’Observateur Paalga a expliqué que les journalistes ont voulu savoir le budget du 7ème forum africain et qu’ils sont restés sur leur faim. Le coordonnateur du forum refusera de dévoiler le budget du forum en disant : « Je n’ai pas l’habitude de donner des chiffres ». On entendra à ce moment des « ouh » de désapprobation dans la salle à Kombissiri !
- Troisième exemple : c’est le cas de cette route Koudougou/Dédougou qui fait tant parler. Le Père blanc Jacques Lacour était tellement outré de ces travaux mal faits et financés à grands frais par l’extérieur qu’il dira toute son aigreur sur la façon dont le pays est géré, dans Le Pays du 23 Octobre 2007 : « Certains voudraient nous faire croire que nous célébrons ces jours-ci 20 ans de renaissance démocratique ! Eh bien moi, je dis non ! S’il en est ainsi, nous célébrons ces jours-ci 20 ans d’accaparement de l’Etat et des ressources nationales par un groupe semi-mafieux qui ne pense qu’à son enrichissement personnel et qui gère le pays au profit d’une minorité ».
Et les membres présents diront que ce n’est pas que la route Koudougou/Dédougou qui est mal faite : quasiment toutes les routes sont défectueuses à cause des pots de vin entre ceux qui les commandent et ceux qui les font.
Ce qui est ressorti de la part de tous les membres présents, c’est qu’il faut vraiment arrêter de faire la démocratie de théâtre. Les gouvernants doivent arrêter de jouer avec les règles de la démocratie mais les partenaires aussi doivent arrêter de leur côté, avec les encouragements, les félicitations, même quand ils voient que les choses ne tournent pas rond.
Le NEPAD par exemple, ça ne marche pas. C’est la même chose pour le Mécanisme d’évaluation par les pairs. Il y a des élections qui se tiennent avec des fraudes d’Etat, des constitutions qui sont violées pour maintenir les gouvernants au pouvoir. La communauté internationale doit condamner tout cela.
Chez nous, dira quelqu’un, on cite toujours le Burkina en exemple alors qu’il y a les fraudes dans les élections, dans les concours, dans les pièces d’Etat-civil, des passations de marchés honteuses… Le mal est même jusqu’au niveau local.   Comment peut-on féliciter la décentralisation chez nous, dira Zongo Boukary, qui a vu des élections municipales reportées deux fois par un pouvoir qui n’était pas prêt mais qui a refusé de les reporter à la demande de l’opposition quand elle estimait les conditions non remplies pour leur bonne tenue ? Et de fait, elles se sont déroulées sans l’opposition dans plus de la moitié des communes : c’est comme si en France, sur les 36.000 communes, on n’avait eu que des listes UMP dans environ 20.000 villes et villages. Des élections dans ces conditions auraient-elles été maintenues ? Certainement pas !
En conclusion, l’assistance dira qu’il faut dire la vérité d’abord, accepter de sanctionner les pays qui ne font pas la vraie démocratie, ceux qui refusent l’alternance démocratique et qui pratiquent l’impunité. Mais de l’autre côté, il faut encourager aussi ceux qui travaillent réellement aussi pour la bonne cause de la gouvernance et qu’on malmène d’une façon ou d’une autre.
Les déclarations faites à la dernière assemblée générale des Nations Unies par nombre de dirigeants, sont claires là-dessus : il faut que les choses changent. Mais, en auront-ils seulement la volonté ? Sauront-ils résister aux réseaux, aux mafias ? Pourront-ils dépasser les égoïsmes, les intérêts particuliers, les faiblesses et les appétits divers pour agir ici et maintenant ? Espérons-le car s’ils ne réagissent pas à temps, ils seront perdants : l’insécurité, l’immigration, iront grandissant.

KOMBISSIRI
Le 23/10/2007

Souleymane OUEDRAOGO