CONQUERIR LA PAIX DURABLE POUR LA COTE D IVOIRE ET LA SOUS REGION EN TROUVANT LES REPONSES ECONOMIQUES ET SOCIALES AUX VRAIS DETERMINANTS DE LA CRISE

Par Mathieu NDO, Sécretaire a la communication,
Porte Parole de l’ UNDD

Mesdames et Messieurs de la presse,
Chers Amis,
Camarades responsables et militants de l’UNDD,

La crise ivoiro/sous-régionale , depuis bientôt 5 ans qu’elle perdure, nous fait vivre un paradoxe qu’il a rarement été donné d’observer dans une tentative de solutionnement de crise : d’un côté, des déterminants très clairement identifiés et de l’autre, des tentatives de solutionnement d’une communauté internationale qui, l’on ne sait pour quelles raisons, prend un malin plaisir à leur préférer des voies d’impasse qui ne font qu’en rajouter à la complexité du problème. Si bien qu’au début de cette nouvelle année, ce n’est plus tant la crise en elle-même qui doit inquiéter mais bien la crise de son solutionnement qui devrait être l’objet de toutes les préoccupations. En Côte d’Ivoire, il faut se rendre l’évidence : la crise ivoirienne a généré une crise de solution.
A l’UNDD, depuis septembre 2002, nous n’avons eu de cesse de dénoncer les ingérences « pyromaniales » du pouvoir de la 4ème République dans cette crise, de dénoncer les faux prophètes et les solutionneurs clés en main dont les interventions n’ont fait qu’élargir l’abîme de la division.
Mais à l’UNDD, nous avons également été en première ligne des solutions concrètes formulées à partir des vrais déterminants de la crise et qui, prises en compte très tôt, auraient depuis lors, autorisé un retour de l’harmonie aussi bien entre frères ivoiriens qu’entre pays de la sous région.
Aujourd’hui qu’il est fort heureusement question d’un dialogue inter ivoirien (ce qui nous réjouit au plus haut point), il nous paraît opportun de rappeler les propositions de solutionnement qui ont toujours été celles de l’UNDD et de son président, Me Hermann Yaméogo, à savoir les questions d’ordre économique et social, notamment celles liées au foncier rural, à la nationalité, à la gestion des flux migratoires, etc..
Mais remontons d’abord l’histoire. Nous tenons tout d’abord à relever que la xénophobie dont on parle tant aujourd’hui n’a pas toujours été la marque distinctive de la Côte d’Ivoire. Selon le dossier de recensement général de la population et de l’habitat effectué en 1998, la Côte d’Ivoire comptait 15.366.672 habitants. La proportion de la population ivoirienne était de 4.000.047 habitants, soit 26,1 % de la population totale. De l’avis de nombreuses organisations internationales, la Côte d’Ivoire est l’un des tout premiers pays au monde à abriter sur son sol une aussi forte proportion de non nationaux. Avec cela, entendre que la Côte d’Ivoire est un pays xénophobe a quelque chose de paradoxal mais nous y reviendrons. Quant à la population d’origine burkinabé, elle représente à elle seule 56 % du nombre total des étrangers, toujours selon le recensement de 1998.
Ces chiffres ont été régulièrement nourris par une longue tradition d’immigration. Dans son ouvrage intitulé « Géo-politique de la Côte d’Ivoire », Christian Bouquet situe les origines des premiers déplacements de population vers le début des années 30, avec la politique des travaux forcés de l’époque coloniale. Selon lui, des chiffres officiels estimaient à 420.000 le nombre de travailleurs voltaïques déplacés entre 1932 et 1946. a partir de 1946, avec la suppression du travail forcé, une forme d’acheminement volontaire des travailleurs voltaïques allait prendre le relais grâce au SIAMO (Syndicat interprofessionnel pour l’acheminement de la main-d’œuvre) qui fit déplacer 265.000 travailleurs en 1947 et 1959. Puis, après les indépendances, une autre organisation perpétua à son tour l’acheminement de la main-d’œuvre : l’OMOCI (Office de main-d’œuvre de Côte d’Ivoire) qui signa à l’époque une convention avec la Haute-Volta. Seulement, à partir de 1960, l’immigration fut comptabilisée avec de moins en moins de rigueur alors même que le phénomène prenait plus d’ampleur.
Il est donc aisé de déduire que, depuis 1946, l’accueil des populations étrangères a toujours été le fait d’une politique volontariste d’ouverture de la part des autorités ivoiriennes.
Cependant, l’on ne peut nier que de nos jours, la situation a évolué et qu’elle a même généré des intolérances de toutes sortes. Des phénomènes de rejet ont été manifestes depuis quelque temps, et il convient de se pencher sur leurs causes profondes.
A partir du début des années 80, la Côte d’Ivoire s’est retrouvée prise dans l’épicentre d’une conjonction de circonstances défavorables pour son économie et sa vie sociale : avec une dette publique de plus de 7,5 milliards de dollars, soit quelque 4000 milliards de FCFA, elle s’est retrouvée au bord de la charge de rupture, au point même de se déclarer dès 1981, dans l’incapacité d’honorer sa dette. Le café et le cacao, principales matières d’exportation du pays, ont connu dès ce moment, des méventes historiques. Les différentes mesures d’ajustement structurel imposées par les institutions financières internationale depuis ce moment, ont aggravé le chômage et fragilisé le tissu social.
L’emploi, ainsi devenu précaire, était farouchement disputé aussi bien par les nationaux que les étrangers. Et comme cela arriverait dans tout pays du monde, le seuil de tolérance une fois dépassé, s’est malheureusement traduit par des manifestations de rejet.
En nous fondant sur cette analyse d’ensemble de la situation, un paradoxe, on ne peut pas écarter d’un revers de la main l’intolérance ethnique, religieuse de l’ivoirité dans la survenance de la crise ivoirienne. Mais on commettrait une erreur de ne la réduire qu’à ces seules causes. Nous n’avons eu cesse de mettre en garde à cet égard, à l’UNDD. Et dans la proposition de sortie de crise que nous avons eu à formuler, nous avons pris soin de demander que l’on règle les problèmes tels que le foncier rural, la nationalité, que l’on ne fasse pas une fixation sur la nationalité de certains protagonistes…
Mais remontons l’histoire. Nous avons tenu à relever que la xénophobie n’a pas toujours été la marque de la Côte d’Ivoire qui ne s’appelle pas pour rien le pays de l’hospitalité. Si les choses ont évolué, c’est peut-être pour des raisons objectives, c’est peut-être à cause de l’émigration incontrôlée qui a amené un trop-plein d’étrangers dans un pays qui, en raison de multiples facteurs (dont la mévente de ses matières premières) n’était plus en mesure d’absorber toute cette main-d’œuvre. Comme cela arriverait dans tout pays du monde, le seuil de tolérance dépassé, cela s’est traduit par des manifestations de rejet.
En nous fondant sur cette analyse d’ensemble de la situation, à l’UNDD, nous avons toujours demandé de voir plus loin pour chercher les solutions définitives à cette situation, et elles résidaient pour nous dans une politique de gestion plus maîtrisée des flux migratoires, de promotion de pôles de développement dans la sous région. Et l’on pouvait y parvenir, à notre point de vue, en empruntant à plusieurs techniques : celle des fonds structurels qui a fait des merveilles en Europe, celle des délocalisations dans l’espace sous régional des industries et services des pays plus développés vers ceux de l’hinterland.. Nous avons aussi recommandé une relecture de la politique d’aide au développement en l’axant davantage autour de projets à haute intensité d’intégration.
Nous devons dire qu’à Marcoussis, dans la foulée des engagements pris, il a été décidé de convoquer la communauté des bailleurs de fonds pour aider à la reconstruction de la Côte d’Ivoire mais aussi de ses voisins, de prendre des mesures pour discipliner les flux migratoires et promouvoir des pôles de développement dans la région, nous nous sommes senti flattés et réconfortés, convaincus que notre message avait été entendu.
Mais comme on le verra par la suite, le souci n’était vraiment pas au règlement de ces causes structurelles mais plutôt à la maîtrise politique du pays par le départ de l’équipe gouvernante. Ce qui explique toutes les tentatives de déstabilisation qui ont suivi, les échecs des médiations qui ont fini par révéler l’engagement direct de la France chiraquienne avec notamment les évènements de l’Hôtel Ivoire.
Au moment où , malgré des craintes légitimes, la tendance semble se renforcer pour la solution d’un dialogue inter ivoirien, il faut seulement espérer que l’on ne fasse pas une focalisation sur les seules préoccupations politiques. C’est bien que le président ivoirien et le leader des Forces Nouvelles entrent en négociation, qu’il y ait le désarmement, la réunification du territoire national, le redéploiement de l’administration sur l’ensemble du pays, l’identification, et que le tout conduise à des élections libres et transparentes qui fondent une nouvelle légitimité. Ce serait un acquis inappréciable. Mais il serait encore plus important qu’une garantie soit prise contre le retour à ces ruptures d’harmonie, et nous croyons que si on laisse en l’état les questions de gestion des flux migratoires, de promotion de pôles régionaux, de délocalisations.., on risque de n’avoir reculé que pour mieux sauter.
Plus que jamais, nous pensons à l’UNDD qu’il faut prendre à bras le corps, ces problèmes qui ne sont pas, encore une fois, d’autres l’ont souligné avant moi, propres à la seule Côte d’Ivoire. Nous pensons même, comme nous l’avons déjà fait savoir, que si dans un cadre multilatéral, Europe/Afrique, et même dans le cadre onusien, il faut aborder la question de l’immigration, qui a une puissance déstabilisatrice qui n’agit pas qu’en Côte d’Ivoire et en Afrique mais dans les autres continents.