RENCONTRE DE VERITE ET DE MOBILISATION DE L’UNDD DU 13 MAI 2006 AU CBC - JUSTIFICATIONS

Cette rencontre, qui intervient au lendemain des élections municipales, vise à édifier l’opinion nationale et internationale sur l’extrême gravité des fautes qui ont caractérisé ce scrutin.
Le parti, on s’en souvient, avait dans une déclaration, rejeté les consultations et demandé tout simplement la mise à plat du processus démocratique. L’UNDD est arrivée à ce constat parce que, depuis l’avènement de la 4 ème République, les fraudes, les corruptions, les violences électorales, sont allées se démultipliant tout au long des élections pour atteindre maintenant le point de rupture.
A travers les témoignages qui seront faits au cours de cette rencontre, il sera établi qu’on ne pourra pas cette fois-ci accepter les élections en utilisant la formule consacrée d’ « élections marquées par quelques dysfonctionnements mais globalement acceptables ». Les atteintes à la liberté du suffrage, plus graves les unes que les autres, ont été constatées sur l’ensemble du territoire national : votes multiples, par anticipation, listes parallèles, isoloirs inexistants, bureaux de vote dans des domiciles, détention et rétention de cartes d’électeurs, détournements de cartes d’électeurs, non-conformité des documents, dépouillements secrets, absence de scellés de rechange, intimidation des chefs traditionnels, coups et blessures, corruption massive les deux derniers jours du scrutin, complicité active des forces de l’ordre et des démembrements de la CENI avec les partis de la mouvance présidentielle…
Et ce qu’il faut relever de nouveau et qui renforce les dénonciations, c’est qu’il n’y a plus seulement que l’UNDD et les partis de l’opposition à stigmatiser ces élections. On relève que des organisations de la société civile chargées de la supervision des élections ont osé, cette fois-ci, être critiques vis-à-vis du scrutin. La plupart de ces organisations ont avancé des dénonciations prudentes mais il s’en est trouvé comme l’Organisation indépendantes des élections (OIE) qui ne sont pas allées du dos de la cuillère pour dénoncer les dérives lourdes constatées au cours des élections du 23 avril dernier (Lire Sidwaya du 9 mai 2006). Cette fois-ci, on ne pourra plus dire que l’opposition est mauvaise perdante, on pourra d’autant moins le dire à l’avenir que, plus grave encore, la CENI est totalement empêtrée dans les conséquences de son instrumentalisation par le pouvoir, de son refus de faire droit aux demandes de l’opposition par son incompétence notoire. Après avoir en effet déclaré à tout vent qu’elle avait su tirer son épingle du jeu de l’organisation de ce scrutin, moquant sans retenue tous ces contradicteurs, voilà qu’elle se retrouve avec une gueule de bois au lendemain de la publication des résultats provisoires.
Le choc est tellement grand que, toute affaire cessante, elle a initié concertation sur concertation, réunion sur réunion, pour voir comment rattraper les monstruosités relevées.
Mais comment réparer de telles fautes lorsqu’elle sont irréfragables ? Comment justifier qu’une liste ayant obtenu au dépouillement 400 voix, se retrouve avec 200 voix à la publication des résultats ? Comment expliquer que des partis politiques qui n’ont pas présenté de candidats dans une circonscription se retrouvent avec un ou plusieurs élus ? Comment expliquer que les partis ayant au dépouillement, au vu et au su de tous, obtenu des élus, en soient dépouillés après le travail de la CENI ? Comment expliquer que sur les documents officiels, le nombre des conseillers à pourvoir se retrouve en nombre inférieur ou supérieur à la publication des résultats ?...
Tous ces faits n’ont pas été relevés dans une seule circonscription mais dans quasiment toutes les circonscriptions du Burkina Faso. L’UNDD, pour ne s’en tenir qu’à sont seul cas, est concerné par une multitude de ces atteintes au suffrage dans le Centre-Ouest, dans le Sud Ouest, dans le Centre Sud…. Et le décompte macabre n’est pas encore terminé à l’heure qu’il est.
La réunion du samedi 13 mai a donc pour objet de confondre la CENI et de solliciter de l’opinion et des partenaires financiers qu’ils mettent un terme à leur attitude complaisante vis-à-vis du pouvoir. La preuve est définitivement faite, pour parler commun, que la démocratie est encore plus mal barrée au Faso.
Il n’y a d’autres solutions que d’en prendre acte courageusement et de reprendre l’ouvrage. Les mathématiciens connus pour leur rigueur le disent : lorsque le premier chiffre est faux, toute l’opération est fausse ! On ne peut pas construire une bonne démocratie dans le mépris des principes qui la guident et pour l’UNDD, il faut tout remettre à plat et s’activer à travers des élections générales anticipées (sans évidemment la participation de Blaise Compaoré), à rattraper les erreurs trop longtemps tolérées afin de réparer les torts causés au peuple par ce viol continu de sa volonté souveraine.
Mais la rencontre dont on voit l’importance des enjeux, aura aussi pour but de sensibiliser les participants à la nécessaire jonction des forces politiques et sociales dans une union sacrée pour arracher la réhabilitation de la démocratie. C’est ainsi, et ainsi seulement, que l’on mettra fin à la démocratie unanimitaire en construction et que, libérant le pays du hold-up dont il est victime, il pourrait être mis en œuvre des politiques plus soucieuses des demandes sociales et politiques.

Ouédraogo Adama
Conseiller municipal
KOUDOUGOU