- Ouagadougou, Maison des retraités Antoine Nanga
- Bobo-Dioulasso, Secteur 15, au domicile de Mr Albéric Nignan, vice Président de
l’UNDD
- Koudougou, salle de conférence de l’Environnement
- Banfora, Maison des jeunes
- Diébougou, Maison de la femme

I.                   CONTEXTE

La politique africaine de la France n’a jamais été autant critiquée qu’au cours de ces deux dernières décennies. Il faut dire que la remise en cause du Discours de la Baule , qui a eu pour conséquence de raviver les excès de la politique africaine de la France , ne pouvait qu’exacerber les passions en Afrique mais aussi en France et ailleurs. En attestent les dénonciations d’intellectuels comme feu Mr Vershave, inventeur de la « Françafrique ».
La crise en Côte d’Ivoire, les interventions destabilisatrices de la Françafrique en maints endroits du continent, le rôle négatif joué par des multinationales, la rupture des relations diplomatiques entre le Rwanda et la France , auront constitué des exemples focaux de la crise dans les relations entre la France et l’Afrique.
L’UNDD a toujours été de ceux qui demandaient de repenser cette politique, non pas dans un esprit anti-français porteur de divorce mais dans la quête d’une relecture utile de cette coopération, pour en mieux faire partager les avantages de part et d’autre. A la veille des élections présidentielles de 2007 en France, le parti montrait sa préférence pour le candidat qui, une fois élu, revisiterait cette politique dans le sens de l’ expurger de ses travers et dérives.  
Cette position du parti a été réaffirmée à plusieurs reprises. Ce fut le cas lors de la visite du candidat Nicolas Sarkozy à Bamako et à Cotonou en mai 2006. Mathieu N’Do, secrétaire national chargé de la communication et porte parole de l’UNDD, juste avant ce voyage, reflétait en ces termes les attentes du parti par rapport à la sortie de Nicolas Sarkozy, le 15 Mai 2006 : «En définitive, la réussite de sa visite dépendra donc de sa capacité  à abandonner la langue de bois, à marquer sa différence avec la gestion passée…( …) … . Sa rupture africaine doit se singulariser par une distance avec les dictateurs africains et par la promesse d’aider à remettre la démocratie sur les rails …(..)…  Mais attention surtout à ne pas se faire endormir par les belles paroles du « charmeur » d’ opinion ! C’est aux actes, à sa capacité à formuler des propositions alternatives pour aider à réguler les flux migratoires, à promouvoir des pôles de développement viables en Afrique, qu’il sera jugé» (SOUS COTE 1). Ce fut également le cas après l’élection de Nicolas Sarkozy. En témoigne  l’ extrait suivant de cette déclaration du Parlement de l’UNDD, signée de son président, Adama Kogo : «C’est pourquoi je vous suggèrerai respectueusement de passer par des Etats généraux sur la politique africaine de la France , ouverts aux opposants, pour constituer une nouvelle banque de données plus fiables sur les réalités africaines qui préparent aux décisions futures ».(SOUS COTE 2).
Le Discours de Dakar est apparu au parti, à l’exemple de beaucoup, pareil à une douche écossaise, à un reniement des engagements pris à Cotonou et réaffirmés au lendemain des élections. Ceci sans compter avec l’itinéraire choisi pour ce premier voyage du président élu en Afrique : la visite à la  Libye de Kadhafi, au Sénégal de Me Wade et au Gabon du françafricain notoire, Omar Bongo Ondimba !
Toutefois, le message du 27 août dernier du numéro un français à ses ambassadeurs, dans lequel il leur demandait de lui répercuter le point de vue des Africains sur son Discours de Dakar et sur les attentes de la politique africaine de la  France , est apparu comme une prise en compte du mécontentement de l’Afrique et peut-être aussi comme une volonté de rectification sinon de repêchage.
La démarche ne pouvait que rencontrer l’agrément du parti pour l’avoir sollicitée, ainsi que déjà relevé. Pour les mêmes raisons, le rapport de Mr Hubert Védrine sur la politique extérieure de la France , qui préconise comme l’UNDD, un audit avant toute mise en œuvre de la politique, a été appréciée par le parti.
C’est donc tout naturellement que, prenant la balle au bond, le parti a organisé des concertations éclatées dans plusieurs régions du pays, dans le but de recueillir les  réactions souhaitées à la base, une synthèse du tout devant être faite pour transmission au Président Nicolas Sarkozy aux bons soins de Mr François Goldblatt, Ambassadeur de France au Burkina Faso.
Ce ne sera pas la première initiative du genre des responsables du parti en direction de la France. On se souviendra qu’il y a près d’une quinzaine d’années, anticipant sur la crise de l’immigration, une proposition avait été adressée aux autorités françaises et qui, sous le concept de « Back of Africa », ambitionnait (contre des contrats de retour, des programmes d’investissement structurants à haute intensité de main d’œuvre et d’intégration), de favoriser le retour des Africains dans leur continent et de limiter leur émigration. Beaucoup n’auront pas non plus oublié qu’au début de la crise en Côte d’Ivoire, des propositions qui ne seront pas tout à fait étrangères à l’idée de Marcoussis -discutées en forum en présence même d’ambassadeurs notamment celui de France-  avaient été transmises dans la perspective d’une rencontre en France des différentes parties prenantes au conflit ivoirien. Sans se bercer d’illusion avec la présente initiative, rien n’interdit d’espérer qu’elle puisse encore susciter quelque intérêt et faire cette fois-ci l’objet d’une meilleure prise en compte.

 

II.                CONCERTATIONS

Elles se sont tenues avec des animateurs provenant du Bureau Exécutif National de l’UNDD (à Koudougou avec El Hadj Amadou Dabo, vice Président et Marcellin Yaméogo, Commissaire national et ancien maire de Koudougou, à Bobo-Dioulasso avec Albéric Nignan, vice Président et Adama Kogo, Président du Parlement de l’UNDD) ou avec des modérateurs étrangers au parti (comme Yacouba Ouédraogo, Directeur de publication du journal « Le Citoyen ») ou du parti comme Mme Marlène Zebango, vice Présidente.
Au cours de toutes ces concertations ayant rassemblé des jeunes, des représentants d’associations et de médias, les discussions ont tourné autour du Discours de Dakar et de l’analyse critique de la politique africaine de la France. (SOUS COTE 3).
Des listes ont été partout ouvertes, ayant permis d’engager des discussions souvent passionnées mais toujours constructives parce que débouchant sur des propositions, dont la synthèse suit.

III.             RESULTATS DES CONCERTATIONS

* Sur le Discours de Dakar, les échanges ont souvent été houleux.
 Même si quelques-uns ont demandé de ne pas méconnaître les torts propres à l’Afrique et à ses dirigeants (torts constants depuis l’esclavage à nos jours) et de considérer les propos tenus à Dakar comme un aiguillon, un incitateur à l’action plutôt que comme une insulte,  la très grande majorité a mal reçu l’allocution et a  fortement appuyé les commentaires négatifs faits ici et là en réaction. Il s’en est même trouvé pour préconiser de rompre avec la France et de s’orienter vers des pays émergents à l’exemple de la Chine.
Yacouba Ouédraogo, conférencier invité à Ouagadougou, se demandera pour sa part ce que Nicolas Sarkozy a bien pu dire de la nouvelle relation entre la France et l’Afrique. Pour lui, « Rien ! De son discours arrogant, truffé d’injonctions et de tout ce qu’il peut y avoir de condescendance, on retiendra que Nicolas n’a aucune proposition quant aux rapports futurs de la France et de l’Afrique, ces rapports dont les Africains réclament la mise à plat ». L’un dans l’autre, l’impact du discours (il faut le dire en toute sincérité et amitié) reste négatif. (SOUS COTE 4). Et l’UNDD, qui n’est ni un ennemi de Nicolas Sarkozy et encore moins de la France , ne voudrait pas que ce discours colle à la peau du président français comme une tunique de Nessus.

* Sur l’analyse critique de la politique africaine de la France , il s’est également trouvé des intervenants pour souligner que tout n’était pas à jeter dans cette politique. A cet égard, il a été relevé sa contribution à la formation post-coloniale des cadres africains, notamment avec les bourses du Fonds d’aide et de coopération (FAC) tout comme le soutien accordé -grâce à l’activisme de la France par bien de pays à la lutte contre le sida, le paludisme..-,  par le biais de cette taxe sur les billets d’avion proposée par Jacques Chirac et qui est félicitée ici et là et en particulier par Nelson Mandela et par Bill Clinton. Il sera aussi relevé l’appui plus que conséquent (et jamais démenti) de la France au développement de plusieurs secteurs économiques (agriculture, élevage, infrastructures routières, équipements sociaux de base..) par le biais de diverses conventions de financement bilatérales ou multilatérales. C’est notamment le point de vue qui a été développé par Alexis Yaméogo, Secrétaire national chargé des questions juridiques et des droits de l’homme. Mais ici encore, de manière très largement majoritaire, ce sont les aspects négatifs qui ont été le plus mis en exergue : soutien aux dictateurs en place, validation d’élections bidouillées et de charcutage des constitutions déstabilisations des régimes, pillages économiques, durcissement des conditions d’émigration..  Le Vice Président Amadou Dabo insistera au cours de la concertation à Koudougou, sur les appuis budgétaires incontrôlables par nature, et qui constituent de véritables mannes aux gouvernants en place.

IV.              PROPOSITION SYNTHETIQUE

Les participants et notamment les jeunes, ont insisté sur l’urgence de faire un travail en interne pour inculquer un changement de comportement vis-à-vis de l’ex-métropole. Pour eux, il faut en finir avec cette attitude de colonisé attendant toujours d’être materné par la France. Ils ont insisté sur la nécessité d’une autostimulation pour un sursaut africain comme l’on fait par exemple les Asiatiques.
Mais la majorité a surtout préconisé une refondation des relations pour aboutir à une forme de partenariat gagnant/gagnant, ce qui a amené à aborder les notions de plan Marshall, de co-développement…, avec le souci, s’agissant de ce dernier concept, d’y mettre un contenu.
C’est dans ce sens que la proposition synthétique qui suit,  a été dressée.

Elle s’articule autour des trois points suivants :  politique, puis économique et social et enfin  diplomatique.
Sur le premier point, il importe de remettre en cause les multiples outils  qui ont participé du détournement de la souveraineté des Etats :

-         faire respecter les standards internationaux en matière de contrôle électoral de même que les engagements pris à Bamako dans une déclaration historique le 3 novembre 2000 posant les bases  d’une véritable  démocratisation du continent ;
-         rompre avec les rapports personnalisés, la politique des réseaux, faire connaître l’Afrique dans sa diversité notamment politique, ce qui doit obliger à revoir les stratégies médiatico-politiques pour combattre les clichés, l’action des lobbyistes en faveur des autocraties et au détriment des oppositions ;
-         faire de RFI, de TV 5 et généralement des médias français, des organes réellement ouverts à la diversité des opinions en Afrique ;
-         réduire la présence diplomatique de la France et la coopération lorsque les droits de l’homme et la démocratie sont bafoués ;
-         appuyer la Cour pénale internationale, voter une loi sur la compétence universelle comme l’ex loi belge ;
-         appuyer concrètement la lutte contre l’impunité en exigeant que certains dossiers soient activés ou réactivés au plan national ou élevés au plan international, le cas échéant  ;
-         éradiquer  le mercenariat d’Etat ;
-         démanteler les bases militaires françaises là où les peuples africains le demandent, revoir la philosophie et la mise en œuvre des systèmes RECAMP (Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix) et ANAD (Accord de non-agression et d’assistance en matière de défense)  pour éviter leur instrumentalisation ;
-         combattre les charcutages directs ou détournés des constitutions, sans accepter de valider, pour prescription ou fait acquis,  les tripatouillages déjà réalisés notamment pour déverrouiller la limitation des mandats ;
-         constater les droits de l’opposition comme étant constitutifs de nouveaux droits à protéger au plan international.

Mais tout aussi important, les Français, exécutants de cette politique africaine de la France , doivent éviter les frustrations que ressentent les partenaires africains du fait de la persistance des relations dominé/dominant, des insultes, humiliations et violences qui se manifestent à l’occasion des opérations de rapatriement et de la tentation d’emprunter à des critères raciaux dans les relations France/Afrique. Toutes choses que l’on ressent en filigrane :

*  premièrement  dans l’appellation du ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement (dont les termes «  identité nationale » ont choqué) ;
* deuxièmement,  dans l’expulsion bien souvent choquante des recalés à l’immigration ;
* troisièmement, dans la fixation de quotas d’expulsion comme faisait  Vichy pour plaire aux Nazis ;
*quatrièmement, dans ce projet visant à l'instauration de tests ADN pour vérifier l'authenticité des documents d'état-civil présentés lors des demandes de regroupement familial.

Au plan économique, les propositions sont les suivantes :
-         démanteler le Pacte néocolonial à travers la relecture des accords de coopération ;
-         adopter un Plan Marshall pour l’Afrique ;
-         supprimer les politiques d’appui budgétaire aux contours flous, qui ne favorisent pas les contrôles comme cela devrait être ;
-         engager une lutte efficace contre les transferts frauduleux des richesses mal acquises des gouvernants, des multinationales, des particuliers, en France par des dispositions législatives spéciales qui ne manqueront pas de réprimer à cet égard, le recel ;
-         privilégier dans la coopération le secteur privé (banques, associations), les collectivités territoriales, les communautés de base mais en veillant à ce qu’elles ne soient pas récupérées ;
-         revenir sur la décision de reporter à 2015 au lieu de 2012, la promesse de consacrer 0,7 % du PIB de la France à l’aide au développement ;
-         revoir la politique d’aide à la décentralisation pour qu’elle respecte scrupuleusement le triptyque : organes élus au suffrage universel, transfert de compétences, transfert de ressources ;
-         publier un rapport sur ce  que rapporte (directement et indirectement) la coopération tant à la France qu’aux pays africains puisqu’on entend trop dire que la France n’a rien à gagner avec l’Afrique ;
-         soutenir l’agriculture africaine en éliminant les subventions et d’une manière générale, revoir de fond en comble les Accords de partenariat économique afin de les expurger de tous les éléments qui peuvent fragiliser et voire même désarticuler les économies africaines naissantes au profit des économies des pays développés : il s’agira ici en particulier  de soutenir, par des actions concrètes, la revalorisation du prix des matières premières.
-         arrêter d’appeler du pied  nos intellectuels à s’expatrier car nous en avons besoin. La France l’a fait récemment et cela a provoqué un tollé ; on apprend aujourd’hui que ça continue puisque le commissaire européen pour la justice  affirme que l’Europe a  besoin de 20 millions de travailleurs immigrés et qu’elle entend appeler les travailleurs qualifiés d’Afrique et d’Asie en particulier, lesquels  auront des avantages s’ils viennent s’y installer, avec des cartes genre carte verte ;
-          donner de la consistance au concept de partenariat en pourvoyant le  co-développement d’un contenu et en le mettant en œuvre dans sa double dimension politique et économique : en effet, il ne faudra pas seulement  s’attacher à l’action au plan économique en continuant (pour ne pas déplaire aux dictateurs)  d’occulter les droits de l’homme, le politique, la démocratie. Le co-développement doit être un tout pour ne plus apparaître comme un gadget. Nous partageons totalement ces propos de l’intellectuel M. Kovalin Tchibinda : «En continuant à soutenir des dictateurs, il n’y aura pas de co-développement possible mais un accroissement de l’immigration dont les conséquences pour la France et l’Afrique seront désastreuses » ;
-         Faire un rapport annuel de l’état de l’aide à remettre aux parlements français et africains, et aux oppositions de tous les pays concernés.

Concernant la diplomatie, il est impérieux  :
-         d’appuyer l’intégration régionale vraie grâce à la mise en place d’un fonds d’intégration, pendant des fonds structurels européens ;
-         de combattre les ingérences ;
-         de multilatéraliser l’aide, les missions de médiation, d’interposition, de supervision des élections, de la politique d’immigration ;
-         de mettre en place un Haut Conseil de l’Aide pour mieux gérer cette aide qui, de notoriété publique, se perd grandement dans des circuits occultes et dans les  poches des gouvernants,  notamment par le biais de rétro commissions, d’expatriations frauduleuses et autres prévarications ;
-         de revoir, ainsi que  l’Association SURVIE le réclame,  ce domaine réservé de la politique extérieure de la France qui ne devrait plus être un domaine réservé mais un domaine du  Parlement. 

CONCLUSION

Le Discours de Dakar n’a pas été apprécié. On ne le dira jamais assez. Mais les participants ont partout insisté sur l’opportunité offerte par ce qu’on peut considérer comme  une main tendue du président français aux Africains avec ce message du 27 août 2007 aux Ambassadeurs de France à Paris. Il s’agit donc de dépasser les préjugés pour accepter ce dialogue sans précédent. L’accepter mais  l’ assortir de  propositions qui puissent concourir à la reformulation de cette politique africaine de la France , dans un sens plus équilibré et bénéfiquement profitable à tous. On verra alors, au pied du mur, ce que vaut le maçon !
De ce point de vue, Izidine Touré, Président de la Confédération panafricaine des jeunes (CPJ), a même proposé que cette rencontre, pour avoir plus d’impact, puisse être rééditée sous forme de séminaire ou colloque sous régional, ce qui a rencontré une réelle adhésion des participants.
Au total, le parti souhaite que Nicolas Sarkozy, qui s’est présenté à la grande satisfaction des peuples africains comme un réformateur de la politique africaine de la France , recadre son discours de Dakar et profite de sa deuxième tournée en Afrique pour esquisser les fondamentaux de la nouvelle politique africaine de la France.

Ouagadougou, le 19 septembre 2007

  Pour le Comité d’organisation

Mariam Ouédraogo                       Léandre Yaméogo           Abdul Fataph Savadogo

 

Secrétaire nationale                                                             Secrétaire national adjoint
Chargée de la promotion                  Membre du Conseil    chargé des femmes                                       Politique National        des droits de l’homme