MUNICIPALES 2006 : DIFFICULTES ET OBSTACLES A UNE REELLE DEMOCRATIE LOCALE

(Hebdomadaire San Finna N°360 du 24 au 30 Avril 2006)

Etre maire n’est pas une sinécure ! Si le prestige est incontestable, les responsabilités qui en découlent sont lourdes, si lourdes qu’en France par exemple, des hommes politiques acceptent de moins en moins de briguer un mandat municipal, autrefois très convoité, eu égard au manque de reconnaissance vis-à-vis des contraintes liées à leur sacerdoce et surtout vis-à-vis des poursuites judiciaires de plus en plus nombreuses dont ils sont l’objet. Ils sont légion en effet à être poursuivis, qui pour un ouvrage communal défectueux, qui pour un accident ayant entraîné mort d’hommes dans un stade municipal.... Une commune peut être ruinée en paiement de dommages intérêts ! Au Faso, pays anciennement colonisé, nous avons copié grosso modo le modèle de décentralisation français mais hélas, pas en ce qui concerne les conditions de la tenue du scrutin sur lesquelles il n’y a rien à redire (ou si peu) dans l’Hexagone. Si le prestige de la fonction attire bien de citoyens qui coûte que coûte veulent accoler à leurs noms le titre de « conseiller municipal », souvent bien plus par orgueil que pour autre chose, le problème des capacités humaines reste posé quand on connaît le niveau d’éducation des masses, et on se demande si on n’arrivera pas encore plus vite aux mêmes dérives que connaît la décentralisation française du fait des trop lourdes responsabilités que les communes pourront encore moins assumer qu’en France.

Chez nous, on se souvient que les délégués CDR, à l’époque révolutionnaire, avaient remplacé l’administration sur le terrain, pour prendre toutes les décisions locales. La suite fut pour certains des poursuites même si beaucoup, de par leurs accointances avec le système, ne furent pas inquiétés. Aujourd’hui, on a vu comment les populations ont crié leur ras-le-bol et exigé que des maires soient débarqués. Le pouvoir lutte encore à ce niveau pour éviter que les sanctions ne tombent ; il va même jusqu’à demander à nouveau à des maires incriminés de re-beloter pour ces élections, mais de plus en plus, les choses ne pourront plus se passer ainsi. Pourquoi ? Parce que les populations locales sont devenues plus exigeantes, plus regardantes sur la vie de leurs collectivités, toutes choses qui, il faut le reconnaître, participent de l’avancée de la démocratie.

C’est le lieu ici de faire une remarque : le pouvoir doit faire très attention car si les citoyens qui sont déjà largement déçus de la démocratie au plan national, voient qu’au plan local, on veut également les gruger, on aura tué tout espoir en eux et cela pourrait être source de déstabilisation dans tout le pays. Si les élections doivent mécontenter par leur non transparence, par leur caractère déloyal, puis par la suite, par l’absence de transferts suffisants de compétences et de ressources (comme cela s’annonce quand on lit le dernier compte-rendu du conseil des Ministres qui parle d’un « minimum » à faire pour les transferts, de processus graduel), il y a des risques que la décentralisation ne soit qu’un mirage. C’est d’autant moins gagné qu’on sent bien que, par les Gouverneurs interposés, nommés et non élus, le pouvoir veut toujours avoir la haute main sur les affaires locales.

On peut ajouter à ce stade de notre propos, qu’on a finalement imposé à la classe politique des élections pour lesquelles le report était demandé de façon générale pour permettre une participation des partis dans un cadre plus consensuel. Le simple fait que ce ne soient que deux partis de la mouvance présidentielle qui soient présents un peu partout, alors que des partis d’opposition, connus pour avoir de l’influence sur l’ensemble du territoire, n’aient pu aligner partout des candidats, prouve que de nombreux bâtons ont été mis dans leurs roues : rejets intempestifs de dossiers, achats de responsables locaux le jour même du dépôt des dossiers, tournées quasiment impossibles dans tout le pays par ces partis qui ne bénéficient pas, eux, des moyens financiers et de la logistique de l’Etat pour s’implanter et faire campagne, cautions lourdes pour des partis qui ne bénéficient que de miettes en termes de subventions étatiques quand ils n’en sont pas exclus du fait notamment des déstabilisations… A ce stade, on peut l’affirmer : la volonté populaire ne sortira pas des urnes. Elle sortira encore moins des urnes puisque, comme d’habitude, la transparence ne sera pas au rendez-vous.

Maintenant, que dire des débats des politiques pendant cette campagne ? Beaucoup, qui les ont suivis, ont remarqué qu’ils ne furent pas, en général, d’un bon niveau. Des responsables sont même intervenus comme des hurluberlus qui racontaient bien souvent n’importe quoi mais il ne faut même pas leur en vouloir mais plutôt en vouloir aux autorités qui ont accepté que le pays ait plus de cent partis dont la plupart sont inopérants 365 jours sur 365, excepté pendant les périodes électorales.

Et pour finir, il n’est pas inintéressant de prendre connaissance des réactions suite au micro-trottoir imagé sur la question suivante : «Quelles seront vos actions prioritaires si vous étiez élus maires ? ». Comme vous allez le constater, les réponses sont édifiantes et pourraient inspirer les prochains conseils municipaux et régionaux.

Kader Tondé, Etudiant : « Je suis de Koupela, et la toute première chose que je peux dire, c’est que la ville est sale. Très sale même, et si vous voyez que j’énumère ça en premier, c’est que le besoin d’une hygiène publique s’impose. J’oeuvrerai donc à ce que tout le monde, sans exception, participe à cet effort d’hygiène pour qu’on puisse y vivre dans un cadre de vie sain.

C’est une mesure importante parce qu’une fois qu’on est élu maire, on doit au moins travailler pour la santé des populations.

Une seconde chose qui n’est pas une moindre préoccupation là-bas, c’est l’absence de canalisations. Cet état de fait rend impraticables les routes et voies de la ville en période pluvieuse et peut même causer des inondations. Je ferai donc en sorte qu’une fois élu, des actions multiformes soient menées pour permettre la construction de canalisations dans les lieux appropriés.

D’autres problèmes se présentent et sont tout aussi cruciaux : le marché mal organisé, l’enclavement des villages, l’absence d’un cadre d’expression et de sensibilisation des jeunes..

Ce sont donc des problèmes qui, à mon avis, sont attaquables sur un mandat de 5 ans ».

Kabré Soumaïla, Commerçant : « Moi, je suis de Ouagadougou, et je ne vois pas en dehors des lotissements, ce que les maires des communes font qui puissent intéresser les gens. Tout de suite, je dirai qu’un maire doit savoir entrer en contact avec les populations et connaître leurs préoccupations. Ici, on ne sait même pas qui est conseiller municipal, pourquoi ces conseillers existent si ce n’est pour se faire élire et percevoir des perdiems. Si je suis maire, je pense que ce ne sera pas aux populations de demander une audience pour me rencontrer ; j’irai vers elles et tâcherai dans la mesure du possible, de gérer leurs problèmes ».

Belem Rasmané, Etudiant : « Il y en a qui disent qu’une fois élus maires, ils vont se payer des chiens dressés et marquer devant leurs portes « Chiens méchants ». C’est un peu ce que certains maires font en dehors du fait qu’ils se présentent devant les habitants des secteurs quand on les accuse de détournement de parcelles pour s’expliquer.

Je pense que si je suis maire (même si je n’y songe pas du tout), je ferais d’abord tout pour recenser ceux qui ont besoin impérativement de parcelles et je les attribuerais, dans la mesure du possible, au lieu d’en attribuer plusieurs à des gens qui n’en ont besoin que pour des spéculations.

Les jeunes au Faso n’ont pas d’abri. Quand ils ne sont pas chez leurs parents, ils sont dans des maisons en location avec leurs maigres moyens. C’est triste mais il faut penser aux démunis et travailler pour qu’ils vivent à l’instar des gens qui habitent à Ouaga 2000 dans des coins sécurisés, propres, éclairés..

Je pense qu’une fois maire, tout cela fera partie de mes tout premiers soucis. En 5 ans, on peut faire des merveilles, c’est juste une question de motivation, de volonté. C’est tout ! ».


Thierry Nabyouré