Le
choc causé par l’assassinat de Rafic Hariri au-dedans comme
au dehors du Liban n’est pas différent de celui éprouvé
au Burkina Faso et à l’étranger par l’assassinat
de Norbert Zongo.
La révolte populaire qui a suivi l’assassinat du journaliste
burkinabé tout comme celle qui a marqué l’élimination
de Rafic Hariri, en est une preuve. Si le pouvoir avait escompté
l’amnistie par le fait du temps, il se rend compte devant le refus
populaire de voir enterrer le dossier, qu’il s’est rudement
trompé.
Au Liban, on le savait très bien, la configuration de la situation
nationale n’était pas propice à la saisine d’une
quelconque juridiction nationale par rapport à l’affaire
Rafic Hariri. La sérénité et l’équité
ne pouvaient que faire défaut à une telle procédure.
C’est tout naturellement que le peuple libanais a usé de
pressions sur le gouvernement afin qu’il prenne langue avec le Conseil
de Sécurité pour demander la création d’un
tribunal pénal international qui permette un jugement dans les
normes du dossier. Le Conseil de Sécurité y a répondu
favorablement, en instruisant le Secrétaire général
de l’ONU d’ entrer en négociations avec les autorités
libanaises afin de trouver ensemble les voies et moyens pour la mise en
place de cette juridiction dans le respect des standards internationaux
régissant le droit pénal international.
Voilà comment les choses ont été engagées
pour arriver au stade d’une convention qu’il faut maintenant
soumettre à l’approbation du président libanais et
à ratification parlementaire.
La procédure qui a été suivie pour le dossier Rafic
Hariri peut parfaitement s’appliquer au dossier Norbert Zongo.
Les ayant droits, les avocats, les mouvements de droits de l’homme,
le Collectif, les Femmes en noir, les partis politiques, les médias…
peuvent avec le soutien de nombre de
partenaires techniques et financiers, user de pressions pour amener le
gouvernement burkinabé à faire ce que le gouvernement libanais
a fait : saisir le Conseil de Sécurité aux fins de création
d’un tribunal pénal international pour juger le dossier Zongo.
Des difficultés, il ne faut pas se le cacher, il en existera parce
que le gouvernement burkinabé n’est pas le gouvernement libanais,
parce que les deux n’ont pas le même intérêt
à actionner des poursuites judiciaires. Pourquoi du reste le pouvoir
burkinabé, qui refuse que la justice nationale tranche le dossier,
accepterait-il de l’élever au niveau international où
il maîtrisera moins l’appareil judiciaire ?
D’ailleurs, des résistances du même type sont apparues
au Liban même, provenant de l’opposition, surtout du Hezbollah,
qui avec ses soutiens syriens, n’entend pas du tout permettre que
ce tribunal entre en opération. Mais cela ne désarme pas
pour autant la mobilisation du peuple libanais et de l’opinion internationale.
Nous pouvons, au Burkina Faso, être tout aussi mobilisés
avec le soutien populaire acquis à la cause de Norbert Zongo afin
de prendre au mot le pouvoir qui n’a de cesse d’affirmer qu’il
est blanc comme neige dans le dossier, et que, dès le moindre indice
probant, il lèvera le non-lieu.
Il n’y a donc pas de raisons, si le pouvoir ne craint pas d’être
confondu, de refuser un tribunal pénal international. Au contraire,
l’accepter serait tout à fait à son honneur !
Mais le gouvernement pourrait persister dans le refus de voir l’affaire
juger. Là encore, au Burkina Faso, on pourrait s’inspirer
des tendances qui se dessinent au Liban pour sortir de l’impasse
en invoquant le chapitre VII de la Charte des Nations Unies afin de contraindre
à la création de ce tribunal pénal international.
Aux termes des articles 41 et 42 du chapitre VII, c’est un fait
que le Conseil de Sécurité dispose d’une panoplie
de moyens pour obliger des gouvernements à agir ou non (interruption
partielle ou totale des relations économiques, diplomatiques, des
communications de toutes sortes, blocus, opérations exécutées
par les forces aériennes, navales, terrestres, etc..).
Au Liban, les ayant droits de Rafic Hariri, soutenus au-dedans comme au
dehors du pays, veulent justement demander au Conseil de Sécurité
de faire application de ces articles, et on ne trouve rien à redire
à cela, tout au contraire.
Pourquoi au Burkina Faso, si le gouvernement se faisait tirer l’oreille,
refuserait-on d’avoir les mêmes dispositions favorables sinon
qu’au risque d’encourir la critique de pratiquer une politique
de « deux poids, deux mesures » qui serait justement contraire
aux fameux standards internationaux en matière de droit pénal
international ?
Il ne faudrait pas donner à croire que c’est seulement parce
que Rafic Hariri était milliardaire, ancien premier Ministre, qu’il
avait des amis très haut placés dans bien des Etats du monde,
dans des institutions internationales que la mécanique en faveur
d’un TPI au Liban a été enclenchée, au point
que l’on demande même à l’étendre à
d’autres cas d’assassinat récents portant notamment
sur des journalistes libanais.
Norbert Zongo était pauvre, il n’était pas premier
Ministre, il n’était pas l’ami du Roi Khaled d’Arabie
ni celui de Jacques Chirac, il n’avait pas d’amis présidents
bien placés dans les instances internationales, c’est un
fait. Mais la nature de son combat au service du peuple et les conditions
inhumaines dans lesquelles il a été assassiné avec
ses trois compagnons, sont sinon plus fort que ceux inspirés par
Rafic Hariri, au moins pareils ! Et il était journaliste d’investigation,
apprécié au pays, en Afrique et hors du continent.
Me Hermann YAMEOGO
Président de l’UNDD
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