San Finna N°283 du 25 au 31 Octobre 2004
"Il n'est de Liberté qu'en dehors de l'Abus"

  


AFFAIRE HERMANN YAMEOGO

Depuis que Herman Cohen était entré dans une colère historique contre les autorités de notre pays en leur promettant en substance les flammes de l'enfer pour cause d'ingérences inacceptables, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts mais les gentillesses de ce genre n'ont pas fini d'être déversées sur la patrie des hommes intègres. Tour à tour, on a parlé de pays voyou, mercenaire, maffieux. Aujourd'hui, on parle de pays contrefacteur.

I. - Montages, mensonges et faux à gogo !

En effet, transformer le faux en vrai et inversement, trouver des preuves pour des procès montés et tenter de les faire avaler à l'opinion, notamment par les possibilités immenses offertes par la révolution dans les moyens de communication, voilà ce à quoi la gouvernance s'est employée. Voilà ce à quoi la gouvernance au Faso s'emploie depuis des années. Les partenaires au développement, bien qu'avec le langage modéré qu'on leur connaît, n'ont pas manqué à l'occasion, de souligner leur scepticisme vis-à-vis des chiffres généreux qu'on leur offrait comme étant les indicateurs du tableau de bord de notre économie pour donner l'illusion d'une bonne gouvernance et d'une croissance corrélative. Mais il n'y a pas que le faux en matière économique à reprocher aux dirigeants de la 4ème République. Halidou Ouédraogo, Président du pays réel, est bien placé pour en savoir quelque chose. Que n'a-t-on pas fait il y a quelque temps pour donner foi aux accusations de trahison, d'apatridie, de collusion avec des puissances étrangères.. formulée contre lui et reprises en boucle par bien de médias nationaux et internationaux ? On n'a pas hésité à faire un faux, un faux portant la signature de Henri Konan Bédié pour convaincre définitivement que Halidou Ouédraogo était bel et bien coupable de ce dont on l'accusait. Il a fallu du temps pour que l'opinion, peu habituée à ce genre de pratiques déloyales, émerge de la confusion. Il a fallu du temps mais aussi un travail monstre a contrario notamment de certains médias tels l'Indépendant, pour réduire l'impact de ce travail de faussaire et informer l'opinion que les techniques de manipulation médiatique, notamment par les moyens informatiques, sont infinies et peuvent servir la cause du bien comme du mal.
Pour preuve, dans l'affaire Hermann Yaméogo, qui pourrait bien inspirer un film, le pouvoir n'a pas tiré les leçons du passé. A court d'arguments et de preuves, il a d'autant plus choisi de faire encore dans la contrefaçon qu'il s'est convaincu depuis longtemps que le pouvoir et lui, c'est une seule et même chose. C'est ainsi qu'après avoir délibérément avancé des contre-vérités, Sidwaya a confectionné un faux qui eût pu, comme pour l'affaire Halidou Ouédraogo, déstabiliser quelque peu l'opinion. Mais malheureusement pour lui, le caractère grossier et les incohérences du document ont vite fait de confondre les contrefacteurs. Par ailleurs, à part Sidwaya, les organes affidés au pouvoir et bien sûr, leurs relais internationaux comme Le Patriote ou 24 heures, personne de sérieux n'a même osé évoquer cette fameuse lettre publiée le 13 Octobre dernier. D'autre part, l'opposition a promptement réagi à travers une conférence de presse le 14 Octobre dernier qui, bien qu'insuffisamment répercutée, n'en a pas moins cloué le bec aux faussaires. Mais même si ce faux n'a pas convaincu grand monde, ni les observateurs avisés ni les diplomates, il n'en a pas moins circulé sur Internet, ce qui fait que le préjudice en terme d'image est incommensurable.

En ce moment, le pouvoir s'efforce d'accréditer l'idée d'une réunion de déstabilisation qui se serait tenue à Conakry avec des officiers de plusieurs pays et qui devait aboutir à infiltrer armes et combattants au Burkina Faso pour déstabiliser le régime en prenant pour base d'assaut, Koudougou. Comme pour toutes les autres accusations, qui ont été suivies de démentis, la Guinée par la voix de son Ministre de l'intérieur taillera en pièces cet autre mensonge. Pour imiter l'Indépendant et un peu aussi JJ dans sa dernière livraison, nous avons tenté un petit exercice de montage pour que les lecteurs se rendent compte que lorsqu'on n'a pas des gouvernants préoccupés des valeurs démocratiques et éthiques, on peut comme l'a souligné quelqu'un, assister à la chute abyssale des valeurs au pays des hommes intègres.

Voici ci-dessous un montage de photo qui pourrait faire croire que le Président Ould Taya et le président de l'UNDD ont des relations amicales et qu'ils se sont rencontrés à Nouakchott.

 


En réalité, il s'agit d'une photo prise lors d'un passage du Président mauritanien à Ouagadougou. Hermann Yaméogo étant à l'époque au gouvernement, a eu droit à la poignée de mains comme tous les autres membres du gouvernement en présence du chef du protocole et d'autres personnalités reconnaissables, ainsi que l'atteste la photo non trafiquée publiée ci-dessous.

Alors que montages, mensonges, faux, se succèdent à gogo, on se perd en conjectures sur le fin mot de tout cela.

Lorsqu'on considère les sorties péremptoires de Djibril Bassolet, les accusations à l'emporte-pièce jamais vérifiées, le ton méprisant qu'il prend parfois pour parler de certains chefs d'Etat qui ne sont pas ses égaux, on se dit : de trois choses l'une. Soit, cette assurance tranquille de D. Bassolet s'explique par la source jugée super A, indiscutable de l'information faisant état de la présence de Me Yaméogo à Nouakchott et de ses menées subversives dans ce pays. Notre Ministre en était donc si certain qu'oubliant toute prudence, il a omis de soumettre à la vérification empirique ce genre d'informations. Tête baissée, il a foncé et se retrouve à gérer tout seul cette venimeuse information qui secoue la République. Ou bien, Djibril Bassolet n'est que l'instrument inconscient d'une conspiration qui vise à accuser les contradictions du régime afin de l'amener à ce point de non-retour où un larron espère tirer les marrons du feu. Enfin, il se peut que ce soit un coup monté des adversaires de Bassolet lui-même, et il n'en manque pas à ce qu'on dit, qui auraient décidé de le gonfler à bloc afin que, ne se sentant plus, il baisse la garde au point d'avancer des accusations qui se révèlent des tuyaux percés et qui en tout autre lieu auraient débouché sur sa démission volontaire ou forcée.

Mais dans tous les cas de figure, ce sont des mauvaises pratiques du pouvoir, tout à fait étrangères à la thématique de la bonne gouvernance, qu'on met au grand jour au moment même où l'on monte les grands chapiteaux de la Francophonie qui a choisi de transporter ses pénates dans un pays qui n'est pas peu fier, ainsi que le rapportent à l'envie certains médias et certains milieux diplomatiques, de ses prouesses démocratiques et de développement durable en général. Le pouvoir, qui finalement se retrouve en mauvaise posture, donne l'occasion de se voir retourner, et avec cette fois-ci des preuves à n'en plus finir, les accusations de trahison, d'apatridie, d'intelligence avec des puissances étrangères, qu'il a voulu monter en neige pour écarter de la course aux élections présidentielles un opposant qu'il craint et d'une façon générale, fragiliser l'opposition.

La contre-performance de toute cette cabale se vérifie aussi à l'insidieux processus d'internationalisation maintenant affichée de la crise dans laquelle se démêlait la Côte d'Ivoire. Maintenant, on ne peut plus parler de crise ivoiro-ivoirienne. Quand des journaux comme Le Patriote, suivant l'exemple de Sidwaya, s'en prennent à des hommes politiques de l'opposition qui ont leur opinion au Burkina Faso comme en Côte d'Ivoire, quand au plan international, l'opinion se divise par rapport aux partisans et aux adversaires des différents protagonistes de la crise, quand tout cela se joue avec en toile de fond la question primordiale des ingérences chroniques du pouvoir Compaoré dans les affaires des autres pays, on a là véritablement un cocktail détonant.

II. - La dernière trouvaille de Djibril Bassolet

Sidwaya, dans sa livraison du 22 Octobre 2004, répercute de nouvelles accusations du pouvoir : " Il est apparu en effet que l'intéressé (NDLR : Me Yaméogo) a effectué deux visites à Conakry successivement en mai et en septembre 2004. Il aurait été hébergé à la case n° 3 de la cité Belle vue. Au cours de son second séjour, il a eu selon la lettre de Bassolé, une séance de travail sur une opération de déstabilisation du Burkina Faso. Etaient présents à cette réunion entre autres nationalités, des représentants de la Côte d'Ivoire et de la Mauritanie : Monsieur Digridi, Conseiller du Président Gbagbo, le Colonel Niawa Kossi Assé, l'Attaché militaire auprès de l'Ambassade de Côte d'Ivoire à Conakry, le Commandant Ould Mohamed, neveu du président Ould Taya. Auraient été selon nos sources également présents avec Me Hermann Yaméogo des Burkinabè répondant aux noms de Zoungrana Tibo, Sankara Georges, Traoré Issa et Sawadogo Lamine " (in Sidwaya du 22 Octobre 2004).

Que faut-il en penser ? Il faut tout d'abord s'étonner de la méthode choisie pour propager une lettre officielle envoyée par un ministre à des autorités étrangères. Ensuite, selon les milieux proches de l'UNDD, qui se délectent de ce nouveau tuyau crevé, la " révélation " de Sidwaya ne serait qu'une version édulcorée de ce qui devait être portée à la connaissance de l'opinion. Depuis quelques jours, ils avaient l'information que dans les milieux de la gendarmerie et du ministère de la Sécurité, se concoctaient de nouveaux montages. A défaut d'avoir pu confectionner un faux passeport ivoirien ou français qui porterait mention des passages de Me Yaméogo en Mauritanie, on s'acharnait à vendre un nouveau produit : Me Yaméogo s'est rendu avec l'épouse du président de l'Assemblée nationale qui est sa cousine, avec un capitaine ivoirien proche du président Gbagbo, un conseiller de ce dernier à Conakry. A ce conclave, il y avait des officiers guinées, togolais, ghanéens, libériens, sierra leonais, sénégalais, mauritaniens (eux venus par vol spécial !), burkinabé. Le Président de l'UNDD a pris l'engagement de faire de sa région, Koudougou, une base à partir de laquelle on acheminerait armes et combattants pour partir à l'assaut du pouvoir…
Mais instruit par la réaction négative de l'opinion et des partenaires, le Ministre s'est gardé de livrer les noms qui pouvaient provoquer des réactions en chaîne de certains pays. Vraiment, on peut dire que c'est le " delirium tremens ", c'est pas joli, joli. Tout le monde sait au Burkina Faso que le mois de mai a été un mois particulièrement chargé pour l'opposition et pour Me Yaméogo. Il ne s'est pas passé de semaine sans que ce mois ne soit ponctué par des activités politiques au sein de l'opposition ou de l'UNDD, ou par des activités sociales. Il faut arrêter cette escalade infernale et libérer Noël Yaméogo.

 

Victory Toussaint