DECLARATION D’UN GROUPE DE PARTIS POLITIQUES SUR LES EMEUTES ET MANIFESTATIONS CONTRE LA VIE CHERE AU FASO ET SUR LES CRISES KENYANE, TCHADIENNE ET CAMEROUNAISE
Les soussignés, après avoir apprécié leurs convergences de vues par rapport à la crise de la gouvernance en Afrique et particulièrement au Burkina Faso, ont conclu à la nécessité de définir des moyens d’action pour y remédier. Ils ont par ailleurs partagé leurs sentiments au sujet des émeutes et opérations villes mortes sur la vie chère dont le pays a été et reste marqué, et sur les crises de gouvernance dont sont aussi l’objet le Kenya, le Tchad, le Cameroun et qui appellent leur solidarité.
SUR LES EMEUTES ET MANIFESTATIONS AU BURKINA FASO
Les déclarants ont d’abord -dans ce contexte de mondialisation libérale avancée- fait la part des choses entre les causes liées à la libéralisation des économies et celles purement nationales. Au Burkina Faso, ces dernières tiennent à la fois aux manipulations politiques (collusion entre les hommes politiques au pouvoir et le milieu des affaires), à la corruption multiforme, aux spéculations de certains acteurs économiques sur les marges au détriment des consommateurs et aux carences de formulation et d’application de la politique économique et fiscale du pouvoir. Ils ont convenu que ce dernier avait en sa possession tous les moyens pour prévoir ces émeutes et par conséquent, d’anticiper. Pour ne l’avoir pas fait, et ce en dépit des alertes dont il a eu connaissance (venant notamment des soussignés) il ne peut s’exonérer de toute responsabilité dans le déclenchement des émeutes et les conséquences qui s’en sont suivies. Il le peut d’autant moins qu’en détruisant minutieusement bien de soupapes démocratiques, il laissait se débrouiller sans leadership responsable, des citoyens en butte à leurs multiples problèmes d’existence.
Mais au-delà du débat sur la responsabilité, il y a que ces faits ne peuvent pas être l’œuvre exclusive de commerçants, de politiques en mal de revanche car ils sont sans conteste fondés sur un mécontentement lié à des causes profondes. Qu’il s’agisse des causes purement politiques comme des causes structurelles, il appartient au pouvoir de prendre des décisions fortes, de circonstances, dans ce contexte national de pauvreté et de misère.
Les partis signataires de la présente déclaration exigent certes des mesures de relèvement du pouvoir d’achat des Burkinabé mais plus encore, l’éclaircissement des perspectives d’avenir notamment par la restauration de la confiance dans la démocratie.
En effet, la vie chère ne s’est pas déclarée ex abrupto ; elle est le résultat d’une convergence de dérives. On la voyait venir dans la dilution du sens du service public, dans cette course effrénée à l’enrichissement illicite qui a été à l’origine d’une fracture sociale qui a atteint les limites de l’acceptable. On la voyait venir dans le verrouillage de la vie nationale par la captation des commandes politiques et économiques par les mêmes intérêts, ce qui constituait un terreau favorable à la corruption. Les émeutes se lisaient aussi dans la progression de la fracture nationale en raison des déséquilibres croissants constatés dans la présence et l’intervention de l’administration dans le territoire national comme dans l’échec de la décentralisation démocratique qui s’est retrouvée affligée des mêmes entraves qui ont eu raison de la démocratisation au plan national et que sont notamment la fraude, la corruption, la violence, l’impunité...
Lorsque les citoyens souffrent d’injustice dans leurs vies de tous les jours, manquant souvent jusqu’au minimum d’interventions sociales et qu’en plus ils voient chaque jour s’éroder davantage leur pouvoir d’achat, leurs libertés démocratiques alors que d’autres citoyens de ce pays deviennent de plus en plus riches, les conditions d’ émeutes et autres raccourcis se trouvent ainsi créées.
Ce dont il est question ici au fond, c’est moins des mauvais choix de politique économique et fiscale que des conséquences des déviances de la gouvernance à tous les niveaux. Ces déviances se compliquent à la fois des contradictions nées de l’enfermement du pouvoir sur lui-même, de son usure et de son autisme par rapport à la nécessité de construire l’intégration solidaire et structurée notamment par une coordination des politiques économiques nationales des pays de la sous région digne de ce nom.
Pour trouver des remèdes au ras le bol qui a conduit aux dernières violences et autres manifestations, il faut en effet agir à ces multiples niveaux, au lieu de se perdre en vaines incantations, prières et moult gesticulations médiatiques.
Ce n’est pas en investissant uniquement, par des opérations de « com », le vaste champ des affidés (coutumiers, religieux, opérateurs économiques, mouvements de droits de l’homme, partis politiques, Partenaires techniques et financiers) et en bandant les muscles à travers l’option du « tout répressif » que l’on règlera en profondeur le mal. C’est en allant, au-delà des convertis, vers les victimes, le peuple –sans le couteau entre les dents- qu’on prédisposera à des solutions de fond, lesquelles reviennent à un problème de gouvernance.
Mais dans l’immédiat, parmi les mesures les plus urgentes, l’Etat burkinabé doit agir sur plusieurs paramètres :
- libération des citoyens arrêtés ;
- revalorisation du revenu des travailleurs ;
- baisse effective des prix des produits de première nécessité y compris des hydrocarbures ;
- surveillance effective des lois sur la concurrence avec pour corollaire une remise en cause des
monopoles de fait accordés à des hommes et des femmes d’affaires du sérail (riz, lait…) ;
- lutte plus efficiente contre la fraude ;
- baisse du train de vie de l’Etat.
LES CRISES DE GOUVERNANCE AU KENYA, AU TCHAD ET AU CAMEROUN
Concernant les situations qui prévalent actuellement au Kenya, au Tchad et au Cameroun, les soussignés les ont analysées comme participant des dérives des gouvernances africaines liées à l’irrespect des constitutions et d’une manière générale, aux fondamentaux de la démocratie.
Ils ont affirmé à l’occasion leur attachement aux déclarations et mécanismes internationaux en faveur d’une démocratie durable en Afrique que sont notamment le Protocole additionnel de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance, la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, la Déclaration de Bamako.
Estimant qu’une paix durable ne peut se construire dans ces pays sans le dialogue démocratique, l’absolue soumission de tous aux termes de la démocratie, ils ont exprimé leur entière solidarité aux acteurs politiques qui font actuellement les frais de l’intolérance dans ces trois pays.
Ils ont exigé la libération immédiate des personnalités enlevées ou détenues au Tchad (Mahamat Saleh Ibni Ouma, Yorongar Ngarlegy Le Moïban, Lol Mahamat Choua) et un dialogue national inclusif, le respect de la volonté populaire telle que réellement sortie des urnes au Kenya, l’acceptation des principes qui favorisent l’alternance démocratique au Cameroun et principalement la sauvegarde de la constitution des manipulations aux fins de pérennisation au pouvoir.
Il reste évident que sans l’engagement plus désintéressé et plus actif de la communauté internationale à se faire l’artisan loyal d’une démocratisation durable en Afrique, les crises de gouvernance continueront à s’y manifester au plus grand bonheur des marchands d’armes et autres exploiteurs du continent, plus soucieux de stabilité, de régimes forts pour protéger leurs marchés et les voies d’accès à l’énergie que de droits de l’homme et de démocratie.
L’IMPERATIF DE LA REFONDATION DE LA GOUVERNANCE
C’est conscients de tout cela que les soussignés ont pris l’engagement de travailler à la formulation du dénominateur commun dans leur combat pour la Refondation de la gouvernance nationale qui, on le voit, en l’état de la situation nationale, est la seule réponse pour fermer la porte à l’aventure qui sollicite déjà le pays.
Fait à Ouagadougou, le 26 février 2008
Ont signé :
- L’Autre Burkina/PSR
Président national :
Dr Alain ZOUBGA
- Parti Républicain pour l’Intégration
Et la Solidarité (PARIS)
Président :
Cyril GOUNGOUNGA
- Parti national républicain/Juste Voie (PNR/JV)
Président :
Christian KONE
- Parti Socialiste Paysan (PSP)
Président :
Dr Jean-Jacques ZEBA
- Réveil Démocratique des Masses (RDM)
Président :
Eugène DIENDERE
- Rassemblement des Ecologistes du Burkina Faso (RDEBF)
Président :
Ram OUEDRAOGO
- Union pour la Démocratie et le Développement (UDD)
Président :
Clément Toubé DAKIO
- Union Nationale pour la Démocratie
et le Développement (UNDD)
Président :
Me Hermann YAMEOGO