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« L’Affaire Norbert Zongo » |
Par Mariam OUEDRAOGO,
Secrétaire générale chargée de la promotion
de la Femme
Ce qu’on
appelle aujourd’hui l’affaire Norbert Zongo ne se résume
pas à un seul dossier pénal à problèmes. C’est
l’histoire d’un homme d’exception qui, pour la défense
de ses idées, a accepté de sacrifier sa vie.
Instituteur originaire du Bulkiemdé, homme simple, proche du peuple,
il se passionna pour le journalisme et devint, petit à petit, l’émérite
homme de presse qui se fera connaître dans le pays et à l’extérieur.
C’est à l’Indépendant, le journal qu’il
créa, que sa notoriété s’imposa.
Il eut l’intelligence, convaincu de la justesse de ses idées,
de savoir les faire passer non seulement à travers son hebdomadaire
fort apprécié dans tout le pays par le choc des mots et
des analyses dont il avait le secret, mais aussi en donnant des conférences
un peu partout, notamment avec pour public cible la jeunesse.
Le journalisme d’investigation, était son fort, on le sait,
et c’est ce qui lui fut fatal car, en voulant sans peur ni reproche
fouiller dans les dossiers sales du régime, il devint la bête
noire de celui-ci.
Les menaces ne manquèrent pas, venant des hommes proches du pouvoir.
On tenta même de soudoyer sa famille. Fort heureusement, il en fit
état régulièrement dans son journal.
Lorsqu’il s’attaqua au dossier David Ouédraogo, cet
employé de François Compaoré (petit frère
du chef de l’Etat) qui fut torturé puis tué au Conseil
de l’Entente pour dit-on un vol de 30 millions FCFA, il sut que
ce qu’il allait en dire pouvait lui coûter la vie mais il
continua.
Il avait, il faut aussi le souligner, la claire conscience que ce régime
serait difficile à bouter dehors. Il disait que la tentation monarchique
chez Blaise Compaoré était irrépressible ; il fit
alors des propositions pour que l’opposition et la société
civile se rapprochent pour mener une lutte commune pour la démocratie
et la justice. Au Liptako Gourma, il demanda en début 1998 lors
d’une grande réunion, que tous s’unissent car il y
avait eu trop de crimes économiques et de sang dans ce pays. Si
cela ne se fit pas, cela fit germer dans les consciences qu’hormis
cette réunion de toutes les forces vives du pays, on pourrait en
avoir encore pour longtemps avec ce pouvoir !
Mais Norbert Zongo continuait son chemin. Les choses devenaient difficiles
pour lui. On tenta de l’empoisonner à Kaya. Les menaces se
multiplièrent jusqu’au jour fatidique du 13 décembre
1998 où ce que tout le monde sait, arriva. Une véritable
boucherie qui ne pouvait avoir été organisée et exécutée
que par des non civils.
Ce massacre de Sapouy est dans l’histoire burkinabé le drame
le plus terrible qui se soit produit. C’est vrai qu’il y a
eu Thomas Sankara et ses compagnons, les multiples assassinats et disparitions
dénoncés notamment par le Collectif des organisations démocratiques
de masse et de partis politiques mais cette fois-ci, l’horreur était
inégalée. On avait tué des hommes avec des armes
de guerre et on les avait brûlé et ensuite laissés
consumer par le feu. Dans l’échelle des actes de barbarie,
voilà qui n’est pas insignifiant !
Mais le régime, malgré la révolte, tint bon, gagna
du temps, accepta quelques réformes pour, une fois sa situation
confortée, continuer dans l’arrogance et dans le non respect
de la justice.
Les dossiers pendants, comme on dit ici, s’ils ne sont pas mal jugés,
soit toujours dans les tiroirs.
Et depuis près de 10 ans, la famille Norbert Zongo, le Collectif,
les partis politiques, et depuis peu les Femmes en noir, relancent le
pouvoir pour la réouverture du dossier.
Mais on sait ce qui se passe. Après des élections présidentielles
et municipales honteuses, le pouvoir s’est senti requinqué.
Il a repris du poil de la bête et il a estimé en août
dernier, qu’il pouvait se permettre de refermer ce dossier en prenant
un scandaleux non-lieu non seulement au profit de Marcel Kafando mais
au profit de tous les suspects dans cette l’affaire. Bref, un enterrement
total !
C’est un défi à la conscience nationale mais aussi
à la conscience universelle. Il faut, en tout cas, féliciter
le peuple burkinabé pour son refus de se soumettre à cette
décision inique.
Depuis, Robert Ménard, qui n’a jamais laissé tomber
cette affaire, a apporté de nouvelles révélations
mais le pouvoir n’attendit pas un jour pour refuser de rouvrir ce
dossier, arguant qu’il n’y avait pas d’éléments
nouveaux édifiants. Tout dernièrement, d’autres révélations
de Moïse Ouédraogo qui auraient dû permettre la réouverture
du dossier, n’eurent pas davantage de considération. Manifestement,
tant que ce régime sera là, nous ne connaîtrons pas
la vérité ; nous n’aurons pas la justice dans cette
affaire.
Que dire alors de ces toutes récentes confidences parues dans l’Indépendant
du 27 février dernier ? Delma Daogo, c’est ce soldat de 1ère
classe qui avait, selon le journaliste Michel Zoungrana, promis qu’il
révèlerait à nouveau des secrets. Eh bien, c’est
chose faite. Extraits incroyables ! « La mort de Norbert Zongo est
directement liée à celle de David Ouédraogo. François
Ouédraogo a envoyé David Ouédraogo à la mosquée
centrale de Ouagadougou pour ramener un albinos pour qu’il fasse
un sacrifice. David a ramené un albinos de 16 ans pour faire un
doa dans la cour de François Compaoré. Ce dernier a remis
50 000 f ce jour à David et le prier de rentrer chez lui. Arrivé
à la maison, il s’est rendu compte qu’il avait oublié
sa pièce d’identité et est retourné pour aller
la chercher. Lorsqu’il est arrivé, il a vu qu’on avait
tué l’albinos et le découper en morceaux. Il est ressorti
mais on l’avait déjà vu sortir ». !!
Mais que rétorquera-t-on à cela ? Dira-t-on que ce soldat
1ère classe aurait dû parler avant, que ce ne sont que des
déclarations sans preuves palpables et que cela ne permettra pas
de rouvrir le dossier ? Dira-t-on qu’il est fou comme on a dit que
Moïse Ouédraogo l’était ? Certainement.
En tout cas, depuis août dernier, les marches n’ont jamais
cessé. A Koudougou, les partis politiques ont marché, le
Collectif a manifesté dans plusieurs villes du pays notamment en
janvier dernier, promettant de remettre ça en mars si rien n’est
fait.
Et rien n’est fait. Le pouvoir n’entend pas céder d’un
pouce.
Voici où nous en sommes aujourd’hui. C’est pourquoi
nous pensons qu’il faut élever ce dossier au niveau international
pour avoir gain de cause. L’affaire Norbert Zongo est un dossier
lourd, qui implique jusqu’au cercle du pouvoir, qui a fait de nombreuses
victimes. Le peuple a le droit de savoir tout ce qui s’est passé
; le peuple a droit à la vérité et la justice.
Nous avons pensé que puisque l’ONU avait accepté que
l’affaire Rafic Hariri soit jugée par un tribunal pénal
international, nous pouvions espérer de sa part la même sollicitude
car Norbert Zongo est notre Rafic Hariri.
Je vous remercie.
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