A la veille de la présidentielle du 13 novembre 2005, le Burkina Faso,
pour l'observateur averti, a tout d'une marmite qui bout. La situation de contestation
larvée que couve le pays, est liée cependant à des données
structurelles et non conjoncturelles. Le ras-le-bol ambiant s'explique par un
besoin perceptible de renouvellement des hommes et des méthodes de gestion,
par une lassitude vis-à-vis d'un pouvoir en place depuis trop longtemps
et dont la gestion, de l'avis de beaucoup, a dérivé sur des pratiques
peu orthodoxe.
A Ouagadougou donc, malgré les échéances électorales qui se rapprochent, ce dont on parle le plus, c'est de la démission du pouvoir de son devoir d'assurer la sécurité à tous. Ce qui préoccupe, c'est la fracture qui n'en finit pas de déraper entre riches et pauvres. Le cauchemar, c'est la famine qui sévit dans plusieurs endroits du pays autant que l'augmentation du prix du carburant qui semble parti pour une embardée sans retour.
A Ouagadougou, ce qui alimente les conversations, c'est le choléra mal combattu, c'est cette démocratie qui prend chaque jour un peu plus d'eau, la justice qui a " foutu " le camp depuis longtemps, la corruption multiforme qui emporte le pluralisme politique, médiatique, syndical, et qui ruine la crédibilité des contre-pouvoirs de la société civile. Et en toile de fond, revient, lancinante dans les discussions, la question des ingérences avec ses multiples implications, les interrogations au sujet de la tenaille qui se referme sur Charles Taylor avec la possible remontée de la chaîne de responsabilité jusqu'à son ami et complice, Blaise Compaoré. De tout cela, la ville de Ouagadougou est chargée, comme le ciel de nuages, avant la pluie.
Pendant ce temps, à Ziniaré, le village en modernisation forcée du président Blaise Compaoré, le " gotha " de la majorité présidentielle s'est retrouvé le 11 août dernier pour, entre agapes et libations, officialiser sur des airs de flonflon, une troisième candidature de l'homme qui a surgi dans l'arène politique en 1983 avec ses frères d'armes, Thomas Sankara, Boukary Lingani, Henri Zongo, et qui depuis, les trois autres éliminés par ses (bons) soins, se retrouve seul aux commandes du navire Faso. Bientôt 22 ans de service politique aux premiers postes !
Mais immédiatement après, le 12 août précisément, comme le berger répondant à la bergère, " Alternance 2005 ", regroupement de 14 partis d'opposition, dans une ambiance moins frugale, a tenu une conférence de presse pour attaquer cette candidature, pour en stigmatiser le caractère indécent au regard du bilan négatif du septennat qui s'achève mais, surtout, illégale, illégitime au regard de la Constitution de juin 1991 qui en son article 37 toujours en vigueur (en dépit des deux révisions), a fixé à deux le nombre de mandats présidentiels.
Dans " Alternance 2005 ", l'Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD) est incontestablement l'un des partis dont le verbe est le plus haut et sur lequel, en juste retour, le pouvoir voudrait le plus que tombe la foudre. Ce n'est pas faute du reste pour lui de s'y atteler. Après avoir réalisé en juin 2003, avec le soutien actif du ministère de l'Administration territoriale et de la Décentralisation, un coup d'état dans l'ADF-RDA que Me Yaméogo présidait, l'obligeant à créer l'UNDD, après avoir débauché des élus et des cadres de son parti, tenté de lever son immunité parlementaire, après avoir confisqué son passeport (qui lui fut restitué après un référé), le ton est monté.
Le ministre de la Sécurité, Djibril Bassolet, qui accuse sans en avoir donné les preuves, le président de l'UNDD de déstabilisation et qui ne s'est pas gêné pour dire ouvertement aux confrères de l'Obervateur Paalga dans son numéro 6.314 du 19 janvier 2005 : " Si j'en avais la possibilité, j'aurais liquidé l'UNDD ", vient en effet d'affirmer avec une désinvolture effarante dans un autre hebdomadaire local, Le Pays, dans son numéro 3.417 du 14 juillet 2005, que Maître Hermann Yaméogo avait l'intention, avec des complicités extérieures, de " rééditer un 13 décembre " (assassinat du journaliste Norbert Zongo et de ses compagnons d'infortune, ndlr). Comble de cynisme, s'écrie-t-on dans l'opposition, quand on sait que les enquêtes ont révélé que le quadruple assassinat a impliqué des hommes de la garde rapprochée de François Compaoré, le propre frère du président Blaise Compaoré lui-même soupçonné pour le moins, dans l'affaire, de recel de malfaiteur !
Et dans cette tentative de liquidation de l'UNDD, émaillée de provocations, de menaces, de péripéties en tout genre, on note la révocation brutale et inappropriée, de l'avis majoritaire de l'opinion, du maire UNDD de Koudougou, Marcellin Yaméogo, seul maire de l'opposition, dont la conduite de la mairie au demeurant était des plus efficaces, soulignent les médias locaux comme l'Evénement n° 73 du 10 août 2005.
A l'entame de l'élection présidentielle, cette décision, alors qu'aucun différend n'était signalé dans la gestion de la municipalité, ni par une motion du Conseil ni par des marches, des protestations populaires, a été interprétée par l'opinion comme une autre manifestation de la volonté du pouvoir de faire mal à Hermann Yaméogo.
Pour Marlène Zebango, surnommée la dame de fer, ancienne ministre des Sports et de la Jeunesse, actuellement députée à l'Assemblée nationale, vice-présidente du parti, " le président de l'UNDD est la tête de turc du pouvoir, et cela depuis longtemps ". Et d'expliquer que " ceux qui, aujourd'hui, gèrent ce pays ne sont pas des étrangers pour nous ; depuis longtemps, certains d'entre eux nous ont montré leur amour absolu de l'injustice, l'aridité de leur cur, leur absence d'âme, en un mot, leur nature complètement inhumaine ". Et Marlène Zebango de poursuivre : " L'acharnement dont ils font montre contre l'UNDD et son leader en est une des preuves. J'affirme que acharnement, injustices, troisième mandat espéré sur le base de fraudes, etc. ne changeront rien à notre détermination de les 'bouter' hors du pouvoir et de ramener ce pays dans le chemin du droit et du développement pour tous ".
Quant à Salif Ouédraogo, économiste, secrétaire général du parti, député et président du groupe parlementaire Justice et Démocratie (dont font partie les 5 députés de l'UNDD), " Trop c'est trop. Le pouvoir en place souffre d'un phénomène d'usure, il a atteint un stade d'autisme irréversible ". Et de s'expliquer : " Ce pouvoir n'entend plus les complaintes du peuple meurtri et désabusé. Il a réussi 'l'exploit' d'accentuer les disparités de toutes natures et à tous les niveaux de la vie nationale. Au plan social, la pauvreté ne fait que s'accentuer avec plus de 46% de la population vivant en-dessous du seuil de pauvreté. La famine, qui était dans les années 80 à 90 localisée dans des régions précises, tend de nos jours, à se généraliser un peu partout dans le pays, le moral des populations est au plus bas. Au plan économique, poursuit Salif Ouédrago, c'est la morosité, la sinistrose au niveau des acteurs moteurs de la croissance économique. Les privatisations sauvages ont été un échec car mal conduites et surtout, souvent inopportunes avec leurs cortèges de malheurs (licenciements abusifs, absence de plans de réinsertion véritables ). Cet autisme voulu ou supposé, empêche les gouvernants d'entendre les clameurs qui s'élèvent de plus en plus pour plus de justice, de démocratie, de citoyenneté, de rigueur dans la lutte contre la corruption, la fraude et les exclusions de toutes natures ".
Pour sa part, Mathieu N'Do, porte-parole de l'UNDD, les prouesses dont se glorifie le pouvoir, la croissance positive continue, c'est de la " gonflette " : " l'économie est dopée notamment par des injections d'argent aux origines douteuses ; ce sont des investissements peu productifs qui sont réalisés au bénéfices des nantis et qui sont concentrés dans les villes, ce qui explique que la misère ne cesse de croître avec toutes les frustrations qu'on imagine. Et cette situation explique que le Burkina Faso soit irrémédiablement scotché en antépénultième place selon les rapports annuels du PNUD ".
A l'UNDD, on affirme que Blaise Compaoré est un danger pour le Burkina et la sous-région. Me Yaméogo s'en explique : " Les conditions sanglantes de son accession au pouvoir, les crimes en série qui ont été commis au plan national comme international tout au long de ses mandats, ont décidé Blaise Compaoré à prendre le parti de se protéger en fortifiant son pouvoir pour s'en recouvrir définitivement comme d'un parapluie. Il y est aidé par les puissances qui l'ont soutenu pour prendre le pouvoir et qui ont intérêt, pour leur image et celle de leurs pays, que l'histoire fasse définitivement certaines impasses. Ce qui explique que Blaise Compaoré bénéficie, malgré les exactions commises, d'appuis extérieurs et qu'il puisse, sans que cela ne suscite quelque véritable émotion que ce soit, brider la démocratie en interne, entreprendre de faire régner la " Pax Françafrica " dans la sous-région, au prix de coups d'état, de guerres civiles et de mercenarisation de bien des Etats ".
Ce point de vue au Burkina Faso est largement partagé par la jeunesse et particulièrement, par la célèbre Union générale des étudiants du Burkina (UGEB) qui, lors de son dernier congrès, a souligné que le pouvoir " veille jalousement à la sauvegarde des intérêts français au Burkina Faso et dans la région. En retour, il bénéficie du soutien et de la protection de la France, ce qui lui permet ses ingérences grossières dans les conflits d'autres Etats africains (Côte d'Ivoire, Libéria, Sierra Leone, Guinée-Conakry, Angola, etc. ").
Pour Me Yaméogo, les conséquences que les partenaires techniques et financiers tirent au plan économique de la mondialisation, sont bien différentes de celles qu'ils en tirent au plan politique : " La démocratie et les droits de l'homme ont besoin d'être organisés, protégés au plan universel au même titre que le marché. C'est loin d'être le cas, sinon Blaise Compaoré n'aurait pas la liberté de faire tout ce qu'il fait : fermer la porte à tout dialogue démocratique, en exprimant le mépris le plus souverain vis-à-vis des contre-pouvoirs et particulièrement, des partis d'opposition qu'il divise, achète à tour de bras en foulant aux pieds leurs droits garantis par les lois et la Constitution ; sinon, il ne pourrait jamais briser ainsi l'égalité qui doit exister entre partis politiques finançant certains sous prétexte d'en faire des alternatives crédibles (ce qui entraînerait du reste des remous et sa révocations dans tout autre pays de démocratie véritable) ; il ne pourrait non plus faire tomber le chef de file de l'opposition dans son escarcelle, crime grave contre la démocratie ".
" C'est cette tolérance pour ne pas dire cette complicité de la communauté internationale, qui a autorisé Blaise Compaoré à détricoter patiemment les mailles des acquis démocratiques, de revenir sans état d'âme sur ceux-ci et d'écarter du revers de la main toutes les demandes de l'opposition relatives à la tenue d'élections loyales ", poursuit Me Yaméogo, qui égrène à cet égard quelques-unes des demandes non satisfaites de l'opposition et pourtant si indispensables, dit-il, à un minimum d'équité dans le scrutin :
représentations proportionnelle au plus fort reste, objet d'un consensus
national, balayé et remplacé d'autorité, malgré
des marches, par le système de la représentation proportionnelle
à la plus forte moyenne, moins juste ;
renvoi des élections municipales prévues par la loi pour septembre
2005, en février 2006, en dépit des protestations, le pouvoir
n'entendant prendre aucun risque de voir l'union sacrée de l'opposition
rafler les municipalités et hypothéquer en conséquence
les chances de succès de la majorité à la présidentielle
;
interdiction de créer des cellules des partis politiques dans l'administration
(ce que le parti-Etat a recommencé à faire depuis quelque temps,
jouant ainsi de chantage à la promotion, aux missions à l'extérieur
sur les fonctionnaires !) ;
non restructuration des instruments électoraux (Commission électorale
nationale indépendante, Conseil supérieur de l'information) afin
de les rendre indépendants ;
refus du vote des Burkinabé de l'étranger ;
refus d'accepter les aménagements spécifiques et techniques plus
directement liés à la votation : la mise en ligne sur internet
des listes électorales ayant servi aux élections de 2002 ; la
remise du code d'accès du fichier informatisé à l'opposition
alors qu'il est entre les mains du seul Cenatrin, structure proche du pouvoir
; généralisation pour les scrutins à venir de la carte
d'identité infalsifiable ou à défaut délivrance
des cartes d'électeur sur la base d'un seul document d'identification
pour éviter les votes multiples ; le flashage des photos des électeurs
et l'apposition de leurs empreintes digitales sur les cartes d'électeurs
pour éviter le vote des " morts ", comme cela été
accepté en Côte d'Ivoire dès les élections d'octobre
2005 ; le paraphe du bulletin unique tout au long des opérations de vote
et au vu de tous et non en début des opérations de vote ; l'abandon
de l'encre indélébile au profit de techniques électroniques
plus fiables utilisées notamment au Cambodge et en Haïti ; l'interdiction
de la présence permanente dans les bureaux de vote, des chefs coutumiers
Quelle valeur auront aux yeux de la communauté internationale, des élections
organisées dans de telles conditions ? Si cette communauté se
préoccupait vraiment de la paix, de la promotion des droits de l'homme
et de la démocratie, elle aurait renforcé les conditionnalités
démocratiques dans la thématique de l'aide. Et là, des
régimes comme celui de Blaise Compaoré, n'auraient pas pu faire
ce qu'ils ont fait au niveau de la gouvernance.
Il n'aurait pas pu, entend-on constamment dans les rangs de l'opposition, galvauder comme il l'a fait la démocratie, piétiner la Constitution, permettre au clan qui le soutient de mettre l'économie sous coupe réglée, asservir la justice. Il n'aurait pas pu être préservé de poursuites devant la Cour spéciale sur la Sierra Leone contrairement à Charles Taylor et sa responsabilité dans les différents conflits sous-régionaux (notamment en Côte d'Ivoire) aurait été clairement affirmée. Mais on évite d'officialiser ses responsabilités dans ces drames comme on évite de mettre à nu ses responsabilités pénales ou politiques dans de nombreux crimes d'Etat commis dans le pays parce qu'il a su s'aménager des protections en rendant " utile " aux ambitions hégémoniques de certains pays.
" Je ne m'explique pas l'attitude timorée de certaines puissances comme les USA. Je comprends encore moins la position des pays scandinaves, du Canada, de la Suisse, de la Grande-Bretagne qui ont toujours été plus regardants sur les droits de l'homme, la démocratie et la vocation des peuples africains à en jouir au même titre que tout le genre humain et qui laissent des prédateurs dangereux ravager la sous-région ", souligne Hermann Yaméogo. C'est parce qu'il refuse de se faire sur ces dérives, affirment les lieutenants du président de l'UNDD que Blaise Compaoré voue aux gémonies leur président qui demeure l'opposant qu'il ne pourra soumettre ni par la menace ni par la corruption mais surtout l'opposant qu'il craint le plus parce qu'il le sait supérieur à lui.
Sur la question de la crise en Côte d'Ivoire, le président de l'UNDD estime qu'à défaut d'oser poser le problème des responsabilités, " il faut déjà impliquer Blaise Compaoré, l'un des parrains les plus remuants, comme une partie prenante dans la résolution de la crise en Côte d'Ivoire et étendre à son gouvernement les obligations auxquelles sont liés les protagonistes ivoiriens signataires des différents accords dans le cadre du règlement de la crise. Tant que la communauté internationale occultera l'influence du pouvoir burkinabé dans la crise, elle fera du Burkina Faso une base arrière permanente pour les rebelles qui y ont toujours tiré les soutiens les plus divers pour faire perdurer la crise dans leur pays ".
Au moment où des messages de sédition, d'incitation à la guerre civile sont lancés en direction du régime ivoirien par des militaires en sédition, Hermann Yaméogo voit l'avenir de la sous-région en noir. " Il faut mettre hors d'état de nuire Blaise Compaoré. Il a suffisamment sévi dans la sous-région et même au-delà. Une comptabilité serrée des ravages causés par ses implications, en termes de vies humaines, de blessés, de violés comme en termes de dégâts infrastructurels, dans les guerres de prédation en Sierra Leone, au Liberia, en Angola, en Côte d'Ivoire mesurerait le mal qu'il a fait en Afrique de l'Ouest en particulier. Il faut arrêter d'autant plus rapidement les frais qu'il ne semble pas, ainsi que le rapportent des rapports d'ONG et en particulier David Crane, l'ancien procureur du Tribunal spécial sur la Sierra Leone, prêt à rompre avec ses habitudes dévastatrices. Il faut, sinon l'extraire du pouvoir comme on l'a fait d'Aristide et de Taylor, lui donner injonction ferme de ne pas violer une fois de plus la Constitution en outrepassant l'interdit de l'article 37. Ce genre d'injonction a été utilement donnée à Sao Tomé et Principe et au Togo ; il s'avère encore plus nécessaire pour le Burkina Faso et la sous-région soumis à des crimes en série toujours plus monstrueux les uns que les autres. Pour faire face à l'expansion de l'insécurité dans l'ensemble de la sous-région, pour contrer les risques d'extension du conflit au Burkina Faso, il est aussi impératif de positionner des forces impartiales autres que la Licorne et les actuelles forces qui composent l'ONUCI entre la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso ". Demande déjà exprimée, soulignera l'opposant, à l'époque où le journaliste du quotidien, Le Monde, Stephen Smith, écrivait que la frontière entre les deux pays était devenue, par la force des choses, une véritable " passoire " rendant illusoire l'efficacité de tout embargo.
Si Blaise Compaoré avait déjà, le président de l'UNDD l'a souligné, des raisons de verrouiller la démocratie, il en a encore plus en raison de la situation en Côte d'Ivoire : " Il ne veut pas que son adversaire Laurent Gbagbo lui survive au pouvoir. Il n'aurait pas pu terminer le travail qui lui a été commandé le 19 septembre 2002 et il aurait dans le duel qui les oppose, été battu, ce qui justifie sa détermination à fouler aux pieds l'article 37 de la Constitution et à passer en force le 13 novembre prochain ".
Pour l'UNDD et plus généralement pour " Alternance 2005 ", cela n'aura pas pour autant effet de lui donner un quitus constitutionnel ni de légitimer le hold-up sur le quinquennat à venir car aux yeux de la majorité des Burkinabé, qui savent que nul Burkinabé ne peut assumer trois mandats successifs, son élection (murmure-t-on de plus en plus à Ouagadougou et d'ailleurs) serait contraire à la Constitution. Lors de sa conférence de presse du 12 août 2005, le regroupement a réaffirmé sa " détermination à barrer la route à cette candidature illégitime, illégale, et indécente de Blaise Compaoré ", poursuivant : " ce qui s'est passé hier soir à Ziniaré au Palais de Blaise Compaoré, conduit " Alternance 2005 " à protester vigoureusement Nous avons décidé d'adresser une nouvelle fois une lettre ouverte à Blaise Compaoré, pour lui rappeler l'obligation à respecter la Constitution, obligation d'autant plus forte qu'il en est aujourd'hui le garant. Nous vous informerons ultérieurement des actions futures de " Alternance 2005 " dans son combat pour barrer la route à l'imposture de Blaise Compaoré ".
A Ouagadougou, en ce mois d'août, les nuages sont perceptibles pas seulement en raison de la pleine saison des pluies mais parce que le fond de l'air est dominé par des malaises et par de sombres prédictions. Les assurances médiatiques sur un scrutin sans encombres qui sera emporté haut la main par le président sortant ne peuvent pas tromper l'il vigilant. A mesure que l'on resserre les boulons et que la mainmise du régime se confirme sur tous les pouvoirs et que se dissipe dans l'opinion la possibilité d'une alternance loyale, à mesure que les fractures se nourrissent du mécontentement dans l'armée, les déséquilibres criards entre les régions du pays, ou en vient de plus en plus, en désespoir de cause, à rêver à des solutions moins républicaines. A l'opposition, les plus pessimistes n'écartent même pas des risques de guerre civile lorsqu'ils mesurent l'impunité dont bénéfice le régime Compaoré pour être le bras armée, le " capo " de la France qui lui mégote d'autant moins son soutien qu'il en sait beaucoup trop.
Bertrand Zingoré,
A Ouagadougou