AFFAIRE HERMANN YAMÉOGO
Le R16 démontent les preuves de Bassolé


Les pièces à conviction brandies par les autorités burkinabè contre le président de l'UNDD, Hermann Yaméogo, accusé d'intelligence avec des pays hostiles, notamment la Mauritanie, ne résistent ni à l'analyse sommaire de forme ni à celle de fond. C'est en substance ce qu' a soutenu avec forces convictions le R16 au cours de la conférence de presse qu'il a animée le jeudi 14 octobre 2004 à partir de 15 heures au siège du PAI.
Accusé de "trahison et de collusion avec des puissances étrangères hostiles au Burkina", le député Hermann Yaméogo est menacé d'une levée de son immunité parlementaire.
Comme preuve de la culpabilité de l'héritier du premier président, Maurice Yaméogo, le ministre de la Sécurité, Djibril Bassolet, a, au cours d'une conférence de presse, rendu publiques le 30 septembre 2004 trois "pièces à conviction" :

ce sont notamment la copie d'une "lettre" que le président Laurent Gbagbo de Côte-d'Ivoire aurait envoyée en date du 22 septembre 2004 à son homologue mauritanien, auquel il recommandait Me Hermann Yaméogo ; une deuxième "lettre" du même auteur, adressée au président en exercice de la CEDAO, John Kufuor, et enfin un fax, qui aurait été envoyé à Noël Yaméogo depuis un télécentre de Ouagadougou et dont "Le numéro est connu".

Dans sa déclaration liminaire, livrée par Mathieu N'Do de l'UNDD, le R16, qui regroupe 16 partis de l'opposition burkinabè, a relevé que l'examen sommaire de ces trois documents révèle tant d'insuffisances dans leur forme que de contradictions dans le fond. Toutes choses qui prouvent, si besoin est, qu'ils sont des "faux résultant d'une machination entièrement conçue et exécutée à Ouagadougou telle que le permettent aujourd'hui les techniques informatiques".

Concernant la forme, les partis d'opposition ont marqué leur étonnement face au manque d'en-tête, des armoiries, des références des lettres et des cachets à côté des signatures en fin de correspondances.

Quant au fond, des "contradictions trop criardes" ont été relevées. En effet, dans la lettre de Laurent Gbagbo datée du 22 septembre et recommandant le président de l'UNDD à son homologue mauritanien, le destinateur indique qu'il a déjà saisi le président ghanéen ; pourtant il ne le fera que le 26 septembre 2004 soit quatre jours plus tard.

Trop de contradictions

Les informations qui auraient été faxées à Noël Yaméogo le 23 septembre ont paradoxalement fait l'objet de la lettre de Gbagbo datée du 22 septembre, c'est-à-dire un jour plus tôt.

Pour Issa Tiendrébéogo, secrétaire général du GDP, et un des animateurs de cette conférence de presse, le pouvoir cherche à salir l'image de l'opposition et de ses leaders à l'approche d'élections capitales tout en s'activant quotidiennement dans sa campagne dans la perspective desdites élections.

Très remonté, le député Fidèle Hien de l'UNDD a dénoncé la violation de l'immunité parlementaire de son président, dont le passeport est toujours gardé par la police. Fragiliser l'opposition, cela pourrait s'inscrire dans le cours normal du jeu politique, dont le pouvoir veut se rendre maître.

Il revient donc à cette opposition, qui aspire à la magistrature suprême, de faire preuve de témérité avec une unité d'action conséquente pour se frayer le chemin devant tant d'embûches.
Abdou Karim Sawadogo

L'Observateur Paalga -