LA
CRISE EN COTE D’IVOIRE
RETROSPECTIVE SUR LES RELENTS NEO COLONIALISTES D’ UNE GUERRE
IMPOSEE AU PAYS D’ HOUPHOUET |
Par Marcellin YAMEOGO, Commissaire National
de l'UNDD
Mesdames et Messieurs de la presse,
Chers Amis,
Camarades responsables et militants de l’UNDD,
Lorsque l’annonce a été faite qu’une
tentative de coup d’Etat venait d’échouer en Côte
d’Ivoire le 19 septembre 2002, rares étaient ceux qui pouvaient
alors la dénoncer comme étant une déstabilisation
fomentée de l’extérieur et la condamner en tant que
telle. C’est que Tabou, avec ses massacres de Burkinabé,
était passé par là et avant même ce drame,
toute la campagne contre la dérive ivoiritaire qui (portée
notamment par les médias nationaux et internationaux partisans)
avait quasiment réussi à inscrire (tels Hitler, Mussolini,
Peter Botha) le président ivoirien dans l’imaginaire international
au Panthéon des xénophobes et autres racistes.
Au Burkina Faso, en particulier, l’ambiance n’était
pas du tout à la commisération vis-à-vis des autorités
légales ivoiriennes mais plutôt au soutien de ceux qu’on
appelait alors les Zinzin-Baéfoué, insurgés au nom
du peuple ivoirien mais aussi des ressortissants étrangers (au
nombre desquels plus de 4 millions de Burkinabé) pour rétablir
les équilibres communautaires rompus au pays de l’hospitalité
depuis le décès du Père de la nation, le président
Félix Houphouët Boigny.
L’ADF/RDA d’alors, avec à sa tête Me Hermann
Yaméogo, bien que n’ayant pas de relations avec les autorités
socialistes ivoiriennes mais plutôt des amitiés et des affiliations
idéologiques connues avec les responsables du PDCI et du RDR, a
vivement condamné la tentative de coup d’Etat comme il l’avait
fait pour le renversement de Henri Konan Bédié. Mais le
parti à l’époque n’a pas fait que condamner.
Voyant se renforcer la partition du pays, il s’était en effet
investi dans une proposition de sortie de crise basée non pas sur
la solution des seul problèmes politiques et communautaires exclusivement
présentés comme étant à l’origine de
la crise mais aussi sur ceux liés à des considérations
économiques et sociales et particulièrement aux conséquences
de l’immigration incontrôlée en Côte d’Ivoire
à un moment où le pays n’était plus en mesure
d’absorber toutes ces vagues venues de l’étranger et
notamment du Burkina Faso. (L’immigration choisie n’existe
pas qu’en France ; elle est aussi revendiquée au Gabon, en
Guinée Equatoriale, en Afrique du Sud comme aux USA).
A travers donc correspondances, déclarations, conférences,
prises de contact tous azimuts, le parti, bien que sachant la force déterminante
des motivations de néo-domination coloniale, a alors défendu
l’idée d’une conférence internationale qui aborderait
le différend ivoirien dans l’optique de recourir notamment
aux fonds structurels pour discipliner les flux migratoires, de créer
des pôles régionaux de développement à haute
intensité de main-d’œuvre qui rationalisent l’émigration.
Le 8 novembre 2002, dans la salle du Liptako Gourma, le parti se réunissait
sur «La problématique des Fonds Structurels dans le cadre
de la coopération sous régionale », et recommandait
notamment ceci par rapport au dossier ivoirien : «Considérant
l’extrême gravité de la crise ivoirienne, son caractère
complexe, multiforme, sa dimension sous régionale (…)l’ADF/RDA,
tout en encourageant le processus de médiation en cours, en appelle,
dès à présent, à la tenue d’une Conférence
Internationale sur la Côte d’Ivoire (CI/CI) ». Le parti,
abordant le fond de son sujet, demandera la « création d’un
observatoire de l’immigration et d’un fonds d’insertion
et de mobilité de la jeunesse, Le renforcement des ressources du
Fonds d’Appui à l’Intégration Régionale
F.A.I.R ;, par l’augmentation de la dotation de l’Union et
des ressources propres du Fonds ; La création d’un Fonds
Spécial, financé notamment à partir des filières
des produits de base en Côte d’Ivoire (employant une forte
main d’œuvre immigrée et associant des opérateurs
privés étrangers) et visant à articuler différentes
composantes, dont la participation au redressement économique de
la Côte d’Ivoire, en contre partie de garanties légales
aux droits économiques de ces acteurs étrangers d’une
part ; la réalisation prioritaire d’investissements structurants
visant le renforcement des économies des pays « sources traditionnelles
» de migration vers la Côte d’Ivoire et partant une
meilleure régulation de ces flux migratoires, d’autre par
»t.
Le parti sera suivi par l’opposition et par certains de ses leaders
qui ont à leur tour osé dénoncer l’agression
et l’ enfermement du différend dans le concept très
vite répandu par Michèle Alliot-Marie de « crise ivoiro-ivoirienne
» pour masquer les parrainages qui en étaient à la
base. Ce fut notamment, outre de l’ADF/RDA , du GDP, du PDS, de
la CNDP, du PAI, du PNR/JV, de la CPS, du PAREN, de l’UDPI, du FPC,
du PFID, de l’UNIR/MS, partis de l’opposition qui le 25novembre
2002 en appelaient, à une Conférence Internationale sur
la Côte d’Ivoire, plus tard le MBDHP...).
Mais l’idée au plan international n’était pas
du tout à la solution des véritables problèmes de
la Côte d’Ivoire mais plutôt à la seule éviction
de l’équipe dirigeante et tout particulièrement du
président Laurent Gbagbo, tout simplement parce que l’homme
entendait œuvrer à l’indépendance politique mais
aussi économique de son pays en le libérant particulièrement
des nombreux contrats léonins qui entravent, plus de 40 ans après
l’indépendance, l’économie ivoirienne au profit
de l’ancienne métropole.
De cela, on s’en rendra compte lorsqu’à Marcoussis
et Kléber, le pouvoir français battra le rappel de plusieurs
chefs d’Etat, d’organisations africaines, des Nations Unies,
de grands juristes français, d’éminents médias
internationaux pour réaliser un véritable coup d’Etat
constitutionnel et hisser ainsi la rébellion au pouvoir.
Il faut dire qu’on voyait venir les choses avec cette déclaration
prémonitoire de Blaise Compaoré en partance pour Kléber
qui portait de graves accusations contre Laurent Gbagbo et l’invite
à peine voilée de le traduire devant le TPI pour ses crimes
innommables.
Dans un contexte de patriotisme exacerbé par le film « Poudrière
identitaire » passé en boucle sur la TNB et de mobilisation
patriotique pour faire une haie d’honneur à l’aéroport
au chef de l’Etat (identifié à un héros national
dans sa croisade anti-Gbagbo) en partance pour Kléber, Hermann
Yaméogo refusa de cautionner l’imposture et le fit savoir.
Il se demanda même quelle mouche avait piqué le chef de l’Etat
pour qu’il tienne de tels propos, relevant que TPI pour TPI, ce
dernier n’échapperait pas à cette juridiction pénale
internationale. Il soulignera aussi que de tels propos belliqueux -au
moment de se rendre en France pour signer un accord de paix- pouvaient
avoir l’inconvénient de jeter de l’huile sur le feu
et d’exposer nos ressortissants à la vindicte populaire en
Côte d’Ivoire. La suite des évènements lui donnera
malheureusement raison. Les rapatriés en feront la confidence.
On sait ce que cela lui en a coûté. Son parti a été
déstabilisé, éclaté en plusieurs morceaux
(tous connectés depuis à la mouvance présidentielle
!) pour spécialement lui faire perdre le statut de chef de file
de l’opposition et la subvention de l’Etat (L’ADF/RDA
en tant que 2ème parti recevait annuellement environ 20 millions
fcfa et depuis le putsch, ce parti dirigé par Gilbert Ouédraogo
continue de toucher ce pactole alors que l’UNDD, qui a toujours
des députés, ne reçoit rien !). Des camarades et
même des parents ont été soudoyés, contraints
à le désavouer, à le quitter, campagne de dénigrement
à l’appui, et toute la machinerie de l’Etat s’est
mise en charge pour lui faire rendre gorge de son impudence, enlever à
jamais l’envie à qui que ce soit de rester à l’UNDD
ou de pouvoir y adhérer. Nous en avons tous souffert. Ce fut en
effet la kyrielle des tracas, des accusations, des arrestations de responsables
du parti comme Noël Yaméogo, Mathieu N’Do…, sans
parler de nous autres, et cela s’est poursuivi durant ces 4 années.
La haine était telle contre nous que le Ministre de la Sécurité,
Djibril Bassolet, ira jusqu’à avouer que s’il en avait
les moyens, il « liquiderait l’UNDD » ; c’est
tout dire !
Mais pendant toutes ces années de mise en quarantaine, d’acharnements
divers, rien n’a infléchi la position de Me Hermann Yaméogo
et de son parti l’UNDD, né au lendemain du coup d’Etat
à l’ADF/RDA. Il y en a qui ont fui le navire par peur, par
intérêt, parce qu’ils croyaient qu’ils couleraient.
Mais le gros des troupes est resté. Nous sommes restés.
Oui, non seulement, le patron du parti de la panthère est resté
droit dans ses bottes en dépit des exhortes de certains militants
et responsables du parti à ne plus parler de la Côte d’Ivoire
et malgré que la plupart des leaders de l’opposition aient
après coup choisi le refuge du silence sur le dossier ivoirien
afin de ne pas encourir les représailles du pouvoir, mais il a
continué avec nous de stigmatiser l’utilisation de la Françafrique
dans la crise, le pillage des richesses de la Côte d’Ivoire
et à en appeler à l’engagement de Jacques Chirac et
de Blaise Compaoré dans la crise pour qu’elle puisse connaître
des chances de règlement.
Il se rendra même en Côte d’Ivoire pour expliquer la
position du parti, mais plus important, pour y demander aux ressortissants
burkinabé d’agir par tous les moyens pour convaincre les
autorités burkinabé de prendre langue, dans l’intérêt
des deux pays et des deux peuples, avec les autorités ivoiriennes
pour tout mettre à plat et chercher les voies qui restaurent les
relations amicales et fraternelles entre les deux peuples.
Vous voyez, ceux qui ont fui le navire parce qu’ils pensaient le
président du parti définitivement mort, et le parti lui-même
condamné à cause de ses prises de positions sur la Côte
d’Ivoire, ont fait preuve de cécité politique. Regardez
comme aujourd’hui les choses ont changé, comment l’histoire
nous donne raison ; demain, on ira peut-être jusqu’à
donner le Prix Houphouët Boigny voire le Prix Nobel à Blaise
Compaoré pour être un constructeur de paix en Afrique et
notamment en Côte d’Ivoire. On ne fera pas grand bruit autour
de notre petite contribution et pas davantage de nos positions anticipatrices,
mais qu’importe pourvu que la paix soit reconquise en terre éburnéenne
et que le Burkina Faso et la sous région y trouvent leur compte.
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