Chronique
d'un putsch annoncé:
le
passage de l'ADF-RDA à l'UNDD
Lettre
ouverte à tous les supporters de la
démocratie et du bien commun
J'écris
cette lettre en ce moment alors qu'un complot est organisé visant à me rendre
politiquement silencieux par tous les moyens possibles. Le Burkina Faso est
mon pays. C'est ici que j'ai vécu toute ma vie. C'est ici que j'ai élevé ma
famille et que j'ai rêvé qu'un jour mes enfants parleraient de leur pays avec
la fierté de ceux qui ont été témoin du passage de la tyrannie à la démocratie.
Il
y a encore quelque temps, ce rêve était à portée de nos mains. En effet, en
mai 2002, et ce pour la première fois, la voix du peuple burkinabé a été entendue
et prise en compte lors d'élections législatives. Au cours de ces élections,
un réel dialogue avait été établi, donnant l'impression qu'une réelle alternance
démocratique était au tournant. De plus, le déclin du régime de Charles Taylor,
la marche vers sa fin étant donné les récents événements dont la demande du
président américain George W. Bush, portant sur la démission de Charles Taylor,
constituaient un véritable espoir de changement démocratique en Afrique.
Mais
ces espoirs ont été brutalement réduits à néant, car une fois de plus, une
campagne de manipulations et d'intimidations au sein de l'opposition a été
organisée visant à protéger les acquis de certains au détriment de la justice
sociale et politique pour tous. Non content d'avoir été cité dans certains
conflits régionaux, le Burkina Faso est à présent un pays où les libertés
politiques sont piétinées ; au cours du week-end passé (29/06/2003), il a
été organisé un putsch visant à m'exclure de mon propre parti politique, l'Alliance
pour la Fédération et la Démocratie/Rassemblement Démocratique Africain (ADF-RDA),
putsch émaillé d'actes d'intimidations, de pressions multiples, de débauche
de moyens financiers…, et qui -compte tenu des précédents- risque d'être reconnu
légal par les autorités du pays en dépit de son vice de procédure.
Au niveau
national, les conséquences d'un tel putsch sont dangereuses, étant donné qu'une
diminution de la réelle opposition ouvrent la voie pour une modification de
la Constitution, repoussant les limites du mandat présidentiel au bon vouloir
du prétendant en place.
Au niveau international, l'apathie générale face au
développement et au renforcement d'un axe " dangereux " reliant des gouvernements
aux rebelles ouest-africains constitue un danger non seulement pour la démocratie
elle-même mais aussi pour la paix au sein de la communauté internationale.
Au
vu des événements qui ont actuellement lieu à Monrovia et qui pourraient se
produire dans toutes autres capitales ouest-africaines, n'est-il pas évident
qu'il est préférable que la communauté internationale réagisse en aidant par
tous les moyens les défenseurs de la démocratie ? Au-delà de ma propre sécurité,
il en va du futur de l'Afrique. Sans démocratie, l'absence de liberté, la
pauvreté -et toutes sortes d'actes de désespoir qui peuvent en découler- seront
le lot quotidien de milliers d'Africains.
A
tous ceux pour qui le destin des peuples de l'Afrique de l'Ouest importe,
et à tous ceux qui croient en la démocratie, agissez ! J'en appelle à vous
qui lisez cette lettre et vous prie d'envoyer un message au président George
W. Bush, au secrétaire général Kofi Anan et enfin à tous ceux qui luttent
pour l'établissement de la démocratie en Afrique demandant une réaction diplomatique
aujourd'hui plutôt que le silence générateur de conflits.
OUAGADOUGOU,
le 30 Juin 2003
Hermann
YAMEOGO, Président de l'ADF-RDA
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