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« L’ affaire Rafic HARIRI » |
Par Harouna KADIO,
Secrétaire général chargé des affaires scolaires
et universitaires,
A
la naissance de Rafic Hariri, il n’y a pas eu d’éclipse
ni de message venant de l’étoile du Berger. Mais la vie de
cet homme, le sort en avait ainsi décidé, devait être
exceptionnel. Fils d’un ouvrier agricole, il fit ses études
à Saida, obtint un diplôme de hautes études commerciales
en 1964 puis tâte de la politique à travers le mouvement
nationaliste arabe de Georges Habache.
A 18 ans, il est happé, comme souvent tout Libanais bon teint,
par le vent du large. Cependant, il ne va pas bien loin puisque c’est
en Arabie Saoudite qu’il dépose ses valises. Il y enseigne
les mathématiques et puis, virant de bord, se retrouve dans la
construction pétrolière. Comme dans un conte de fées,
voilà Khaled, l’héritier du trône qui le charge
de construire le Palais de Taëf ; en moins de 6 mois, tout est plié
et livré. Il n’en fallait pas plus pour en faire un élu
dans le cœur du Prince. Une fois roi, la fortune du jeune Libanais
sera assurée.
Le reste va très vite, il monte affaire sur affaire, devient milliardaire
avec une fortune estimée entre 4 et 10 milliards de dollars US.
Il se répand dans les secteurs aussi divers que l’immobilier,
l’industrie, les médias..
Sa soif de pouvoir le conduit tout naturellement à la politique.
Il est nommé ainsi à la tête de 5 gouvernements entre
1992 et 2004. C’est pendant cette période qu’il développe
entre autres une amitié solide avec Jacques Chirac dont il financera,
dit-on, la campagne présidentielle de 2002.
Allié de la Syrie , il en deviendra par la suite un adversaire
irréductible et c’est alors que son destin sera scellé.
Le 14 février 2005, il est assassiné avec 22 personnes.
Il savait que sa vie était en danger et pour cela, s’était
entouré de précautions (blindage de son véhicule…)
mais rien n’y fit. Le pays connaît une explosion de colère
et des manifestations d’une ampleur jamais vue. Le monde entier
est en émoi, la fureur de Jacques Chirac incommensurable. Automatiquement,
la Syrie est indexée.
Si l’assassinat de cet homme a autant impacté l’opinion
internationale, c’est essentiellement pour trois raisons.
La première, c’est qu’il était fortuné
comme pas possible : on dit qu’il possédait la moitié
des propriétés et de la fortune du Liban. La deuxième,
il avait un carnet d’adresses des plus fournis et des plus huppés
: le roi d’Arabie Saoudite, George Bush, Jacques Chirac….
La troisième raison, c’est que le Liban se situe dans cette
zone du monde qui focalise le plus l’attention internationale, le
Proche-Orient.
Ce n’est donc pas étonnant que le jour même de son
assassinat, les réactions aient fusé de toutes parts et
qu’une commission d’enquête internationale, demandée
le même jour par le régime français, ait été
mise en place pour aboutir à la décision de mandater le
Secrétaire général des Nations Unies de négocier
avec le gouvernement libanais un accord portant création d’un
tribunal pénal international.
Dans la foulée, on demandera même d’étendre
les compétences de ce tribunal à tous les crimes qui ont
été commis depuis 2004 et qui ne concernait pas toujours
des hommes politiques aussi fortunés et aussi connus que Hariri.
Là, nous pensons entre autres à ce député
chrétien Gebran Tueini, qui lui avait depuis les années
1980 dit non aux Syriens et qui fut assassiné en décembre
2005, au journaliste assassiné Marwan Hamadé, à la
présentatrice vedette de la télévision, May Chidiac,
très critique à l'égard de l'ingérence de
Damas au Liban, et qui elle fut gravement mutilée dans un attentat
à l'explosif.
Il n’y a pas de raisons que l’on refuse de créer une
juridiction de même type pour l’affaire Norbert Zongo et éventuellement
d’en étendre les compétences aux autres actes de terrorisme
qui ont émaillé l’histoire de la 4 ème République.
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