Le drible de Hermann

Par Kassim Kongo

Ils étaient treize partants pour la course au fauteuil présidentiel du 13 novembre prochain. Sur le chiffre 13 nous ne reviendrons pas, ou nous aurions aimé ne pas y revenir. Seulement, voilà qu'avec la décision du Conseil Constitutionnel de valider la candidature de Blaise Compaoré contre lequel il n'avait pas fait de recours en annulation ou « réserve » pour être dans l'esprit sport football qu'aime tant le président de la CENI Moussa Michel Tapsoba, Hermann Yaméogo, le fils de son père, décide de ne plus participer au match du 13 novembre.

Pour certains, il a jeté l'éponge quand bien même dans ce cas de figure, pugilistiquement parlant, cela se fait après qu'un des pugilistes soit mis en mal par son adversaire. Cela signifie qu'il y a eu combat de boxe ; alors que dans le cas de Hermann Yaméogo, il est tout simplement un non partant, officiel ; les Burkinabé en majorité frappés par la dèche en savent quelque chose puisqu'ils ont jeté leur dévolu sur le PMU'B face à la démission des pouvoirs publics de résoudre globalement la situation de paupérisation galopante des populations. Hermann Yaméogo en décidant de se désister de la présidentielle a driblé le pouvoir à la manière de Diego Maradona ; on peut même y voir une belle griffe au CDP et ses partis connexes. Il faut le dire, l'homme à abattre par le CDP parmi les candidats est de loin Hermann Yaméogo, il est craint et surveillé par le CDP comme du lait sur le feu.
Car du côté du pouvoir on mesure à sa juste valeur les capacités destabilisatrices du fils de Monsieur Maurice ; car l'homme est une vraie bête politique. Il serait tombé dedans à la manière d'Obélix depuis tout petit à la différence de beaucoup d'autres qui y sont venus par hasard ou par nécessité.

Hermann Yaméogo a sauvé le pouvoir des eaux troubles en son temps, et le pouvoir sait de quoi il est capable. C'est pourquoi on ne ménage aucun effort pour le réduire à sa plus simple expression. On lui retire son parti l'ADF-RDA, il a crée l'UNDD pour rebondir et voilà que son propre frère l'abandonne et comme si cela ne suffisait pas, il a failli perdre la mairie de Koudougou. Hermann Yaméogo était pratiquement groggy pour aborder la compétition. Malgré les multiples coups au-dessus et en dessous de la ceinture, l'homme a eu un éclair pour faire quelque chose qui remette à zéro. Tout le plan d'anéantissement concocté par le CDP pour « terminer » avec Hermann Yaméogo tombe à l'eau avec le refus de Hermann Yaméogo de prendre pied sur le terrain.

Du coup, la victoire de Blaise Compaoré au soir du 13 novembre n'aura plus le goût de la victoire qu'on a sur un ennemi irréductible. Les états majors de guerre anti UNDD auront perdu leur temps. Peut-être que l'affiche du candidat Blaise Compaoré en hybride semi-Samouraï, semi-cow-boy maladroitement choisi par les ABC y est pour quelque chose. N'oublions pas que cette association est farouchement opposée à cette autre le CODECO qu'on dit proche de l'UNDD. Le poète le disait, un seul être vous manque et tout est dépeuplé, ici on peut dire, un seul candidat manque à la liste et le CDP est désemparé. Il se retrouve dans une situation de vaincre sans peril, donc de triompher sans gloire de voir Hermann Yaméogo enterré politiquement. Celui-ci a vu clair dans la boue et le CDP ne sait plus à quel saint se vouer.

Ah ! Tiens, il y a le Conseil Constitutionnel toujours, l'effigie de Hermann Yaméogo va rester sur le bulletin de vote, les électeurs pourront toujours le voter mais ces votes ne comptent pas. Le CDP pourra toujours jouir en voyant que le fils de Monsieur Maurice a eu un score trop faible, et celui ci pourra toujours dire "je n'étais pas dans la compétition officiellement, donc votre maigre score ne me regarde point".

La guerre Hermann Yaméogo-CDP est loin d'être finie. Car les belligérants rusent, ils ne veulent pas s'attaquer de manière frontale. Le refus de Hermann Yaméogo -toute chose qui enlève du pain dans la bouche des grands stratèges des coups bas politiques- fait penser à Halidou Ouédraogo à un certain moment. Il « emmerdait » tellement le pouvoir surtout avec son expression de « Président du Pays réel » que certains ont travaillé en bas afin qu'il quitte son cadre de membre de la société civile et se lancer dans l'arène politique. Beaucoup ont souhaité qu'il fasse à l'époque le pas et ils allaient le manger tout cru et démontrant qu'il ne mobilise personne. Aujourd'hui, Hermann Yaméogo est un gros os, on le dit fini politiquement, on a poussé son frère à faire une sortie remarquable et remarquée à Koudougou le fief de Hermann ; il ne restait plus que la présidentielle pour l'enterrer et voilà l'homme qui refuse de se laisser mourir. Il a sorti un lapin de son chapeau et a pris tout le monde à contre-pied.

Hermann Yaméogo, non partant officiel, semble plus présent dans la campagne que certains. C'est cela aussi les subtilités de la chose politique. Sinon comment comprendre que le pouvoir qui assure à tout moment que l'opposition burkinabé est amorphe ou inexistante à telle enseigne qu'on a voulu en fabriquer de bien costaud avec 30 millions. Comment croire que ce même pouvoir organise avec tant de minuties et de soins la campagne présidentielle ? Tous les grands moyens sont mis en jeu pour la campagne, comme qui dirait, prendre un marteau pilon pour tuer un moustique. Face à rien, le CDP avec sa majorité parlementaire devrait mettre moins de gros moyens ; mais l'opposition inexistante pousse à sortir la grande artillerie, c'est à ne rien y comprendre.

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Sacré Hermann ! ! !.

Hermann Yaméogo ne prendra pas part à l'élection présidentielle du 13 novembre 2005. La décision a été prise dans la soirée du 17 octobre 2005 par le Bureau exécutif national de l'UNDD. Une nouvelle donne peu ou prou surprenante qui marquera à sa façon l'actualité politique et la présidentielle si ce n'est l'histoire tout court. Mais pourquoi un tel choix dans le contexte actuel ?

Par Bangba Nikiema

Dans Bendré n° 359 du 03 octobre 2005, nous annoncions dans la rubrique « confidentiel » que « dans certaines officines politiques, on n'exclurait pas la menace du retrait de candidatures en guise de protestation si la candidature du président sortant venait à être retenue… ». L'hypothèse n'a pas tardé à se confirmer.
En effet, au fur et à mesure que l'échéance du 13 novembre s'approchait et que les différentes étapes passaient l'une après l'autre, les déclarations politiques du parti de Me Hermann Yaméogo devenaient sans équivoque. Extrait : « Le parti a décidé que des mots d'ordre appropriés seront conséquemment communiqués en temps opportun aux militants et sympathisants dès que le conseil constitutionnel aura vidé sa saisine et que le BEN se sera retrouvé. Le président (de l'UNDD : NDLR) pour sa part, s'est engagé au cours de la réunion, à tenir compte le moment venu, de l'orientation générale non équivoque qui s'est dégagée des échanges autour de la question en cas de validation, par le juge constitutionnel, de la candidature illégale, illégitime du président sortant. » (Cf compte rendu de la réunion du BEN le 11 octobre 2005.)
« …Le parti a décidé, pour l'Histoire, et pour se conformer aux engagements qu'il a pris à titre individuel comme dans le cadre d' « alternance 2005 », « de ne jamais accepter la candidature de Blaise Compaoré et de la combattre par toutes les voies légales et constitutionnelles », ce qui suit : (…) de ne pas maintenir la participation de Me Hermann Yaméogo dans une élection viciée par la candidature de Blaise Compaoré et au surplus ficelée par des manipulations, des subordinations et des techniques électorales et informatiques perfides. » (Cf : compte rendu de la rencontre du BEN du 17 octobre 2005.).
Eh oui, Me Hermann Magloire Hector Yaméogo, celui là qui figurait en treizième position sur la liste des candidats à la présidentielle du 13 novembre 2005 à l'issue de la décision du Conseil constitutionnel n° 2005-007/CC/EPF du 14 octobre 2005 s'est déclaré non partant. A l'image des météorologues qui, au regard de certaines données prédisent avec plus ou moins d'exactitude certaines situations climatiques, nombre d'observateurs avisés du microcosme politique ont dû éventuellement épiloguer sur les aboutissants probables des attitudes du chantre du Tekré et de son parti.
Certains observateurs de la classe politique auront remarqué ces derniers temps que Hermann Yaméogo et son parti qui savent pourtant user de l'agitation avec maestria n'ont pas été véritablement au four et au moulin contrairement à certains candidats déclarés de l'opposition qui arpentaient les chemins des hameaux et des régions pour installer leurs troupes de combat ou pour sonner le tocsin de la mobilisation. Comme si l'ex-candidat s'était offert un congé sabbatique, il a entrepris peu ou presque pas d'actions médiatisées telles les sorties sur le terrain, etc. Même la réunion de Koudougou du 25 septembre 2005 du BEN élargie aux membres de la « Coalition Hermann Yaméogo - le refus fondateur » qui faisait ersatz d'investiture n'a pas suscité de « boucan ». Et à la différence de certains autres candidats, son équipe éventuelle de campagne (si elle existait) n'a pas été largement portée à la connaissance du public.
Bref, cette absence remarquée sur le terrain de l'agitation et de la propagande en disait long sur les ambitions et les intentions de celui qui passait pour être l'un des porte-drapeaux de l'alternance au Burkina Faso.

Les raisons probables du retrait

Si officiellement les raisons avancées pour motiver ce retrait de candidature s'articulent autour de la « candidature illégitime et illégale » du président sortant et des insuffisances du fichier électoral informatisé, il reste qu'on ne pourrait passer sous silence d'autres considérations qui auraient pu aussi influer sur cette option historique.
Comme chacun sait, Hermann Yaméogo qui s'était presque requinqué à l'issue des législatives de 2002 a été, depuis, confronté à des difficultés de plusieurs ordres. Il a été débarqué en juin 2003 à la tête de l'ADF/RDA. Son frère de sang Salvador Yaméogo a démissionné de l'UNDD avec fracas en octobre 2004 . Outre les saignées qui s'opéraient presque à tout moment à travers des démissions de certains cadres du parti, certaines initiatives engagées en faveur de Hermann ou bénéficiant de son appui à l'image du comité pour la défense de la constitution (CODECO) n'ont pas souvent produit des résultats escomptés.
On peut penser que tous ces coups constituent inévitablement des indicateurs de contre performance. Surtout que les résultats des différents sondages du CGD (Faso baromètre I et II) ne le placent pas dans une situation confortable. De plus, on ne saurait exclure que la hantise des résultats du suffrage aient pu guider les stratèges de l'UNDD à afficher cette position, juste pour conjurer un « désastre » électoral éventuel.
Outre ces facteurs, il y a aussi que les esprits se souviennent toujours de certains termes du testament du géniteur de Hermann, feu Maurice Yaméogo divulgués par le fils lui-même. Est-il vrai que le père avant son repos éternel a t-il pu interdire à son fils de ne pas abandonner Blaise Compaoré ? Si oui , il est à observer que par respect des morts, la violation des testaments est un fait rare en Afrique.
Toutes ces hypothèses sont plausibles bien qu'elles ne résistent pas à l'analyse quand on les oppose à la personnalité de Maître Hermann Yaméogo. En effet, l'homme, que l'on l'aime ou pas, est un véritable animal politique. En tant que tel, ce serait grandement se tromper de croire que l'acte qu'il vient de poser ne s'inscrit pas dans une stratégie globale de conquête du pouvoir. Ni l'homme, ni son parti n'ont jamais imaginé un seul instant que la candidature du Président Compaoré pourrait être invalidée par le conseil constitutionnel. S'ils ont joué le jeu, c'est certainement parce que cela conforte leur démarche politique. Démarche qui ne sera pas sans incidence quelconque sur la période électorale surtout que l'ex-candidat et ses troupes ont du même coup appelé à la désobéissance civile conformément aux dispositions des articles 166, 167 et 168 de la Constitution.
Et nul n'a besoin d'être analyste politique pour percevoir que ce « renoncement » est l'ouverture d'une forme de combat qui pourrait, selon les différents protagonistes, avoir des dimensions et des conséquences sur l'ensemble de la faune et de la flore politique. L'avenir nous situera.

In fine, on pourrait dire avec ce retrait de candidature que Hermann Yaméogo (qui est en politique depuis les années 70 s'aura montré à l'opinion -à l'image de son frère Salvador-, qu'il est capable d'effets de surprise et de coups d'éclat. Est-ce par conviction ou par calcul ? Pour un pays qui est à la croisée des chemins comme le nôtre, où les gens se font parfois piéger par leurs propres turpitudes, la nature des choix et des options préoccupe moins que leurs conséquences. Alors, à quoi faut-il donc s'attendre ?