Accord de Ouagadougou
De grâce, n’en faisons pas trop !

Le Pays du 26 juillet 2007 - L'Observateur Paalga du 26 juillet 2007

Après l’attentat qui a fait 4 morts, blessé plus d’une dizaine de personnes et qui a failli coûter la vie à Guillaume Soro, premier Ministre ivoirien, le bruit a couru que ce dernier aurait demandé et obtenu que l’armée burkinabé s’occupe de sa sécurité.
J’ai personnellement été rassuré en entendant les premiers représentants des Forces Nouvelles et le premier Ministre lui-même, démentir cette rumeur au sortir d’un conseil de Ministres. Une telle décision me semblait contenir des risques à ne pas encourir quand on pense à notre implication supposée ou réelle dans le conflit.
Mais le gouvernement burkinabé vient de saisir l’Assemblée nationale d’un projet de loi relatif à l’envoi d’un contingent de 150 militaires en Côte d’Ivoire pour y intégrer les Forces de l’ONUCI. Mes craintes reviennent.
Peut-être que l’Assemblée va donner son aval. D’ailleurs elle va le donner. Avec sa composition actuelle et sa soumission traditionnelle et forcée à l’Exécutif, il serait impensable qu’elle dise non. Et comme l’opposition n’est que l’ombre d’elle-même à l’Assemblée, le texte passera comme une lettre à la poste.
Mais aussi faible que soit ma voix, je voudrais la faire entendre et exprimer mon opposition à une telle décision.
C’est une réalité que les pays africains vivent des situations difficiles au plan économique et social. La politique des contingents des Nations Unies est donc une occasion pour beaucoup d’engranger des sous et de profiter de l’occasion pour (c’est selon) contenter les amis ou éloigner du pays pour quelque temps, les fortes têtes. C’est vrai aussi qu’empêtrés dans le dossier ivoirien et préoccupés de nous retrouver seul en première ligne -alors que la raison de Laurent Gbagbo gagnait en force et que la communauté internationale avait hâte de retirer ses billes- envoyer des troupes dans ce pays pouvait nous faire apparaître comme des sauveurs, des Zorro. Cela pouvait surtout aider à classer dans le domaine du passé et de l’oubli tous ces soupçons qui pesaient sur nous. Il est aussi incontestable que Laurent Gbagbo, hier traité de tous les noms, est devenu aujourd’hui comme une femme que tout le monde courtise. Mais malgré tout cela, et parce qu’il s’agit surtout de la Côte d’Ivoire, je trouve que nous devrions nous garder d’y envoyer des troupes. Les raisons sont simples.
Nous avons été accusés d’avoir parrainé les rebelles qui ont tenté ce coup d’Etat qui a dégénéré dans la guerre et la division du pays. Nous devons être beaucoup plus réservés et nous attacher surtout à faire aboutir la médiation pour laquelle le chef de l’Etat a été missionné par la CEDEAO. Ce n’est vraiment pas la peine d’aller se chercher des problèmes en terre éburnéenne. Un contingent burkinabé en Côte d’Ivoire me semble aussi inopportun parce qu’il risque de frustrer les FDS/CI comme les FDS/FN. Quant aux forces impartiales et au 43 ème BIMA, cela ressemblerait tout simplement à un désaveu que d’y envoyer des soldats burkinabé juste après l’attentat de Bouaké pour lequel beaucoup, à tort ou à raison, les accusent d’y avoir une part de responsabilité.
Je suis tout à fait un chaud partisan du dialogue direct et je me réjouis pour mon pays et pour la Côte d’Ivoire qu’il ait été sanctionné par l’Accord de Ouagadougou. C’est l’occasion pour les Ivoiriens de retrouver la paix et de se reconstruire pour être en mesure de reconstruire leur pays. C’est l’occasion aussi pour nous, Burkinabé, de nous retirer d’une sale passe.
Mais pour moi, l’accent doit être prioritairement mis sur le soutien à accorder aux Ivoiriens pour qu’ils recouvrent l’entièreté de leur souveraineté, pour qu’ils réunifient leur armée et ramènent l’administration sur toute l’étendue du territoire, toutes choses qui leur permettront d’aller dans de meilleures conditions aux élections.
Notre souci à nous, Burkinabé, comme à tous ceux qui veulent sincèrement aider les Ivoiriens, c’est de permettre –maintenant que la paix semble en voie de reconquête- que les forces impartiales quittent effectivement le territoire national. Mon sentiment serait même que cela s’étende au 43 ème BIMA.
Ce n’est donc pas en ce moment, et alors que des contingents de l’ONUCI continuent d’avoir des comportements condamnables en Côte d’Ivoire qu’il faut en renforcer les contingents.
Je félicite encore le dialogue direct et l’Accord de Ouagadougou mais je trouve tout à fait déplacé l’envoi de soldats burkinabé en Côte d’Ivoire.

Ouagadougou, le 24 juillet 2007


Deval Milogo (Tel : 70 24 56 68)
Secrétaire national aux relations extérieures de l'UNDD