Convoqué par son président en son lieu habituel de rencontre, le Bureau Exécutif National de l’UNDD s’est retrouvé en réunion extraordinaire, le mercredi 26 avril 2006 autour de la question centrale des élections municipales.
Pendant plus de deux heures, les membres présents ont fait le bilan de ces élections et pris des résolutions.
LE POINT ELECTORAL
Tous les intervenants ont relevé les graves périls qui menacent
la communalisation intégrale en raison notamment de la répétition,
à ce niveau sensible, de la fraude, de la corruption et de la violence
électorale d’Etat généralisée. Ils ont relevé
que ces faits gravissimes ont été perpétrés dans
le silence voire la complicité des forces de l’ordre, la participation
active des chefs traditionnels et bien évidemment la collusion parfaite
de la CENI et de ses démembrements.
La réunion a insisté sur les pratiques déloyales suivantes
:
- votes multiples grâce notamment à la fourniture de faux documents
(cartes d’électeur, faux livrets de famille, faux actes de naissance,
fausses cartes d’identité). Plusieurs des fraudeurs ont été
conduits manu militari à Koudougou, à Ouahigouya et ailleurs dans
les locaux de la police ou de la gendarmerie avec des éléments
probants.
- votes par anticipation relevés un peu partout ; plus de 1.700 cas seront
ainsi détectés rien qu’au secteur 6 de Koudougou, et la
CECI en a fait elle-même la constatation.
- listes parallèles ayant empêché ceux qui ont boycotté
l’élection présidentielle de voter pour les municipales
mais qui ont mis à la disposition des fraudeurs des cartes non distribuées
pour qu’ils votent en lieu et place de leurs authentiques détenteurs
qu’on savait être de l’UNDD.
- A cela sont venues s’ajouter des listes additives injectées en
masse et sans publication préalable dans l’après-midi du
vote et qui ont permis, avec la complicité des structures de la CENI,
d’aggraver le viol du suffrage électoral.
La corruption, pour être un fait récurrent à chaque consultation, n’en a pas moins choqué en raison de son caractère global et encore plus massif comme l’ont relevé les uns et les autres. Dans le Sud Ouest, dans le Centre Ouest, le Kadiogo, bref dans toutes les régions où des candidats du parti étaient en lice, des familles ont été «visitées ». Des sommes d’argent ont été remises à des chefs de village, à des candidats de l’UNDD pour les convaincre de voter pour le parti au pouvoir. A la Sissili, des responsables du parti ont ainsi surpris quelques-uns de leurs candidats qui faisaient la démobilisation parce qu’on leur a donné à chacun 100.000 fcfa. La faiblesse de l’être humain n’excuse pas la corruption d’Etat !
Il y a eu aussi les intimidations, les actes de violence, constatés
à Ouahigouya, à Koudougou, où un candidat et un militant
du parti ont même été physiquement agressés par les
fraudeurs. Au Kadiogo, de telles intimidations ont également eu cours
alors qu’à Bittou, des candidats ont été menacés
de mort en public avant et pendant les élections, et continuent d’être
harcelés au point de déposer plainte à Tenkodogo. Dans
le Zoundweogo, le Bazega, le Kadiogo, les chefs traditionnels ont menacé
tous ceux qui voteraient pour un autre parti que le CDP et en particulier pour
l’UNDD. Une procession a même été organisée
pendant le scrutin par le chef de Béré pour célébrer
la mort de la « panthère ». Les menaces y furent si fortes
que des candidats durent s’exiler afin de ne pas être obligés
comme d’autres, de voter pour le CDP parce qu’ayant été
mis en garde que si un seul bulletin était retrouvé dans l’urne,
ce serait le leur et alors là, il leur en cuirait !
Dans beaucoup d’autres circonscriptions, une autre forme de menace a été
dénoncée par les membres du BEN : le chantage aux terres et aux
parcelles. Tous ceux qui voteraient pour l’UNDD seraient interdits de
parcelles ou se verraient retirer leurs terres. Cela a été dit
dans le Houët, le Tuy, le Ziro, la Sissili… . Une menace revenait
toujours : «Si vous votez pour l’UNDD, en raison de la haine viscérale
que voue le chef de l’Etat à Me Hermann Yaméogo, vous n’aurez
pas d’aide ».
Face au caractère intégral de ces faits, aggravés par l’inertie
des forces de l’ordre, la complicité active des structures électorales
et la relation édulcorée qu’en ont fait bien des médias
et des observateurs électoraux, les membres du BEN ont tiré de
tragiques conséquences de cette énième violation de notre
Constitution pour l’avenir de l’opposition et du pluralisme si aucune
action de salut public n’était engagée pour sauver la démocratie.
ACTIONS DE SALUT PUBLIC POUR SAUVER LA DEMOCRATIE
Les participants n’ont pas été surpris par le déroulement
du scrutin et par ses résultats qui sont loin de refléter la réalité
du terrain. Il y a longtemps qu’ils dénoncent l’inféodation
de la CENI au pouvoir, l’informatisation calamiteuse du fichier électoral.
Le parti avait décidé de s’inscrire à la compétition
électorale dans un but éducateur mais aussi pour aider les militants
à comprendre les vrais enjeux de la communalisation que ses leaders ont
toujours demandée depuis 1978, sachant cependant que malgré les
ambitions aiguisées à la base, il serait difficile d’endiguer
les faits de fraude, de corruption et de violences d’Etat (l’Observateur
Paalga du 03/04/2006, le Sidwaya du 10 avril 2006) . Après avoir été
victime de coups d’Etat permanents, d’un acharnement destructeur
sans pareil depuis le Front Populaire, après avoir été
taillé en pièces à plusieurs reprises, jeté en pâture
à l’opinion par nombre de médias, la prouesse, c’est
d’avoir réussi à garder la tête émergée
en obtenant plus de 200 conseillers malgré une compétition pipée
de bout en bout.
C’est donc la preuve que le message du parti passe et que le peuple lui
donne raison de ses prises de position et de celles de son président
par rapport à la politique nationale et internationale du pouvoir et
par rapport en particulier à l’élection présidentielle
du 13 novembre 2005. Pour le BEN, en dénonçant jusqu’au
bout la violation de l’article 37 et l’informatisation catastrophique
du fichier électoral et en tirant la conclusion logique qu’il ne
fallait pas prendre part à la mascarade, l’UNDD a posé et
pose à la conscience de tous les Républicains, de tous les Démocrates,
la question de la légitimité de Blaise Compaoré.
Les participants ayant donc convenu que les périls les plus graves pesaient
sur l’opposition et sur la démocratie, ont exhorté le parti
à continuer à assumer ses responsabilités de veille démocratique,
à s’engager personnellement et en collaboration avec les partis
de l’opposition authentique, pour obtenir une pause dans ce processus
électoral qui s’est totalement dévoyé.
Ils ont, après avoir stigmatisé le déphasage total entre
la lettre de la Constitution et la pratique démocratique, relevé
que c’est ainsi que naissent généralement les révolutions.
Pour se prémunir contre de telles ruptures inscrites dans la logique
des évènements que nous subissons, il faut agir. Pour les membres
du BEN, au moment même où des partis du giron présidentiel
condamnent la collusion entre la CENI et le pouvoir, le mauvais déroulement
des élections et exigent leur reprise, l’UNDD ne saurait être
en deçà de ces demandes.
C’est pourquoi l’UNDD en appelle à l’intensification
de la lutte pour obtenir le seul remède qui vaille : un dialogue inter
burkinabé permettant de reprendre tout l’ouvrage démocratique.
Des instructions ont été données pour des initiatives à
prendre en direction des organisations internationales, des Chancelleries, des
partis d’opposition, des partis frères des pays voisins afin de
souligner l’urgence des mesures à prendre pour arrêter cette
dérive suicidaire parce qu’elle porte en elle les germes d’une
corrosion des valeurs morales et démocratiques irréversible et
d’une rupture de la cohésion sociale et nationale.
Les membres du BEN, dans une atmosphère pathétique, ont relevé
que les Burkinabé étaient à la croisée des chemins.
De deux choses l’une : où bien ils rendent les armes et décident
soit d’aller planter des choux, soit de rallier un quelconque des partis
de la mouvance présidentielle pour être « pépères
» et laisser le pouvoir parachever sa monarchisation, où bien ils
décident de faire front, de créer les conditions d’un rapport
de forces qui amène les partenaires à s’impliquer et le
pouvoir à comprendre qu’il ne gagne rien dans sa fuite en avant.
C’est cette dernière position qui a été unanimement
arrêtée au cours de la réunion.
Avant de lever la séance, le BEN a tenu à féliciter l’ensemble des militants du parti, les candidats et les conseillers élus. Bien que sachant que la persécution à l’endroit du parti ne peut que continuer, qu’il n’en manquera pas par ailleurs pour succomber à la tentation de vendre les conseillers de l’UNDD au parti majoritaire ou à ses alliés, il appelle les élus à la vigilance, à la probité et à la cohésion pour garder le cap pour l’impératif national : le refus fondateur, la reprise de tout le processus démocratique, la restitution au peuple de son pouvoir souverain. Des mots d’ordre appropriés suivront.
Le Président
Me Hermann YAMEOGO