L’élection présidentielle, comme on le craignait, s’est
déroulée sous l’emprise des fraudes habituelles. Chez nous,
la chose est devenue tellement courante que c’est banal d’en parler
: frauder est devenu un sport national. Nos élections se sont muées
en de joyeuses battues à la fraude électorale. On s’y adonne
avec passion pour exposer par la suite entre amis, les « trophées
» avec ravissements ! Cette course à la fraude électorale
intervient avec d’autant plus de confiance qu’on sait que le pouvoir
lui-même en est le promoteur, et de loin le plus grand mécène.
Juste pour édifier, prenons parmi tant d’autres techniques, ces
cas de votes frauduleux qui ont maintenant acquis leurs « lettres de noblesse
» : le détournement de cartes d’électeurs non retirées
pour utilisation pendant le scrutin. Au Centre Ouest, à la faveur de
la décision de redistribution des cartes qui n’avaient pas été
retirées au moment de l’élection présidentielle,
à cause notamment du mot d’ordre de boycott lancé par l’UNDD,
des découvertes scandaleuses ont été faites. Un grand nombre
d’électeurs ont été exaspérés quand
ils allaient retirer leurs cartes, de constater que la distribution avait déjà
été faite ou que les cartes avaient été utilisées
pour voter en leur lieu et place, à la dernière présidentielle
!
Compte tenu de la nature et de l’envergure du procédé, il
n’est pas superflu de le dénoncer. C’est vrai aussi qu’en
l’état actuel des choses, plus rien ne peut remettre en cause cette
élection, que les cas du genre sont fréquents comme on se souviendra
de l’amère expérience de Me Hermann Yaméogo qui,
allant voter, s’est entendu dire dans le bureau de vote, qu’on avait
déjà rempli son devoir civique à sa place. Mais pour la
mémoire collective, pour le devoir de vérité, il vaut mieux
toujours continuer de dénoncer.
Le procédé vient ainsi renforcer le caractère foncièrement
vicié du scrutin. Utiliser une carte qui ne vous appartient pas expose
à des poursuites pénales parce que c’est contraire aux dispositions
du code électoral.
Cette technique de fraude, pour venir ainsi à chaque scrutin, avec la
régularité d’une horloge, il faut qu’elle ait été
pensée avant exécution par des concepteurs particulièrement
protégés. Ensuite, cette forme de délinquance électorale
par habitude et son extension au plan national, sans qu’il ne s’en
suive jamais véritablement de réactions appropriées de
la CENI, du Conseil Constitutionnel ou de l’Etat en général,
donne des arguments à ceux qui dénoncent depuis des années
les fraudes d’Etat.
Nous avons, en nous rendant sur place au Bulkiemdé, fait des constatations.
Des témoignages édifiants ont été faits. Nous avons
aussi appris qu’une plainte est sur le point d’être déposée.
Témoignage de Victor B. BONKOUNGOU, secteur 3 de Koudougou : «J’ai
été pour me renseigner au bureau de recensement du secteur 3 par
rapport aux cartes d’électeur. Selon Madame X, pendant les présidentielles,
il leur restait 140 cartes. Pour la remise exceptionnelle des cartes pour les
municipales, elle a constaté qu’il restait seulement 40 cartes,
ce qui veut dire que les 100 cartes ont disparu. Cette fraude de retrait de
cartes s’est opérée dans tous les secteurs. Ca veut dire
qu’on a confectionné des actes de naissance fictifs pour utiliser
les cartes pendant le vote ».
Témoignage de Pierre Yaméogo : « Nous avons eu des informations
selon lesquelles un responsable de la CECI de Koudougou remet frauduleusement
des lots de cartes à des responsables du CDP. Nous avons voulu vérifier
l’information. C’est entre autres, à X et Z, pour ne pas
les citer maintenant, tous du CDP (au Secteur 1 et 6 notamment) qu’ont
été remises des lots de cartes. Ledit responsable de la CECI m’a
proposé un lot de cartes contre de l’argent ».
Témoignage du Secteur 6 recueilli par Guissou Gilbert : «Vendredi 31 mars à 17 h, j’étais dans un cabaret appelé « Kalèga » sur la grand route de Palogo. Là j’ai trouvé Félix Zongo, l’un des responsables du CDP de Palogo. Après quelques salutations d’usage, il m’interpella en disant : « Grand frère, la célébration de mon mariage est en vue, j’ai adressé des lettres à beaucoup de responsables du CDP pour demander aide. Jusqu’à présent, il n’y a pas de réponse. Je vais leur jouer un mauvais tour aux municipales. La fraude qu’on a mis en place pour les présidentielles, je la détiens toujours. Des femmes sont venues de Salbisgo voter à Palogo, des gens sont venus de Ouaga pour voter, etc.. Je détiens plus de 50 cartes électorales avec moi, Joseph Yaméogo en a plus de 200. Voilà des actes de naissance de femmes de Salbisgo ». Il a sorti 2 jugements supplétifs de sa poche, et sur chaque jugement, il y avait un papillon qui indiquait le bureau de vote N° 6 à Palogo. Il a continué en disant que si un autre parti venait à lui pour lui donner de l’argent, il orienterait la fraude à son avantage. Là-dessus, je lui ai dit que la présidentielle et les municipales ne se ressemblent pas. Chaque parti aura des représentants dans les bureaux de vote et ce sera difficile. Il me répondit que personne ne peut les empêcher de faire la fraude et que tous ceux qui ont voté à la présidentielle sous la fraude vont continuer à le faire. Comme il haussait le ton, j’ai préféré m’en aller pour aller relater les faits aux candidats de mon parti. Ce témoin s’appelle Guissou Gnankba ».
Témoignage de Jean-Baptiste Yaméogo : « Je suis surpris de constater que mon frère, François Yaméogo, qui n’était pas là pour les élections présidentielles puisque résidant en Côte d’Ivoire, a voté comme par miracle ce jour 13 novembre 2005 ».
Témoignage de Nagda Yaméogo : « Je suis une militante de l’UNDD, j’ai suivi le mot d’ordre de boycott. Je ne comprend pas pourquoi lorsque je suis allée retirer ma carte pour les élections municipales, j’ai lu la mention « a voté ». C’est de l’escroquerie. Je ne suis pas d’accord avec ça ! »
Témoignage de Kouilbi Yaméogo : « J’ai appris qu’il se passait un trafic avec les cartes d’électeur de ceux qui n’ont pas voté. Moi qui n’ai pas voté le 13 novembre dernier, j’ai eu tout le mal possible pour récupérer ma carte car il y avait rétention de ces cartes. Finalement, quand je l’ai récupérée, j’ai vu que quelqu’un avait voté à ma place ! Je veux une enquête pour savoir qui a fait ça et je demande à tous ceux qu’on a roulé comme ça, de ne pas avoir peur de se plaindre ! C’est une honte ! »
En conclusion, Adama OUEDRAOGO, conseiller municipal : «La désorganisation
constante de la CENI a créé un tel foutoir que les démembrements
géraient les listes et les cartes électorales au petit bonheur
la chance. C’est pour ça que les manipulations ne manquent pas.
Il existe à Koudougou, un peu partout, des électeurs, malgré
tout le bien qu’on nous dit de l’audit qui a été réalisé,
qui n’arrivent pas à retrouver leurs cartes d'électeurs
; ils n’avaient pas voté à l’élection présidentielle
: comment se fait-il que leurs cartes se soient évaporées pour
être éventuellement utilisées à d’autres fins
? Ce sont tous ces manquements qui entachent dangereusement la crédibilité
des élections. C'est pourquoi au nom de la société civile,
Michel TAPSOBA, président de la CENI, doit religieusement rendre sa démission
pour les élections à venir si le président du Faso ne le
démettait pas de ses fonctions ».