6ème
FORUM DE COMMUNICATION ALTERNATIVE (FOCAL 6) DE L’ UNDD
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Thème :
Procès de Charles Taylor :
Déni de justice programmé de la communauté internationale
?
(Ouagadougou, le 16 Juin 2007)
Alors
qu’après l’ouverture du procès de Charles Taylor,
ses juges s’attèlent logiquement à asseoir leur conviction
sur toutes les responsabilités liées à l’affaire,
un autre travail est engagé par le biais de certains médias
et officines pour obtenir de l’opinion, un pré jugement qui
influence le procès dans le sens d’une sélection des
incriminations.
Heureusement, il y a eu des résistances anticipatrices et elles
sont toujours en œuvre.
OPERATIONS
DE CANTONNEMENT DU PROCES
Depuis
ce 4 juin 2007 en effet, on sent bien comme une conspiration, préparée
de longue date et à renfort de gros moyens, pour enclore les débats
autour de la seule mise en cause de Charles Taylor comme unique auteur
des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis
en Sierra Leone.. Tout est bon pour baliser le procès autour de
considérations non substantielles pour la manifestation de la vérité
mais qui peuvent nourrir la polémique dans une opinion travaillée.
Pourquoi ce procès à La Haye qui ressemble à un procès
de vainqueurs, de colons, contre les éternels opprimés ?
Comme si la distribution de la justice était plus opérationnelle,
plus saine et plus sécurisée en Afrique et que la délocalisation
était sans précédent, en droit pénal international
!
Pourquoi ce procès contre un Africain alors que ne sont pas inquiétés
des puissants de ce monde pour les ravages qu’ils causent ici et
là, en Palestine, en Tchétchénie, en Afghanistan,
en Irak, au Tibet, à Guantanamo, au Liban … ? Comme s’il
fallait attendre que tous les infracteurs soient mis sous main de justice
avant d’empêcher ceux qu’on a sous la main, de nuire
!
Insidieusement, Charles Taylor en vient à être présenté
comme un pauvre hère, l’agneau sacrificiel qui lutte dans
des conditions peu amènes (surveillé de jour comme de nuit,
sustenté par une alimentation fade, privé de ses droits
d’accusé..) contre des juges décidés à
lui faire rendre gorge ; un souffre-douleur qui garde cependant toute
son intelligence des rues et qui parvient même à déstabiliser
le Tribunal en adoptant des postures qui lui font gagner des points. Relevons
seulement que sa sortie jugée si brillante sur ses droits bafoués
et spécialement au sujet de ses témoins qu’on empêcherait
de voyager n’avait pas de raison d’être ainsi montée
en neige. En attestent ces termes pertinents de la Résolution 1521
du Conseil de Sécurité, en son alinéa 9 : «Décide
que les mesures imposées au paragraphe 4 a) de la résolution
1521 (2003) du 22 décembre 2003 ne s’appliqueront pas ..(..)
à l’exécution du jugement et que l’interdiction
de voyager sera levée pour tous témoins dont la présence
sera requise au procès ». Alors, trêve de dilatoire
!
Par ce petit jeu cependant, on voudrait transformer ce procès en
un combat singulier entre Charles Taylor et l’antipathique procureur
du tribunal, Stephen Rapp, à la solde des ennemis du continent
; bref, métamorphoser le dictateur pour en faire un homme au fond
pas plus mauvais qu’un autre, que son peuple à l’occasion
plébisciterait contre Mme Sirleaf. « L’Express »
du 4 juin 2007 pour sa part, va jusqu’à dire qu’il
sera difficile d’établir sa responsabilité dans les
faits qui lui sont reprochés parce qu’il aurait été
loin du théâtre des opérations. C’est la totale.
Il faut croire que maintenant, dans un procès pénal, les
collaborateurs, les instigateurs, les parrains, les commanditaires et
autres auteurs intellectuels d’un crime sont obligés d’en
être les exécutants directs pour être passibles de
poursuites !
LES
COMPLICES PRESUMES DE CHARLES TAYLOR
Une
telle justice, qui réduirait aussi arbitrairement le champ de l’imputabilité
des crimes ne serait ni conforme aux principes qui fondent le droit pénal,
ni conforme au bon sens commun. Si le monstre Frankenstein, ne l’oublions
pas, a pu commettre des horreurs, c’est parce qu’il a eu un
fameux docteur du même nom qui l’a créé. Si
Charles Taylor, le «Serial killer » de l’Afrique de
l’Ouest, a pu écumer la sous région, c’est qu’il
a eu plusieurs « Docteurs » plus ou moins zélés,
dont la plupart sont encore en vie.
Ainsi, c’est dans une mesure symbolique le cas des Américains
parce qu’ils auraient aidé Charles Taylor à se faire
la belle d’une prison américaine pour aller en finir avec
le sanguinaire Samuel Doe.
On pointe du doigt également le Burkina Faso où, après
une escale carcérale au Ghana, il a atterri pour s’y construire
des fidélités durables. Le quotidien français Libération
du 5 juin 2007, sous le titre « Les ‘diamants du sang’
de Charles Taylor les rappelle bien à propos : « La trajectoire
de Charles Taylor croise alors celle de plusieurs parrains bien disposés
à son égard : l'Ivoirien Félix Houphouët-Boigny
qui a des comptes personnels à régler avec le pouvoir alors
en place à Monrovia, le dirigeant burkinabé Blaise Compaoré,
jamais en retard d'une intrigue pour placer ses pions dans la sous-région
et, surtout, le colonel libyen Muammar Kadhafi, prêt à toutes
les aventures pourvu qu'elles se parent d'atours anticolonialistes ».
Et justement, peut-on occulter le rôle de la Libye où Charles
Taylor faisait des séjours fréquents notamment de formation,
en compagnie des Foday Sankoh et autres mercenaires de grand chemin que
le Guide a toujours aimé lâcher dans bien de pays du continent
pour des guerres de prédation et d’hégémonie
?
Il est également impossible de mettre sous le boisseau, sinon les
complicités avérées de la France, son silence qui
a permis que se déroulent avec Charles Taylor des trafics d’armes,
de bois, de diamant, impliquant des multinationales et autres intermédiaires.
C’est bien la question que se pose Patrice Nganang, romancier camerounais
: « Taylor sera jugé, certes. Mais qu’en sera-t-il
des marchands d’armes, des multinationales ayant profité
des diamants, du bois, des minerais de la guerre - parmi lesquelles on
retrouve Usinor-Sacilor et Bolloré, selon plusieurs sources ? ».
(in http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=25360).
Mais les omissions les plus coupables dans ce dossier sierra leonais pour
lequel comparaît Charles Taylor, concernent évidemment la
Libye, et surtout le Burkina Faso qui croule sous les accusations comme
celles venant de Thomas Hugeux : « …Fort de 15 000 à
20 000 hommes aguerris, le RUF tient encore la brousse, ses fiefs du Nord
et du Sud-Est, et les mines de diamants de l'Est. L'exportation illégale
des gemmes lui assure d'ailleurs, grâce à la bienveillance
du Liberia voisin, une rente de 200 millions de dollars par an. De quoi
puiser largement dans l'arsenal des trafiquants d'armes ukrainiens, avec
la complicité, cette fois, du Burkina Faso » ( in L’Express
du 25/05/2000).
De son côté, feu François-Xavier Vershave, dans son
célèbre livre "Noir silence - Qui arrêtera la
Françafrique ?" paru en 2001, a écrit ceci : «
Le Burkina de Compaoré est le parrain central de l’entreprise
Taylor-Sankoh…. ‘ Des officiers de la Force d’interposition
ouest-africaine (Ecomog) et particulièrement le général
nigérian Timothy Shelpidy, ont évoqué le soutien
de l’État burkinabè aux rebelles sierra-léonais.
Les mêmes accusations avaient été portées par
le journaliste américain James Rupert le 10 janvier 1999 dans le
quotidien américain Washington Post. Selon des sources concordantes,
les Nations Unies disposeraient désormais de preuves sur le soutien
du Burkina aux rebelles de Freetown’. Un rapport américain
précise, en juillet 1999 :’ Récemment, l’Ukraine
a envoyé des armes au Burkina Faso, indiquant sur les certificats
de destination que ce pays était l’acheteur. Ouagadougou
a ensuite cédé les armes aux combattants du RUF en Sierra
Leone’».
Il n’est jusqu’au Parlement de l’Union Européenne
qui n’ait incidemment évoqué la question en dénonçant
l’impunité liée à la criminalité de
groupe : «.. plusieurs anciens dictateurs africains, en particulier
Charles Taylor (Sierra Leone), Mengistu Haïlé Mariam (Ethiopie)
et Hissène Habré (Tchad) et leurs complices coulent aujourd'hui
des jours paisibles en toute impunité » (http://www.avomm.com/index.php).
Mais pour mettre en lumière toutes les facettes de ce dossier,
il faut ajouter les tolérances multiples à l’endroit
de Charles Taylor de la part de la CEDEAO et même de la part des
Nations Unies. On comprendra alors l’ampleur des difficultés
à appeler en cause tous les impliqués dans cette vaste association
criminelle. C’est qu’au niveau le plus haut de la gouvernance
mondiale, où se concentrent des pouvoirs de toutes sortes, le phénomène
maffieux a pris corps, favorisant l’impunité des plus grands.
Ce serait pourtant un déni de justice contre l’humanité
que de laisser sur la touche, les acteurs-clé.
EXIGENCES
D’UN JUGEMENT GLOBAL, INCLUSIF ET JUSTE
Plusieurs
experts de la très sérieuse « Organisation de coopération
et de développement économique » (OCDE), ont en tout
cas, explique Jeune Afrique, condamné ce tropisme judiciaire qu’est
« l’acharnement actuel contre le seul président libérien
Charles Taylor.. ». L’hebdomadaire poursuit : « Comme
la réunion se déroulait à huis clos, ils n’ont
pas hésité à dénoncer la responsabilité
des présidents libyen et burkinabé dans l’acheminement
d’armes, notamment ukrainiennes, dans la sous région ».
(in Jeune Afrique du 18 au 24 mai 2003).
La journaliste Stéphanie Maupas, avec une pointe d’amertume,
est allée dans le même sens à l’occasion de
l’ouverture de la première audience du tribunal spécial
sur la Sierra Leone autour du procès à Freetown de Sam Hinga
Norman, chef des milices progouvernementales : «Ni mercenaires,
ni représentants de la De Beers, principale compagnie d’exploitation
du diamant, ni les présidents libyen ou burkinabé, connus
pour leur appui aux rebelles du RUF, n’apparaîtront dans le
box des accusés » (in Le Monde du 4 juin 2004).
Pour David Crane, ancien procureur du Tribunal spécial sur la Sierra
Leone, il n’y a pas non plus de doute : «.. le tribunal est
chargé de juger les principaux responsables des crimes de guerre
commis durant la guerre civile sierra-léonaise. Cela signifie «
poursuivre ceux qui ont déclenché cette guerre, qui l'ont
facilitée, qui l'ont soutenue, qui l'ont poursuivie et qui ont
créé les conditions permettant à d'autres individus
de tuer, de violer, de mutiler, de réduire en esclavage, de piller,
etc. » (Washington File le 11 avril 2006).
C’est le même D. Crane qui avait révélé
cet extraordinaire coup d’audace de l’ancien dictateur -vraiment
irrécupérable- qui rompant son exil doré au Nigeria,
se serait rendu à bord d’un avion burkinabé à
Ouagadougou pour des conciliabules au sujet des élections alors
en préparation au Libéria et autour d’actions de déstabilisation
de la Guinée.
Mais D . Crane est loin d’être le seul à proscrire
un procès effeuillé de ses principaux acteurs. C’est
aussi le cas du journaliste Narcisse Kimfado, qui révèle
que « Sur les 32 000 pages d’accusation dans le procès
Taylor, 7 000 le (NDLR : Blaise Compaoré) concernent directement
» (Afrique Education N° 223 du 1er au 15 mars 2007).
Le célèbre avocat et professeur de relations internationales
à l’Université de Reims, Albert Bourgi, sera plus
catégorique lors du « Débat africain » du 09
avril 2006 sur RFI : « Taylor n’a pas agi de manière
isolée. Il a eu des alliés dans la région. D’autres
chefs d’Etat ont participé au festin meurtrier au Libéria
comme en Sierra Leone … La Libye est impliquée. Le Burkina
Faso, c’est très clair, était impliqué. Charles
Taylor y disposait d’une villa pour ses différents séjours
au Burkina Faso ».
Pour Patrice Nganang, suscité, les choses sont claires : «
Que Charles Taylor, l’ancien satrape de Monrovia (Liberia), soit
jugé par un tribunal international, est une bonne chose. Mais la
communauté internationale devrait veiller à ne pas faire
respecter la règle du droit en Afrique à la tête du
client ». (http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=25360).
Cette exigence est répercutée dans un documentaire d’Alexandre
Héraud et Jean-Philippe Navarre consacré à Charles
Taylor et à son jugement : « Un procès qui risque
bien d’ouvrir la boîte de Pandore, tant les complicités
internationales étatiques (Libye, Burkina Faso, Côte d’Ivoire,
France…) et industrielles dont a bénéficié
l’ancien président pour faire fonctionner son économie
de guerre (bois et diamants contre armes) sont aujourd’hui connues…
» (Radio France le 02/04/2007 http://www.radiofrance.fr/chaines/Franceculture/emissions/sur_docks/fiche.php?diffusion_id=51019)
Même
au Burkina Faso, il ne faut pas croire, ce souci est partagé. Des
voix se sont toujours élevées dans le même sens, venant
de l’opposition, de la société civile...
Le Collectif des organisations démocratiques de masse et de partis
politiques dénonçait déjà, dans son Message
du 9 avril 2000, les ingérences burkinabé : « Nous
ne pouvons accepter les ventes d’armes par tonnages incalculés
à des pays africains, le trafic de diamants et autres pierres précieuses,
des produits pétroliers à l’Angola de Savimbi, à
la Sierra Leone de Fodé Sankho, au Libéria de Charles Somé
Taylor car tel est son nom au Burkina Faso ».
Idem pour les médias. « Charles Taylor selon les analystes
les plus avertis de la scène politique nationale ne peut pas répondre
correctement devant le tribunal spécial pour la Sierra Leone sans
citer le nom de Compaoré ». (Bendre du 7 juillet 2003).
Le 14 avril 2004, la CDS, la CPS, le FFS, le FPC, le GDP, le MDR, l’OBU,
le PAI, le PDP/PS, le PDS, le PFID, le RDEB, l’UDPI, l’UNDD
et l’UNIR/MS, partis d’opposition, rentrent dans la danse
: « Les partis politiques, signataires du Mémorandum, sont
d’autant plus attachés à la mise en place d’un
tel instrument d’investigation que les accusations récurrentes
qui pèsent sur le Burkina Faso relèvent de la compétence
des juridictions internationales (commerce illégal d’armes,
de diamants, ingérences au Libéria, en Sierra Leone, en
Angola, en Côte d’Ivoire)».
Les mouvements de droits de l’homme ne sont pas en reste : «
Nous avons dénoncé la présence du Burkina au Libéria,
la présence burkinabé en Sierra Leone. Si vous avez suivi
les différends entre le Burkina et le Togo, entre l'Angola et le
Burkina et aujourd'hui entre la Mauritanie et le Burkina nous disons qu'il
est temps que le Burkina arrête de mener ce type de politique qui
le met en danger et toute la sous-région avec » (Halidou
Ouédraogo, Président du Mouvement burkinabé des droits
de l’homme et des peuples, interviewé par Le Patriote du
23 Septembre 2004).
On le voit, l’intérêt de ce procès est loin
de se trouver comme à la fin d’un western, dans un face à
face entre deux individus aux personnalités trempées, le
«bravo» Charles Taylor et le mauvais Stephen Rapp. Ca, c’est
un tableau qui peut inspirer bien de thrillers mais qui reste plutôt
caricatural au regard de la gravité de la situation.
L’ancien dictateur n’est pas l’enjeu ultime et unique
du procès. Son avocat Karim Khan, en lançant à la
volée à l’ouverture du procès, que son client
n’en était qu’un «élément mineur
», a bel et bien recadré les choses. Du coup, ce procès,
malgré les pare-feux, peine encore plus à passer pour celui
du seul Charles Taylor plutôt que celui de tous ceux qui, ensemble
et de concert avec lui, sont impliqués à des degrés
divers dans les faits de la procédure.
Qu’importe alors que les charges retenues concernent les crimes
commis en Sierra Leone et non au Libéria ! Qu’importe que
le procès se tienne à La Haye et non en Afrique ! Qu’importe
qu’on n’ait pas d’abord jugé Poutine, Bush, Olmert,
Blair, Chirac…et tutti quanti, avant d’en venir à Charles
Taylor ! L’essentiel, c’est qu’il y ait un début
de réaction organisée au plan universel contre la délinquance
des chefs d’Etat et autres personnalités mises directement
en cause dans ce procès. Ca sera déjà ça de
gagné ; le reste viendra de surcroît, comme la conséquence
d’une jurisprudence victorieuse et irréversible.
LES
RESISTANCES A LA JUSTICE
Pour
autant, des inquiétudes, il y en a. Les USA (même concernés
a minima) restent les USA, la première puissance du monde, rejetant
de surcroît la compétence de la juridiction pénale
internationale pour ce qui la concerne ; mais à leur décharge,
ils ont plutôt fait amende honorable en se retournant contre Charles
Taylor. La France reste la France (4ème puissance du monde ayant
des protections diplomatiques très puissantes) qui n’a pas
jusqu’à preuve du contraire, renié le dictateur. La
Libye, quant à elle, engluée jusqu’au cou dans l’affaire,
reste égale à elle-même, et continue même à
faire danser au monde, la danse du ventre à cause de son pétrole,
de ses pétrodollars comme l’a symbolisé Abderahmane
Ahmat sur Internet : « Aujourd’hui, la mort de 440 personnes
a été classée grâce à de simples virements
bancaires. Le Colonel Khadafi a déboursé 10 millions de
dollars US pour chaque victime de la Pan-Am (des Américains !)
et 1 million de dollars US pour chaque victime de l’UTA (Africains
et quelques Européens !). L’argent lave le sang ! Kadhafi
s’est lavé les mains ensanglantées avec l’argent
du peuple libyen. Ce qui n’empêche pas aujourd’hui,
Tony Blair, Condoleeza Rice et beaucoup d’autres petits de ces grands
pays, donneurs de leçons de démocratie et surtout de justice,
de défiler chez le « Guide » Libyen et faire le clown
pour quelques marchés juteux ». En Côte d’Ivoire,
Félix Houphouët Boigny n’est plus là mais nombre
de ceux qui l’ont aidé et qui ont poursuivi son œuvre
jusqu’à finir par mettre à feu et à sang sa
Côte d’Ivoire bien aimée, après sa mort, sont
toujours là pour veiller au grain.
Quant aux autorités burkinabé, elles se disent qu’elles
ne peuvent -sauf impossible- être épinglées sans que
d’autres ne le soient avec elles ; et pour mieux bétonner
leur défense, elles n’arrêtent pas de clamer qu’en
tout état de cause, lors même que les faits les contredisent,
elles ont rompu depuis belle lurette toute relation avec Charles Taylor,
comme si cela valait exonération de poursuites.
Au fond, chacun se tient par la barbichette, assuré de l’impunité.
DES
RAISONS D’ ESPERER
Mais
de la force d’inertie que peut exercer tout ce beau monde sur la
procédure, le célèbre prisonnier de La Haye en a
conscience comme il perçoit qu’elle est à double tranchant.
En effet, elle constitue une protection pour lui, et pour peu qu’il
accepte de jouer le jeu et de respecter l’ « omerta »,
il pourrait connaître une autre forme d’asile doré
à Londres en attendant de voir venir. Tant qu’il y a la vie,
y a l’espoir, n’est-ce pas ? Mais Charles Taylor sait aussi,
pour l’avoir expérimenté, que c’est toujours
dangereux de laisser circuler des témoins gênants, et plus
encore des acteurs puissants d’un crime organisé, gagnés
par la psychose d’être « balancés » ; ce
que confirme à sa façon Ben Ismaël, dans un écrit
publié dans « Chronique diplomatique » : «..
si Charles Taylor parle..(..) .. , les noms de Blaise Compaoré,
Muammar Kadhafi, Félix Houphouët-Boigny seront cités
» (www.lintelligentdabidjan.org © Copyright Le Devoir, 25/04/2006).
Alors, le petit « cinéma » de l’accusé
au sujet de ses droits bafoués, mis en relation avec la sortie
de son avocat, pourrait cacher bien des calculs ! L’ancien dictateur,
habile à jouer à la roulette russe avec les autres, pourrait
se dire que cette fois-ci, la balle est bien logée dans le barillet
et pointée sur son tympan, et qu’il ne faut pas faire de
faux gestes pour connaître un sort semblable à celui de Milosevic.
L’attaque ne serait-elle pas alors la meilleure défense pour
lui ? C’est entre autres la conviction de K. Sylvain Sasse : «De
sa prison, Charles Taylor ne cesse de jurer que, dès sa comparution,
il ne manquera pas de citer son compagnon de toujours, Blaise Compaoré
». (in Afrique Education N° 223 du 1er au 15 mai 2007).
Rien n’est donc exclu.
Par ailleurs, les temps changent avec les départs de Kofi Annan,
de Jacques Chirac, de Olesogun Obasanjo, et pourraient changer encore
plus avec les promesses de Nicolas Sarkozy de décrochage avec les
dictateurs et les pratiques de la Françafrique, quoi qu’il
faille les prendre avec prudence.
Finalement, on le sait, l’issue de l’épreuve dépendra
du courage des juges, de la mobilisation des intellectuels, des contre-pouvoirs
internationaux non récupérés comme de la ténacité
de ces partenaires de la communauté internationale qui refusent
de se prêter aux accommodements qui portent atteinte à l’équilibre
de la justice. Alors, on le voit bien, ce déni de justice qui veut
forcer les porte du Tribunal à La Haye devient le défi de
tous, de Eva Joly, de Carla Ponte, du Procureur Rapp…, et par-dessus
tout celui de la justice pénale internationale qui, par trop suspectée
d’être une justice retenue, instrumentalisée par les
puissants de ce monde, a grand besoin de convaincre. En conduisant ce
procès Charles Taylor et autres de façon véritablement
inclusive, dans la stricte appréciation du degré des implications
avérées, elle résorberait grandement son déficit
de crédit et aiderait au relèvement de l’éthique
sociale dans ce monde menacé par l’action corrosive des forces
maffieuses.
Et ce ne seront pas les centaines de milliers de victimes (ou leurs familles),
en attente de vérité et de justice, qui s’en plaindront
ni la collectivité universelle dont l’ordre violé
commande aussi réparation.
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