DEMOCRATIE
EN NAUFRAGE
A QUAND UN PLAN DE SAUVETAGE ?
|
Actuellement, on n’en a que pour les premiers jours d’exercice
du pouvoir du premier Ministre. C’est vrai qu’en matière
de prises de contact, il y va à fond la caisse, ce qui attire beaucoup
de commentaires amenant même certains à le comparer à
Nicolas Sarkozy. Mais comparaison n’est pas raison. Non seulement
en 15 jours, il est un peu prématuré de faire un bilan surtout
qu’il n’a rien fait dans ce laps de temps d’édifiant
contrairement à Nicolas Sarkozy qui a annoncé à l’avance
son programme et qui, dès le jour de son élection, s’est
mis en chantier pour le réaliser. Avec Tertius Zongo, nous en sommes
encore aux salamalecs, et qui plus est, d’un premier Ministre qui
n’a véritablement de pouvoirs que ceux que veut bien lui
donner le chef de l’Etat. S’il en avait comme Sarkozy, ce
ne sont pas les urgences qui manqueraient et les raisons d’engager
la rupture pour combattre la catastrophe démocratique que l’on
ne peut plus nier.
LA DEMOCRATIE EN PERIL
Notre pays connaît des fissures dans le consensus social et national
à cause de l’inégalité qui se creuse entre
catégories sociales comme des disparités grandissantes entre
régions. Il y a, dans le constat de plus en plus net, d’une
gouvernance qui laisse à désirer, le naufrage en cours de
la démocratie. Ne serait-ce que sur ce plan, la tâche est
immense et la position que défend l’UNDD depuis plusieurs
années, est plus que jamais d’actualité.
Les gouvernants devraient cesser d’abord de jouer de la flûte
aux Burkinabé en répandant partout et à chaque occasion,
que la démocratie a pris racines et qu’elle est poussée
par les vents les plus favorables. Il s’agit là de mensonges
qui sont d’autant plus vains qu’ils ne trompent personne et
qu’ils ne sont surtout pas en mesure de divertir la vigilance de
l’histoire. Alors, il faut faire l’aveu que l’on a démarré
la course sur un mauvais pied pour repartir sur le bon.
Si cet aveu était fait, il s’agira maintenant de lancer le
travail de refondation démocratique en abandonnant l’esprit
de toujours qui consiste, à chaque fois qu’on engage une
réforme, de la vider de son contenu. Il faut ici, pour ne pas retomber
dans les mêmes travers, aller au fond du diagnostic pour trouver
les meilleures médications au mal qui ronge la démocratie.
A l’UNDD, nous l’avons fait depuis
longtemps.
La démocratie a mal pris son envol parce que, dès le début,
le pouvoir l’a plombée en enrayant tous les principes sur
lesquels elle repose : la séparation des pouvoirs est battue en
brèche par la mainmise sur tous les organes de l’Etat ; les
organes de contrôle administratifs et politiques comme de la société
civile, sont récupérés pour la plupart. Il en va
de même des instruments électoraux comme la Commission électorale
nationale indépendante, le Conseil supérieur de la communication
et bien évidemment, de l’organe judiciaire suprême,
le Conseil constitutionnel. Avec cela, on ne peut que construire une démocratie
choisie.
Pour extirper le pays des mailles de cette pseudo démocratie, l’UNDD
a toujours assorti ses critiques de propositions concrètes et il
n’est pas superflu de les rappeler pour mettre en garde la classe
politique et les Burkinabé en général, contre la
proposition d’un dialogue faussé.
Il faut pour nous engager des réformes de fond, intéressant
aussi bien la Constitution , les lois, les instruments électoraux
que la pratique politique ; le tout devant viser deux objectifs essentiels.
LA SOUMISSION A LA VOLONTE POPULAIRE
Le premier, c’est la reconnaissance du primat de la volonté
populaire.
Pour cela, il faut d’abord commencer à combattre tout ce
qui favorise l’indiscipline électorale, la fraude, la corruption,
les violences, le détournement des missions de l’Etat à
des fins électorales. Il y a assurément le plus gros du
boulot à faire à ce niveau.
Il s’agira d’abord de revoir de fond en comble la CENI pour
qu’elle ait enfin cette indépendance qu’elle n’a
jamais eue. De ce point de vue, elle devra être bipartite, ne comprendre
que la majorité et l’opposition et connaître une rotation
à sa tête : le président sera élu par tous
les membres, et ce à tous les niveaux. Il conviendra de permettre
aux partis politiques qui nomment leurs représentants de pouvoir
les révoquer à tout moment pour éviter leur fonctionnarisation
et donc, leur sujétion à la Direction de la CENI.
Le fichier électoral devra être repris de façon contradictoire
et la pièce d’identification unique et sécurisée,
contenant une photo, devra être consacrée. Pour l’UNDD,
il faudra aussi regrouper toutes les consultations pour minimiser les
frais et donner plus de temps au travail.
On ne peut atteindre de tels objectifs qu’en décidant de
plafonner le montant des dépenses des partis politiques pendant
les campagnes, en interdisant les gadgets et autres moyens qui corrompent
le libre choix des électeurs.
Il faut bien sûr revenir à la région en tant que circonscription
électorale et au scrutin proportionnel à la plus forte moyenne.
Le vote des Burkinabé de l’extérieur devra finir d’être
renvoyé aux calendes grecques, et l’affichage des listes
devra se faire au moins 2 mois avant les scrutins.
Il faudra opérationnaliser le Site Internet de la CENI car il est
difficile de faire des vérifications du fichier, à moins
d’y rester des heures et des heures.
Les inaugurations pendant les campagnes doivent être strictement
interdites et sanctionnées.
Il faudrait adopter une nouvelle formule au niveau des bureaux de vote.
Chaque bureau comportera deux présidences avec tous les documents
en double : documents pour la majorité et documents pour l’opposition.
Chaque électeur, après avoir voté, passera donc par
ces deux présidences pour le remplissage des documents électoraux.
Le soir, il n’y aura plus qu’à confronter les résultats.
Et idem pour le transfert des résultats jusqu’à la
CENI nationale.
Il faudra nécessairement abandonner cette encre indélébile,
qui ne l’est jamais, au profit d’autres systèmes utilisés
ailleurs comme appareils à ultrason et autres, nettement plus fiables.
La formation des délégués des partis devra se faire
tout au long de la législature, avec désintéressement
financier à l’appui. Dans le même ordre d’idées,
le pouvoir devra prendre en charge le travail des délégués
des partis dans les bureaux de vote, le jour du scrutin.
L’arrêt de la votation à 16 heures et non plus à
18 heures s’impose, compte tenu de l’absence d’électricité
dans le pays qui amplifie les fraudes au niveau des procès-verbaux
et autres feuillets de dépouillement.
LE RESPECT DES PARTIS POLITIQUES
Le deuxième point sur lequel l’UNDD a toujours insisté,
c’est la réhabilitation du droit des partis politiques. Le
pouvoir a toujours eu du mépris pour les partis politiques. N’ayant
accepté la démocratie qu’à contrecœur,
il a travaillé à la pervertir, à la récupérer
notamment en déstabilisant les partis, en les affaiblissant, et
à défaut, en en créant dans tous les bords (majorité,
opposition) qui lui répondent au doigt et à l’œil.
Plus grave, il a encouragé, en violation de la Constitution , des
partis ethniques, sectaires, corporatistes, de telle sorte qu’au
jour d’aujourd’hui, il existe à l’Assemblée
des députés qui pourraient répondre de leaders occultes
politiques, opérateurs économiques, chefs traditionnels
…. On voit, par ce canal, comment on est engagé dans la privatisation
des institutions, avec tous les dangers de récupération
maffieuse que cela comporte.
Il est impérieux de redonner aux partis politiques, la place qui
est la leur en démocratie. Et pour cela, il faut commencer par
définir des frontières entre majorité et opposition,
à revoir les conditions de création des partis politiques
pour en limiter le nombre et favoriser un leadership de qualité.
Pour les élections, il importera que les partis politiques puissent
au moins être présents dans la moitié des circonscriptions.
Il est évident qu’il ne sera pas possible de réhabiliter,
et le droit de suffrage et le droit des partis politiques, si le pouvoir
continue à monopoliser tous les organes de l’Etat, à
inféoder l’administration, l’armée, utilisant
les biens et les relations de l’Etat pour sa politique partisane.
De la même façon, il sera difficile d’y parvenir si
la première Dame, qui n’a pas de statut officiel, continue
à être aussi présente et aussi omnipotente dans la
vie publique et politique. Il sera par ailleurs difficile de sauver la
démocratie si les médias d’Etat restent aussi désespérément
la propriété personnelle et exclusive du parti au pouvoir
et si ce dernier continue de polluer la vie des médias privés
en trustant bien des journalistes et en inondant le milieu de journaux
qu’il contrôle.
Par ailleurs, la politique « genre » doit être appuyée
par une nouvelle politique qui échappe à la mainmise du
pouvoir et qui fait que non seulement les femmes restent toujours instrumentalisées
mais que l’objectif est trahi parce que ce sont toujours les femmes
proches du pouvoir qui bénéficient de ces politiques. Il
est en effet difficile au Burkina Faso, comme dans les régimes
d’hégémonie politique, que les femmes, qui ont naturellement
de la peine à militer, puissent s’engager dans les partis
politiques d’opposition.
Enfin, un dialogue sincère visant une refondation véritable
devra être couronné par ce nouveau départ qui se manifestera
par la reprise de toutes les élections en fin 2008 et évidemment
par l’engagement du chef de l’Etat à ne plus se représenter
à tout nouveau mandat. Ce n’est que de cette façon
que chacun confessera ses fautes et prendra l’engagement d’un
nouveau départ en espérant convaincre qu’il n’y
aura plus jamais ça ! Tout le reste ne sera que bricolage et petits
coups fourrés entre amis, sur le dos du peuple !
Ouagadougou, le 25 juin 2007
Mariam OUEDRAOGO
Secrétaire nationale chargée de la promotion
de la Femme de l’UNDD
|