Déclaration liminaire
Mesdames et Messieurs les journalistes,
Chers invités,
Camarades militantes et militants de la Coalition Me Hermann Yaméogo,
Merci de votre présence à cette conférence de presse qui
clôture les travaux de la " Coalition Me Hermann Yaméogo ".
Depuis ce matin en effet, nous travaillons pour mettre la dernière touche
aux documents fondamentaux de notre coalition en vue des prochaines consultations.
Trois commissions ont planché ces derniers temps sur lesdits documents
et à leur suite, la Coalition s'en est saisie pour, après amendements,
les adopter.
Il s'agit des préalables pour les élections à venir, du
programme chiffré et de la stratégie électorale.
S'agissant des préalables, l'objectif visé est de dénoncer
les atteintes à la Constitution et à la loi électorale
et d'en obtenir réparation avant la tenue des différents scrutins.
Nous continuons ainsi nos dénonciations au sujet de l'application abusive
que l'on fait de la non-rétroactivité des lois à la révision
de l'article 37 et exigeons toujours conséquemment le strict respect
de la limitation du mandat présidentiel à deux termes. De la même
façon, nous refusons l'adoption du nouveau code électoral en fraude
du précédent issu d'un consensus et revendiquons le rétablissement
de l'équilibre passé. Quant au tripatouillage du calendrier électoral,
qui a abouti à décaler les municipales après la présidentielle,
nous tenons à le dénoncer, à demander sinon le retour à
la situation ante, l'organisation concomitante des deux scrutins. Nous condamnons
vivement les propos suivants du premier Ministre lors de son Discours sur l'état
de la Nation le 15 avril dernier : " La fixation des prochaines consultations
municipales au 12 février 2006, s'explique amplement par des raisons
techniques et ne saurait faire l'objet de marchandages politiques. Dans tous
les cas, le Burkina n'a plus le droit à l'erreur en matière d'élections,
depuis le succès retentissant enregistré lors des législatives
de mai 2002 ". Pour nous, ils sont inacceptables voire insultants.
Au titre de ces préalables, il s'agira d'une manière générale,
Mesdames et Messieurs, d'obtenir des mesures de transparence pour protéger
le processus électoral en amont et en aval. Il n'est pas superflu de
relever dès maintenant que nous avons constaté sur l'ensemble
du territoire national, à l'occasion de l'opération d'inscription
sur les listes électorales, des fraudes qui sont de nature, par leur
caractère massif, à compromettre dès à présent
la sincérité du scrutin. Nos inquiétudes maintes fois émises
par rapport à la multiplicité des pièces autorisées
pour les inscriptions font des dégâts que l'informatisation n'est
pas toujours en mesure de prévenir. C'est en toute connaissance de cause
que nous avons demandé et continuons de demander la réduction
de ces pièces et à tout le moins, l'insertion de la photo de l'électeur
sur sa carte. Un proverbe moré dit que " celui qui trébuche
et se retrouve par terre doit, en se relevant, regarder sur quoi il a trébuché
".Nous sommes à la veille d'élections capitales qui risquent
de faire chuter le processus électoral. Il convient dès à
présent, si l'on veut l'éviter, d'éliminer les obstacles
qui jalonnent le parcours électoral.
Au cours de la conférence, preuves à l'appui, nous en débusquerons
quelques-uns pour mieux alerter l'opinion nationale et les partenaires au développement.
Pour le programme, la Coalition a fait l'état des lieux de la mandature
en cours d'achèvement. Compte tenu du bilan négatif, elle se propose
d'impulser en cas de victoire, une politique de rupture et de restructurer en
conséquence l'Etat afin de lui permettre de réaliser une gouvernance
basée sur un partage équitable des pouvoirs et des richesses.
Une autre gouvernance qui réhabilitera les fonctions de l'Etat, rétablira
la confiance dans les institutions et entre gouvernants et gouvernés.
Au-delà de la re-fondation qui sera ainsi entreprise au plan politique,
institutionnel et au plan économique tout au long du quinquennat à
venir, des mesures prioritaires seront prises et qui concerneront entre autres
: la dissolution de l'Assemblée nationale, la révision de la Constitution,
l'émancipation de la justice de la tutelle de l'Exécutif, l'augmentation
des salaires de 15 %, la réduction du train de vie de l'Etat notamment
avec la fin des dépenses de prestige, l'apurement en justice des dossiers
pendants, la déconnexion du Comité national de lutte contre le
sida de la Présidence, la diminution du coût des carburants, la
liquidation des droits des travailleurs déflatés, l'adoption d'un
cahier de charges pour les médias d'Etat et leur désaffiliation
du pouvoir politique.
Ces mesures prioritaires concerneront aussi le réexamen de la procédure
de privatisation et la reprise de certaines décisions auxquelles elle
a abouti et qui touchent les secteurs clé de l'économie : SONABEL,
ONEA, SONABHY, la ré-affectation de la destination des résidences
présidentielles essaimées dans le pays comme du Palais de Ouaga
2000 afin de satisfaire des demandes sociales. La Coalition mettra urgemment
en place, dans le cadre de la lutte contre la corruption, un Observatoire de
l'Aide pour en assurer la traçabilité. Elle sollicitera dans les
mêmes diligences un effort de solidarité fiscale aux couches les
plus favorisées pour la mise en uvre de la nouvelle politique sociale
du gouvernement ; le barème d'imposition des personnes physiques sera
révisé dans ce sens.
La Coalition prendra rapidement des mesures pour mettre un terme à l'incivisme
fiscal et aux privilèges injustifiés et injustifiables qui obèrent
les finances publiques. A ce sujet, la TVA à l'importation sur certains
produits (cigarettes, boissons alcoolisées, véhicules de luxe..)
sera revue à la hausse de même que les bénéfices
des monopoles fiscaux notamment en ce qui concerne le monopole des tabacs ;
et au niveau de la douane, des réformes seront entreprises pour améliorer
les taux de recouvrement des différents postes douaniers.
Dans le cadre de la politique de paix et de bon voisinage, des discussions seront
immédiatement engagées pour vider les contentieux qui existent
entre notre pays et certains autres comme la Côte d'Ivoire, le Libéria,
la Sierra Leone, l'Angola
Il sera mis fin à la politique d'asile
accordé aux rebelles qui donne du Burkina Faso la réputation d'un
Etat mercenaire.
Enfin concernant le troisième document, la stratégie électorale, vous accepterez s'agissant d'un document par définition confidentiel, que nous ne soyons pas prolixe sauf à vous dire qu'il s'attache à l'organisation de la campagne à tous les niveaux.
Mesdames et Messieurs les journalistes,
En attendant que l'opinion et vous-mêmes soyez saisis de tous ces documents
après leur mise en forme, nous nous devions de vous en donner les grandes
lignes.
Mais vous comprendrez aussi que, saisissant l'occasion, et au-delà des
documents fondamentaux, nous abordions par ailleurs les questions brûlantes
de l'heure. Il s'agira particulièrement de l'augmentation inexorable
du prix des carburants, de la pauvreté actuellement exacerbée
par une famine en cours dans le Sahel que le Niger et le Mali ont eu le courage
de dénoncer mais sur laquelle nos autorités se taisent parce que
cela pourrait écorner l'image qu'elles veulent donner de leur gouvernance
paisible et porteuse de bien-être. Il s'agira également du chômage
des jeunes, de l'insécurité et de quelques autres questions intéressant
le contexte international particulièrement mouvementé pour ne
parler que de l'affaire Taylor/Compaoré, du Togo ou du référendum
en France sur le traité constitutionnel.
Voilà esquissés les contours de notre tête-à-tête. Mais avant d'ouvrir le jeu des questions/réponses, nous devons avoir une pensée pour le Président Sangoulé Lamizana qui vient de nous quitter. L'homme a eu, au regard de l'histoire de son pays dont il a été acteur au premier chef, des positions honnêtes et courageuses qui ont renforcé ses qualités humaines reconnues. Honorons sa mémoire et exprimons s'il vous plaît à sa famille, notre solidarité par une minute de silence.
Merci encore pour votre présence et aussi pour votre écoute.
Ouagadougou, le 1er Juin 2005
La Coalition Me Hermann YAMEOGO