| SENTIMENTS
DE ME HERMANN YAMEOGO
PAR RAPPORT A LA CONFERENCE DE PRESSE
DU CHEF DE L’ ETAT A KOSYAM
J’ai été d’abord surpris par les journalistes
Pascal Thiombiano, Alpha Barry et Rémi Dandjino. Si au début,
subjugués, ils se sont laissés prendre de haut, permettant
au chef de l’Etat -visiblement en forme de retour de ses vacances
helléniques- de leur en imposer, ils se sont vite ressaisis. Malgré
l’irritation dissuasive de Blaise Compaoré, par leur pugnacité,
leur audace et la technicité de bien de leurs questions, ils auront
plutôt gagné aux points, même si dans l’action
ils ont omis de mettre en débat certains sujets importants : crise
de la démocratie, fraudes, impunité.
J’ai ensuite éprouvé de la déception. J’escomptais
que l’opinion, sevrée de communication vraie, soit un peu
affranchie sur bien de préoccupations pesantes par ces temps qui
courent. Je croyais que l’échéance de cette fin d’année,
marquée par la signature des Accords de Partenariat Economiques
–APE- au détriment de notre économie, allait amener
Blaise Compaoré à formuler des contre-propositions à
ce véritable pacte colonial en réédition comme il
l’avait fait avec panache, il faut le reconnaître, à
propos des subventions. Je pensais que le contexte national dominé
par l’exacerbation des demandes sociales, par la hausse des prix,
par les conséquences dramatiques des calamités mal gérées,
par la soif accrue de sécurité et pour tout dire de réformes
institutionnelles, allait amener le chef de l’Etat à tourner
un peu plus le regard vers ces priorités nationales. Sauf la concession
sur le plafonnement des dépenses de campagne électorale,
la promesse sur la rationalisation des structures de contrôle de
l’Etat, l’engagement à ne pas sacrifier la qualité
à la quantité dans la politique d’éducation
et l’exposé des programmes portant sur la diversification
des filières agricoles, il a balayé bien de soucis majeurs
du peuple du revers de la main.
C’est l’impression que j’ai ressentie en particulier
lorsqu’il a refusé d’admettre que l’occupation
des médias par son frère se faisait envahissante, que les
marchés de l’Etat pouvaient se conclure dans des conditions
irrégulières et que nombre de travaux publics s’exécutaient
avec irresponsabilité, sans mise en cause de l’Etat, des
architectes ou des entrepreneurs pour leurs responsabilités encourus
en raison des vices cachés et autres malfaçons. La méconnaissance
que le chef de l’Etat a montré de certaines critiques populaires
comme l’impéritie du gouvernement à agir diligemment
dans l’affaire des violences entre agriculteurs et éleveurs
dans le Centre Sud a été aussi édifiante ; tout comme
son jugement au sujet de ces rapports d’ONG sur des cas de mal gouvernance,
pour lui sans intérêt parce que souvent montés de
toutes pièces. Que dire alors au sujet de l’évocation
de cette demande d’augmentation des salaires de 50 % faite par des
syndicalistes pour laquelle le Chef de l’Etat a été
cassant au lieu de laisser au moins la porte entrebâillée
?
Bref, son entêtement franchement affecté à soutenir
que ça va pour le mieux au Faso était passablement frustrant,
pour tout dire irritant.
A la vérité, nous avons eu plutôt droit à un
étalage d’arrogance, servi dans un décor des 1 001
nuits qui, plus que l’envie ou la fierté patriotique, ne
peut que susciter rancœur auprès de l’immense majorité
des Burkinabé en butte à l’exclusion sociale. C’est
dommage que Blaise Compaoré ait boudé la simplicité,
qu’il ait ignoré les attentes du peuple et son désir
de rénovation, en choisissant de fuir devant certaines questions,
de les travestir et voire même d’y répondre par des
contrevérités. Cet exercice de communication, qui aura été
en fait la représentation en grande première de Compaoré
roi du Burkina Faso, a eu par ailleurs ceci de renversant qu’il
s’est doublé d’un langage altier et marqué par
une dangereuse et provocante volonté de se complaire dans le non
droit et l’appropriation dynastique du Burkina Faso.
J’ai également relevé, au-delà des circonlocutions
dans le propos, des aveux de précipitations pour ne pas dire de
manœuvres mal ficelées, au sujet de l’envoi infructueux
de troupes en Côte d’Ivoire et de la proposition de médiation
au Niger pour laquelle nous avons été rabroués.
Par rapport à Taiwan, je trouve que Blaise Compaoré n’avait
pas besoin d’affirmer ses préférences en les appuyant
de piques et d’ironie inutile à l’endroit de ceux qui
ne pensent pas comme lui.
De la même façon, je ne crois pas qu’il ait été
convenable pour lui de nier ses relations avérées et dénoncées
avec Charles Taylor et surtout de jouer l’ignorant spécialement
au sujet de l’existence de ce rapport bien connu du 14 décembre
2000 des experts des Nations Unies suite à la Résolution
1306 relative à la Sierra Leone, épinglant son pouvoir.
A la réflexion, je ne crois pas que les ondes de déception
que répand cette conférence de presse, se ressentent uniquement
en dehors du cercle du pouvoir. Il en existe dans son propre camp, c’est
sûr, qui après la prestation n’en éprouvent
pas que du bonheur en barre.
Mais j’éprouve enfin un sentiment d’amertume. Après
tant d’épuisement de la part de Blaise Compaoré à
ficeler des médiations extérieures, courant après
on ne sait quoi, j’espérais comme beaucoup de Burkinabé
convaincus que pour un dirigeant, il n’y a pas meilleur rempart
que son peuple, qu’il fasse relâche au port, qu’il en
vienne au bout du compte aux médiations internes en souffrance
pour résorber les fissures en marche avancée qui menacent
la cohésion nationale. Las ! L’homme, qui pourtant a eu dans
le passé d’ultimes éclairs salutaires à des
périodes sensibles, a choisi cette fois-ci la fuite en avant, s’enfermant
dans une véritable bulle comme le font bien souvent ceux qui, repus,
grisés par le sentiment suprême de leur puissance, se donnent
l’illusion de l’éternité. S’il voulait
montrer qu’il se soucie comme d’une guigne du peuple, cette
conférence lui en aura amplement donné l’occasion.
Mais ce faisant, il aura aussi creusé plus profondément
ce penchant grandissant des Burkinabé à la désespérance
vis-à-vis de leur « démocratie », de leurs institutions
et des hommes qui les incarnent.
Pour en finir alors avec votre question, je ne sais pas, avec surtout
ces multiples manifestations d’allégeance -commandées
comme en régime unanimiste et plébiscitaire- pour célébrer
les 20 ans au pouvoir de Blaise Compaoré, ce que cela pourra enfanter
demain.
Ouagadougou, le 07/09/2007
Me Hermann YAMEOGO
Président de l’UNDD
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