ACCUSATIONS CONTRE HERMANN YAMEOGO : LES MONTAGES GROSSIERS DU MINISTRE BASSOLET
Déclaration liminaire à la conférence de presse du Jeudi
14 octobre 2004
" Et voici l'étau qui se resserre " sur Hermann YAMEOGO, Président
de l'UNDD, Député à l'Assemblée nationale, accusé
de " trahison et de collusion avec des puissances étrangères
hostiles au Burkina ". C'est le sens que le quotidien d'Etat SIDWAYA, dans
sa livraison du mercredi 13 octobre 2004, semble donner à cette "
nouvelle preuve accablante " qu'il a brandie, tel un trophée de
guerre, dans ce feuilleton où le journal lui-même a fini par convaincre
les plus sceptiques qu'il avait des comptes personnels à régler
avec Me Hermann YAMEOGO.
Cette " preuve accablante " n'est rien d'autre que la copie d'une " lettre ", que le Président Laurent GBAGBO de Côte d'Ivoire aurait envoyée, en date du 22 septembre 2004, à son homologue de Mauritanie auquel il recommandait Hermann YAMEOGO. Dans cette lettre, le Président Ivoirien, au sujet de ce dernier, aurait ainsi écrit " Par sa prédisposition à aider nos deux pays (la Côte d'Ivoire et la Mauritanie, souligné par nous) contre les agissements de nos adversaires et de leur allié le Président Blaise COMPAORE du Burkina Faso, il a pu recueillir des informations utiles sur la base desquelles j'ai déjà saisi notre collègue le Président John KUFUOR qui devrait convoquer un sommet d'urgence des Chefs d'Etat de la CEDEAO ". Et voilà donc confirmées les accusations de notre Ministre de la Sécurité, le Colonel Djibril BASSOLET, selon lesquelles Hermann YAMEOGO a bel et bien été reçu à Nouakchott le 22 septembre 2004 en provenance d'Abidjan d'une part et d'autre part qu'il est bien " la source des informations contenues dans la " lettre " que Laurent GBAGBO aurait adressée au Président en exercice de la CEDEAO, dont copies ont été amplement distribuées à la presse le 30 septembre et largement publiées par SIDWAYA dans sa livraison du 1er octobre 2004. Les " preuves " que le Ministre BASSOLET n'arrivait pas à administrer de ses affirmations viennent ainsi d'être jetées à la face du monde par notre quotidien national, décidément bien introduit dans le secret des enquêtes judiciaires en cours.
Que dire de cette " lettre " en tous points semblable à celle que le Ministre BASSOLET a déjà abondamment ventilée à la presse et inspirée du " fax envoyé à Noël YAMEOGO depuis un télécentre de Ouagadougou dont le numéro est connu ? ". Simplement que, pour le pouvoir et ses services de renseignement, la boucle semble bouclée.
Pour notre part, cette troisième pièce " à charge " vient jeter un éclairage aussi inespéré qu'attendu sur le caractère faux de tous les documents et autres preuves dont se sont jusqu'ici servi le Ministre de la Sécurité et le Parquet pour justifier aux yeux de l'opinion les graves accusations portées contre Hermann YAMEOGO et Noël YAMEOGO.
En effet l'examen, même sommaire, de ces trois documents révèle
tant d'insuffisances dans leur forme que de contradictions dans le fond, qu'ils
ne peuvent être que des faux, résultant d'une machination entièrement
conçue et exécutée à Ouagadougou, telle que le permettent
aujourd'hui les techniques informatiques.
Sur la forme des documents du Ministre
Il est de notoriété publique qu'une correspondance officielle
d'un Chef d'Etat se reconnaît au moins aux traits suivants :
- la présence visible, en en-tête, des armoiries de l'Etat ainsi
que du titre de l'auteur " Le Président de la République
" ;
- la référence de la lettre ;
- le cachet apposé à côté de la signature en fin
de correspondance.
De même, en ce qui concerne les fax (dont celui qui aurait été envoyé de Ouagadougou à Noël YAMEOGO et que les services de police auraient saisi dans les bagages de ce dernier), l'une de leur caractéristique d'authentification est la reproduction systématique en haut de page par exemple, par la machine qui reçoit, des références telles que la date de réception, le numéro téléphonique d'origine de l'envoyeur, le numéro de la page qui indique en même temps le nombre total de pages du document, etc.
Aucun des documents brandis jusqu'ici par le pouvoir ne contient ces éléments caractéristiques, donc ne résiste à cette analyse sommaire de forme. A l'heure des NTIC, tout le monde sait fabriquer toutes sortes de " preuves ", sauf les vraies.
Sur le fond
Là, les contradictions, trop criardes, finissent par trahir non seulement la fixation des auteurs de ces faux documents à prouver coûte que coûte les affirmations du Colonel BASSOLET et du Parquet, mais aussi la précipitation que cette fixation a engendrée dans leur conception.
En effet, les trois documents mentionnés plus haut cherchent à prouver deux choses :
1. que Hermann YAMEOGO était bien en Mauritanie en provenance d'Abidjan
le 22 septembre 2004 où il a été reçu par le Président
OULD TAYA. C'est le sens de cette dernière " lettre " brandie
par SIDWAYA, partie d'Abidjan et datée du 22 septembre 2004;
2. que la première lettre du Président GBAGBO à son homologue
du Ghana, et datée du 26 septembre 2004, a bien été rédigée
sur la base d'informations faxées (à Noël YAMEOGO) depuis
Ouagadougou le 23 septembre 2004.
Là où l'observateur se perd, c'est lorsque dans la " lettre
" datée du 22 septembre et recommandant Hermann YAMEOGO à
son Homologue Mauritanien, le Président GBAGBO indique clairement avoir
déjà saisi le Président John Kufuor ; pourtant, il ne le
fera effectivement, toujours selon les " preuves " du pouvoir Burkinabé,
que le 26 septembre, soit 4 jours plus tard !
De même, alors que les informations faxées de Ouagadougou à
Noël YAMEOGO qui, si on se fie toujours au Colonel BASSOLET, n'étaient
même pas encore parvenues à Abidjan à la date du 22 septembre,
le Président GBAGBO les avait déjà fait parvenir non seulement
au Président en exercice de la CEDEAO, mais les communiquait aussi à
Nouakchott où Hermann aurait été reçu par le Président
OULD TAYA.
Si le ridicule pouvait tuer !
C'est en raison de tout ce qui précède que les partis politiques
de l'opposition sus-cités :
· prennent à témoin l'opinion nationale et internationale
sur le caractère faux de tout le montage qui entoure cette n-ième
cabale de Monsieur Blaise COMPAORE visant à déstabiliser son opposition
et à écarter ses adversaires les plus dangereux des prochaines
élections présidentielles de 2005 ;
· mettent au défi le Colonel BASSOLET et le Parquet de prouver
l'authenticité des " pièces à charge" qu'ils
ventilent de façon insidieuse au travers d'une certaine presse, alors
que l'instruction est sensée rester secrète ;
· affirment que, faute de le faire, le pouvoir aura confirmé qu'il
tient à tout prix à salir l'image de l'opposition burkinabé
et de ses leaders, à l'approche d'élections capitales ;
· exigent, faute de preuves crédibles, l'arrêt de toute
cette mascarade et la libération immédiate de Noël YAMEOGO.
Pour les Partis signataires, le Comité de Suivi
GDP
Le Secrétaire Général
Issa TIENDREBEOGO
PAI
Le Secrétaire Général
Philippe OUEDRAOGO
PDP/PS
Le PrésidentJoseph KI-ZERBO
UNDD
Le Premier Vice-Président
Fidèle HIEN
UNIR/MS
Le Président
Bénéwendé S. SANKARA