Cette rencontre, qui intervient au lendemain des élections municipales,
vise à édifier l’opinion nationale et internationale sur
l’extrême gravité des fautes qui ont caractérisé
ce scrutin.
Le parti, on s’en souvient, avait dans une déclaration, rejeté
les consultations et demandé tout simplement la mise à plat du
processus démocratique. L’UNDD est arrivée à ce constat
parce que, depuis l’avènement de la 4 ème République,
les fraudes, les corruptions, les violences électorales, sont allées
se démultipliant tout au long des élections pour atteindre maintenant
le point de rupture.
A travers les témoignages qui seront faits au cours de cette rencontre,
il sera établi qu’on ne pourra pas cette fois-ci accepter les élections
en utilisant la formule consacrée d’ « élections marquées
par quelques dysfonctionnements mais globalement acceptables ». Les atteintes
à la liberté du suffrage, plus graves les unes que les autres,
ont été constatées sur l’ensemble du territoire national
: votes multiples, par anticipation, listes parallèles, isoloirs inexistants,
bureaux de vote dans des domiciles, détention et rétention de
cartes d’électeurs, détournements de cartes d’électeurs,
non-conformité des documents, dépouillements secrets, absence
de scellés de rechange, intimidation des chefs traditionnels, coups et
blessures, corruption massive les deux derniers jours du scrutin, complicité
active des forces de l’ordre et des démembrements de la CENI avec
les partis de la mouvance présidentielle…
Et ce qu’il faut relever de nouveau et qui renforce les dénonciations,
c’est qu’il n’y a plus seulement que l’UNDD et les partis
de l’opposition à stigmatiser ces élections. On relève
que des organisations de la société civile chargées de
la supervision des élections ont osé, cette fois-ci, être
critiques vis-à-vis du scrutin. La plupart de ces organisations ont avancé
des dénonciations prudentes mais il s’en est trouvé comme
l’Organisation indépendantes des élections (OIE) qui ne
sont pas allées du dos de la cuillère pour dénoncer les
dérives lourdes constatées au cours des élections du 23
avril dernier (Lire Sidwaya du 9 mai 2006). Cette fois-ci, on ne pourra plus
dire que l’opposition est mauvaise perdante, on pourra d’autant
moins le dire à l’avenir que, plus grave encore, la CENI est totalement
empêtrée dans les conséquences de son instrumentalisation
par le pouvoir, de son refus de faire droit aux demandes de l’opposition
par son incompétence notoire. Après avoir en effet déclaré
à tout vent qu’elle avait su tirer son épingle du jeu de
l’organisation de ce scrutin, moquant sans retenue tous ces contradicteurs,
voilà qu’elle se retrouve avec une gueule de bois au lendemain
de la publication des résultats provisoires.
Le choc est tellement grand que, toute affaire cessante, elle a initié
concertation sur concertation, réunion sur réunion, pour voir
comment rattraper les monstruosités relevées.
Mais comment réparer de telles fautes lorsqu’elle sont irréfragables
? Comment justifier qu’une liste ayant obtenu au dépouillement
400 voix, se retrouve avec 200 voix à la publication des résultats
? Comment expliquer que des partis politiques qui n’ont pas présenté
de candidats dans une circonscription se retrouvent avec un ou plusieurs élus
? Comment expliquer que les partis ayant au dépouillement, au vu et au
su de tous, obtenu des élus, en soient dépouillés après
le travail de la CENI ? Comment expliquer que sur les documents officiels, le
nombre des conseillers à pourvoir se retrouve en nombre inférieur
ou supérieur à la publication des résultats ?...
Tous ces faits n’ont pas été relevés dans une seule
circonscription mais dans quasiment toutes les circonscriptions du Burkina Faso.
L’UNDD, pour ne s’en tenir qu’à sont seul cas, est
concerné par une multitude de ces atteintes au suffrage dans le Centre-Ouest,
dans le Sud Ouest, dans le Centre Sud…. Et le décompte macabre
n’est pas encore terminé à l’heure qu’il est.
La réunion du samedi 13 mai a donc pour objet de confondre la CENI et
de solliciter de l’opinion et des partenaires financiers qu’ils
mettent un terme à leur attitude complaisante vis-à-vis du pouvoir.
La preuve est définitivement faite, pour parler commun, que la démocratie
est encore plus mal barrée au Faso.
Il n’y a d’autres solutions que d’en prendre acte courageusement
et de reprendre l’ouvrage. Les mathématiciens connus pour leur
rigueur le disent : lorsque le premier chiffre est faux, toute l’opération
est fausse ! On ne peut pas construire une bonne démocratie dans le mépris
des principes qui la guident et pour l’UNDD, il faut tout remettre à
plat et s’activer à travers des élections générales
anticipées (sans évidemment la participation de Blaise Compaoré),
à rattraper les erreurs trop longtemps tolérées afin de
réparer les torts causés au peuple par ce viol continu de sa volonté
souveraine.
Mais la rencontre dont on voit l’importance des enjeux, aura aussi pour
but de sensibiliser les participants à la nécessaire jonction
des forces politiques et sociales dans une union sacrée pour arracher
la réhabilitation de la démocratie. C’est ainsi, et ainsi
seulement, que l’on mettra fin à la démocratie unanimitaire
en construction et que, libérant le pays du hold-up dont il est victime,
il pourrait être mis en œuvre des politiques plus soucieuses des
demandes sociales et politiques.
Ouédraogo Adama
Conseiller municipal
KOUDOUGOU