Le 22 Avril 2004 à 16 heures, conformément à ce qui avait été annoncé, les dirigeants des partis politiques et les députés de l'opposition se sont rencontrés devant les bureaux du premier Ministre. En effet, par lettre déposée auprès de ses services le 19 Avril 2004 dans la matinée, les partis de l'opposition (CDS, CPS, FFS, FPC, GDP, MDR, OBU, PAI, PDP-PS, PDS, PFID, RDEB, UDPI, UNDD, UNIR/MS) avaient sollicité une audience pour le 22 Avril à 16 h. L'objectif était de lui remettre leur Mémorandum sur la proposition de loi portant modification du Code électoral, que des députés CDP ont déposée et dont la discussion à l'Assemblée nationale a été programmée pour le 27 Avril 2004.
Contrairement à l'habitude où le Président de l'Assemblée recherche le consensus, l'inscription de cette proposition de loi à l'ordre du jour de l'Assemblée a été obtenue après un long débat houleux par le vote des seuls députés du CDP et de la majorité présidentielle à la Conférence des Présidents de l'Assemblée nationale chargée d'arrêter les ordres du jour. Le problème est en effet que cette proposition de loi, élaborée unilatéralement par les députés du CDP, vise à modifier profondément les dispositions du Code électoral adopté par consensus en 2001, à la suite de concertations qui avaient associé l'ensemble des formations politiques et des organisations de la société civile intéressées.
C'est pourquoi, les partis de l'opposition, après avoir en vain demandé au groupe parlementaire du CDP de retirer sa proposition de loi en attendant la tenue de concertations préalables avec les partis politiques et les organisations de la société civile, ont rédigé un Mémorandum sur la proposition de loi du CDP. Ils ont ensuite saisi le Premier Ministre dans le but de lui demander de bien vouloir le transmettre au Président du Faso. Ces partis avaient demandé audience auprès du Premier Ministre, en précisant à son Directeur de Cabinet dans la matinée du 22 Avril, que s'il était empêché pour l'heure sollicitée, il pouvait désigner qui il voulait pour recevoir le Mémorandum à sa place.
Le 22 Avril vers 13 heures, le coordonnateur du groupe des partis recevra à son domicile une lettre du Premier Ministre signée par son Directeur de Cabinet, reportant l'audience demandée au 30 Avril 2004, soit trois jours après la date prévue pour la discussion de la proposition de loi à l'Assemblée nationale. Non seulement ce report ôte tout intérêt à l'audience demandée par la lettre du 19 Avril mais en outre, la réception tardive de la lettre correspondante ne permettait même pas au coordonnateur d'aviser les autres partenaires pour convenir des dispositions conséquentes. C'est ainsi que le dirigeants et députés des partis de l'opposition se sont retrouvés comme prévu à 16 heures devant le portail du Premier Ministère.
Les députés et les dirigeants de l'opposition ont été reçus sur le pas du portail par des agents des services de sécurité (gendarmes en civil ou en uniforme) qui leur ont signifié que le Premier Ministre ne pouvait pas les recevoir. Ils ont répondu qu'ils n'étaient pas venus pour l'audience avec le Premier Ministre qu'ils savaient maintenant reportée au 30 Avril, mais pour déposer un courrier à son intention. L'agent de sécurité qui était l'interlocuteur principal a d'abord refusé de prendre le courrier, puis l'a accepté, s'est éclipsé dans un bureau avant de revenir quelques minutes plus tard pour dire que le courrier était refusé.
La délégation des dirigeants des partis et des députés de l'opposition a exprimé vertement son indignation de se voir ainsi traité, rappelant que les services d'une institution comme le Premier Ministère sont des services publics, astreints de ce fait à recevoir le courrier que les citoyens peuvent adresser aux responsables des services ou institutions correspondants. Mais l'agent de sécurité ayant sans doute reçu des consignes sur ce point, refusa catégoriquement que même le seul coordonnateur des partis politiques d'opposition remette le courrier au service d'accueil. Pour finir, il intima à la délégation l'ordre d'évacuer les lieux !
Les partis d'opposition prennent à témoin l'opinion publique de l'attitude inqualifiable adoptée à leur égard par les agents de sécurité du Premier Ministre, agissant sur consignes expresses, tous ces faits s'étant d'ailleurs déroulés devant les représentants de la presse.
Les partis d'opposition expriment leur indignation devant ce qui traduit l'absence de culture démocratique du Premier Ministre, lequel paraît se complaire seulement dans son rôle de militant de base du CDP, comme il l'a si bien dit le 08 Avril dernier à l'Assemblée nationale. Leur indignation est d'autant plus grande que le traitement cavalier qui leur a été réservé est totalement contraire au respect des droits des citoyens et aux règles de fonctionnement ordinaire des services publics. Cette attitude absurde et provocatrice est absolument indigne d'un responsable de l'Etat.
Ouagadougou, le 23 Avril 2004
Pour les partis politiques de l'opposition
Le Coordonnateur
Issa Tiendrébéogo
Secrétaire Général du GDP