San Finna N°404 du 12 au 18 Mars 2007 Le dialogue direct inter ivoirien a abouti à l’accord de Ouagadougou. Nous avons tendu notre micro pour savoir ce que des politiques en pensent au Faso. Voici les deux questions que nous avons posé à quelques-uns d’entre eux : « Que pensez-vous de cet accord ? Etes-vous enclin à croire que cette fois-ci, nous sommes partis pour la vraie sortie de crise ? » -
Alexandre SANKARA, Secrétaire général du FFS : A plusieurs reprises, on a parlé d’un gouvernement nouveau, du désarmement… mais jamais on a vu sur le terrain les protagonistes travailler pour une application sincère après les accords. J’ai l’impression –surtout au Burkina- qu’on présente ces accords comme étant un trophée de guerre, comme étant la clé de sortie de cette crise. Mais à mon sens, il n’en est rien. C’est vrai que Blaise Compaoré est présenté comme le parrain des rebelles et qu’il va certainement peser de tout son poids. Mais une question subsiste tout de même : est-ce que Blaise lui-même n’a pas été pris dans un piège ? S’il n’acceptait pas cette médiation, il aurait confirmé ce qu’on dit de sa relation avec les rebelles ; alors, il était contraint d’accepter cette médiation. Mais le problème est qu’en Côte d’Ivoire, en l’état actuel des choses, chacun trouve son compte. La situation de ni paix ni guerre arrange Gbagbo autant que les rebelles, ce qui fait que je suis vraiment pessimiste ».
Dès que j’ai appris que c’est le président Blaise Compaoré qui devait assurer cette médiation, j’étais sûr que le résultat allait être très positif parce que je connais ses capacités de médiation, son charisme et son sens élevé de la paix. Ce résultat, qui était attendu par de nombreuses personnes, prouve que les médiations africaines sont toujours meilleures à ce que nous avons l’habitude de voir. Nous avons déjà déclaré plusieurs fois qu’il fallait que les Africains règlent eux-mêmes leurs problèmes au lieu de laisser les Etats du Nord (la communauté internationale) se mêler. Je le dis parce quand la communauté internationale s’en mêle, c’est pour nous donner des solutions qui les arrangent. Je voudrais néanmoins regretter que la Résolution 1721 des Nations Unies qui préconisait des élections pour octobre 2007, ne soit pas en cette partie respectée. Je m’attendais à ce qu’un travail soit fait par tous les protagonistes pour que cela puisse être réglé. Mais 3, 4, 5 mois de plus, ce n’est pas bien grave par rapport à la durée de la crise. Je voulais aussi m’interroger sur la faisabilité de ces accords parce que cette crise ivoirienne arrange les différents protagonistes. Elle arrange le régime en place, les rebelles, les opposants. On a le sentiment que ceux qui en pâtissent, ce sont les peuples ivoirien et voisins. Je voudrais qu’au Burkina, les autorités prennent conscience de cela et qu’en Côte d’Ivoire, les protagonistes réalisent cela et qu’à l’occasion de ces accords, ils prennent toutes les dispositions pour que leurs divergences ne continuent pas à pourrir la vie de leurs concitoyens et celle des populations des pays voisins. Je pense que la date prévue pour la tenue d’élections est très éloignée mais comme c’est déjà fait, nous ne pouvons que dire « vaut mieux tard que jamais ». Il faut donc que les résultats de ce dialogue soient immédiatement mis en œuvre ».
Thierry
Nabyouré
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