CONFERENCE DE PRESSE DE LA
COALITION ME HERMANN YAMEOGO
(Salle de conférence de l'Eau Vive, le 1er Juin 2005)

Déclaration liminaire


Mesdames et Messieurs les journalistes,
Chers invités,
Camarades militantes et militants de la Coalition Me Hermann Yaméogo,


Merci de votre présence à cette conférence de presse qui clôture les travaux de la " Coalition Me Hermann Yaméogo ". Depuis ce matin en effet, nous travaillons pour mettre la dernière touche aux documents fondamentaux de notre coalition en vue des prochaines consultations. Trois commissions ont planché ces derniers temps sur lesdits documents et à leur suite, la Coalition s'en est saisie pour, après amendements, les adopter.
Il s'agit des préalables pour les élections à venir, du programme chiffré et de la stratégie électorale.
S'agissant des préalables, l'objectif visé est de dénoncer les atteintes à la Constitution et à la loi électorale et d'en obtenir réparation avant la tenue des différents scrutins. Nous continuons ainsi nos dénonciations au sujet de l'application abusive que l'on fait de la non-rétroactivité des lois à la révision de l'article 37 et exigeons toujours conséquemment le strict respect de la limitation du mandat présidentiel à deux termes. De la même façon, nous refusons l'adoption du nouveau code électoral en fraude du précédent issu d'un consensus et revendiquons le rétablissement de l'équilibre passé. Quant au tripatouillage du calendrier électoral, qui a abouti à décaler les municipales après la présidentielle, nous tenons à le dénoncer, à demander sinon le retour à la situation ante, l'organisation concomitante des deux scrutins. Nous condamnons vivement les propos suivants du premier Ministre lors de son Discours sur l'état de la Nation le 15 avril dernier : " La fixation des prochaines consultations municipales au 12 février 2006, s'explique amplement par des raisons techniques et ne saurait faire l'objet de marchandages politiques. Dans tous les cas, le Burkina n'a plus le droit à l'erreur en matière d'élections, depuis le succès retentissant enregistré lors des législatives de mai 2002 ". Pour nous, ils sont inacceptables voire insultants.
Au titre de ces préalables, il s'agira d'une manière générale, Mesdames et Messieurs, d'obtenir des mesures de transparence pour protéger le processus électoral en amont et en aval. Il n'est pas superflu de relever dès maintenant que nous avons constaté sur l'ensemble du territoire national, à l'occasion de l'opération d'inscription sur les listes électorales, des fraudes qui sont de nature, par leur caractère massif, à compromettre dès à présent la sincérité du scrutin. Nos inquiétudes maintes fois émises par rapport à la multiplicité des pièces autorisées pour les inscriptions font des dégâts que l'informatisation n'est pas toujours en mesure de prévenir. C'est en toute connaissance de cause que nous avons demandé et continuons de demander la réduction de ces pièces et à tout le moins, l'insertion de la photo de l'électeur sur sa carte. Un proverbe moré dit que " celui qui trébuche et se retrouve par terre doit, en se relevant, regarder sur quoi il a trébuché ".Nous sommes à la veille d'élections capitales qui risquent de faire chuter le processus électoral. Il convient dès à présent, si l'on veut l'éviter, d'éliminer les obstacles qui jalonnent le parcours électoral.
Au cours de la conférence, preuves à l'appui, nous en débusquerons quelques-uns pour mieux alerter l'opinion nationale et les partenaires au développement.

Pour le programme, la Coalition a fait l'état des lieux de la mandature en cours d'achèvement. Compte tenu du bilan négatif, elle se propose d'impulser en cas de victoire, une politique de rupture et de restructurer en conséquence l'Etat afin de lui permettre de réaliser une gouvernance basée sur un partage équitable des pouvoirs et des richesses. Une autre gouvernance qui réhabilitera les fonctions de l'Etat, rétablira la confiance dans les institutions et entre gouvernants et gouvernés. Au-delà de la re-fondation qui sera ainsi entreprise au plan politique, institutionnel et au plan économique tout au long du quinquennat à venir, des mesures prioritaires seront prises et qui concerneront entre autres : la dissolution de l'Assemblée nationale, la révision de la Constitution, l'émancipation de la justice de la tutelle de l'Exécutif, l'augmentation des salaires de 15 %, la réduction du train de vie de l'Etat notamment avec la fin des dépenses de prestige, l'apurement en justice des dossiers pendants, la déconnexion du Comité national de lutte contre le sida de la Présidence, la diminution du coût des carburants, la liquidation des droits des travailleurs déflatés, l'adoption d'un cahier de charges pour les médias d'Etat et leur désaffiliation du pouvoir politique.
Ces mesures prioritaires concerneront aussi le réexamen de la procédure de privatisation et la reprise de certaines décisions auxquelles elle a abouti et qui touchent les secteurs clé de l'économie : SONABEL, ONEA, SONABHY, la ré-affectation de la destination des résidences présidentielles essaimées dans le pays comme du Palais de Ouaga 2000 afin de satisfaire des demandes sociales. La Coalition mettra urgemment en place, dans le cadre de la lutte contre la corruption, un Observatoire de l'Aide pour en assurer la traçabilité. Elle sollicitera dans les mêmes diligences un effort de solidarité fiscale aux couches les plus favorisées pour la mise en œuvre de la nouvelle politique sociale du gouvernement ; le barème d'imposition des personnes physiques sera révisé dans ce sens.
La Coalition prendra rapidement des mesures pour mettre un terme à l'incivisme fiscal et aux privilèges injustifiés et injustifiables qui obèrent les finances publiques. A ce sujet, la TVA à l'importation sur certains produits (cigarettes, boissons alcoolisées, véhicules de luxe..) sera revue à la hausse de même que les bénéfices des monopoles fiscaux notamment en ce qui concerne le monopole des tabacs ; et au niveau de la douane, des réformes seront entreprises pour améliorer les taux de recouvrement des différents postes douaniers.
Dans le cadre de la politique de paix et de bon voisinage, des discussions seront immédiatement engagées pour vider les contentieux qui existent entre notre pays et certains autres comme la Côte d'Ivoire, le Libéria, la Sierra Leone, l'Angola…Il sera mis fin à la politique d'asile accordé aux rebelles qui donne du Burkina Faso la réputation d'un Etat mercenaire.

Enfin concernant le troisième document, la stratégie électorale, vous accepterez s'agissant d'un document par définition confidentiel, que nous ne soyons pas prolixe sauf à vous dire qu'il s'attache à l'organisation de la campagne à tous les niveaux.

Mesdames et Messieurs les journalistes,
En attendant que l'opinion et vous-mêmes soyez saisis de tous ces documents après leur mise en forme, nous nous devions de vous en donner les grandes lignes.
Mais vous comprendrez aussi que, saisissant l'occasion, et au-delà des documents fondamentaux, nous abordions par ailleurs les questions brûlantes de l'heure. Il s'agira particulièrement de l'augmentation inexorable du prix des carburants, de la pauvreté actuellement exacerbée par une famine en cours dans le Sahel que le Niger et le Mali ont eu le courage de dénoncer mais sur laquelle nos autorités se taisent parce que cela pourrait écorner l'image qu'elles veulent donner de leur gouvernance paisible et porteuse de bien-être. Il s'agira également du chômage des jeunes, de l'insécurité et de quelques autres questions intéressant le contexte international particulièrement mouvementé pour ne parler que de l'affaire Taylor/Compaoré, du Togo ou du référendum en France sur le traité constitutionnel.

Voilà esquissés les contours de notre tête-à-tête. Mais avant d'ouvrir le jeu des questions/réponses, nous devons avoir une pensée pour le Président Sangoulé Lamizana qui vient de nous quitter. L'homme a eu, au regard de l'histoire de son pays dont il a été acteur au premier chef, des positions honnêtes et courageuses qui ont renforcé ses qualités humaines reconnues. Honorons sa mémoire et exprimons s'il vous plaît à sa famille, notre solidarité par une minute de silence.

Merci encore pour votre présence et aussi pour votre écoute.

Ouagadougou, le 1er Juin 2005

La Coalition Me Hermann YAMEOGO