Gouvernance
démocratique au Faso
Contrevérités de la Banque Mondiale
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Par
Annouchka YAMEOGO/ STANZLER
Los Angeles , USA ,
Economiste,
Je
suis tombée par hasard sur une étude de la Banque Mondiale
«Stratégie d’appui pour le Burkina Faso - Juillet 2006/Juin
2009 » et je l’ai parcourue, comme on dit, en diagonale. Chemin
faisant, j’ai été littéralement épouvantée
par cette observation péremptoire : « Le Burkina a maintenant
des élections présidentielles, législatives et municipales
multipartisanes et le Gouvernement maintient un dialogue permanent avec
les partis d’opposition dans le cadre de l’Assemblée
nationale ». (P 14). Faux !
Oui, en lisant cette phrase, mon cœur « battit, batta »,
et les bras m’en tombent encore ! Je pensais qu’avec les critiques
montantes dont elle fait de plus en plus l’objet, la Banque Mondiale
saurait en tirer les leçons. Mais que non. C’est à
croire que ses envoyés au pays des hommes intègres voient
les choses différemment des citoyens lambda. Serait-ce parce qu’ils
sont chouchoutés par le régime qui sait y faire ou parce
qu’ils défendent ainsi un de leurs élèves/gouvernants
de l’ajustement structurel dont ils sont, ne l’oublions pas,
les maîtres d’œuvre ?
Je ne dis pas que les choses n’évoluent pas un peu à
certains niveaux au Faso, mais il ne faut pas exagérer. Pour m’en
tenir à l’aspect du document intéressant la gouvernance
multipartisane et le dialogue avec les partis d’opposition, je trouve
déplacées, excessives, les affirmations de l’institution
financière. Son constat n’est pas conforme à l’opinion
qu’on a du multipartisme, en grande partie mité et dénaturé
par le pouvoir et de la démocratie largement dévoyée
en raison notamment de l’assèchement du dialogue démocratique.
Phénomène d’ailleurs partagé en Afrique où
partout se disputent les questionnements sur «Comment faire pour
remettre la démocratie sur les rails, comment ancrer justement
ce dialogue si nécessaire à la démocratie et qui
manque particulièrement entre majorité et opposition ? »
Le dernier Sommet Afrique/France s’est fait l’écho
de ces préoccupations avec une série de manifestations organisées
par les alter mondialistes qui n’ont pas épargné le
chef de l’Etat burkinabé. Il n’est jusqu’à
la campagne présidentielle française qui ne donne l’occasion
de stigmatiser ces dérives de la démocratie africaine et
d’en appeler à une relecture de la politique africaine de
la France. L ’Union africaine elle-même, et par la voix de
sa Commission, a fait le constat de l’échec des processus
démocratiques en Afrique, sans estimer qu’il faille relever
une exception pour le Burkina Faso. Elle a spécialement fait état
du dérèglement des institutions d’Etat (dont le tarissement
du dialogue est la conséquence) pour finalement en conclure à
la nécessité de refonder la démocratie.
La sortie de la Banque est d’autant plus incompréhensible
que précisément l’un des maux chroniques de la démocratie
dénoncé au Burkina Faso de façon récurrente
par l’opposition, est le caractère factice du multipartisme
et la négation des droits de l’opposition dont découle
l’absence de communication démocratique.
En tout cas, si la Banque Mondiale avait un jugement équilibré,
elle aurait écrit qu’il y a eu un petit dialogue en raison
du drame de Sapouy, qui a permis que l’Assemblée ait une
configuration pas trop détestable malgré les fraudes mais
que très vite, le pouvoir se sentant plus fort, est revenu sur
quasiment toutes les avancées pour tout reprendre en main : le
« Tuk Guili », en somme le fameux « winner takes all
», sauf que l’accaparement ici s’apparente à
un rapt total et sans retour !
Si la Banque Mondiale était impartiale, elle n’aurait assurément
pas minimisé des faits aussi négateurs du dialogue que la
révocation du consensus post-Sapouy qui avait permis entre autres
d’adopter ce scrutin plus juste de la représentation proportionnelle
à la plus forte moyenne et de la prise en compte de la région
comme circonscription électorale. Elle aurait donc regretté
le retour au scrutin proportionnel au plus fort reste avec l’injuste
imposition de la province comme circonscription électorale ; elle
n’aurait pas manqué de déplorer le refus -malgré
les exigences de l’opposition- de retenir une seule pièce
d’identification pour voter avec tout ce que cela entraîne
comme fraudes incontrôlables... Elle aurait encore relevé
que, malgré les demandes multiples de l’opposition, le fichier
électoral n’a pas été confectionné ni
audité de façon contradictoire… Enfin, à défaut
de souligner que les opposants à l’Assemblée ne sont
pour la plupart que des figurants jouant le rôle de scribes ou de
«lièvres »parlementaires, la banque de toutes les banques
aurait évité d’énoncer une contrevérité
qui perpétue une image fausse de la démocratie burkinabé
dans le monde entier !
Je ne dis pas ! Le multipartisme aurait pu bien marcher, le dialogue exister
à l’Assemblée nationale et en dehors si le pouvoir
(excusez de la dérision) qui avait pour intention d’y enfermer
le débat dans un espace maîtrisé, avait su jouer de
meilleure hypocrisie ; mais sa monopolisation quasi parfaite des pouvoirs
constitutionnels comme de bien de structures de la société
civile et politique, lui en a fait perdre de vue l’utilité.
Plus sérieusement, le dialogue aurait pu aussi exister et le multipartisme
être stabilisé et consolidé si seulement la loi sur
le chef de file de l’opposition avait été appliquée.
Le coup d’Etat réalisé par le pouvoir en 2003 à
l’ADF/RDA, premier parti d’opposition dont le président
d’alors Me Hermann Yaméogo avait été jugé
indocile, a tout compromis. Plus dommageable, l’incorporation par
la suite de ce parti d’opposition qui s’est mué en
défenseur du programme du chef de l’Etat dans le gouvernement
(fait d’un colossal illogisme en démocratie majoritaire !),
est la preuve ultime que ce dialogue n’était pas et n’est
pas une préoccupation du pouvoir en place. Il ne pouvait d’ailleurs
en être autrement quand on voit comment la Constitution a été
régulièrement violée, la justice asservie pour assurer
le règne sans partage et la pérennisation aux affaires de
ce régime d’un sournois autisme.
En définitive, ce jugement de la Banque Mondiale dessert la démocratie
et la paix parce qu’il constitue une prime pour la mal gouvernance.
Je me perds toujours en conjectures sur les raisons de tant de sollicitude.
Mais peut-être aussi ne faudrait-il pas oublier que la Banque Mondiale
n’est pas une ONG de défense des droits humains mais bel
et bien une institution financière qui fait certes des dons mais
prête aussi et fait des profits, ce qui pourrait l’amener
à soigner de la sorte sa « clientèle ».
En tout état de cause, il me semblait urgent de dénoncer
ces affirmations sur la fonctionnalité du multipartisme et l’effectivité
du dialogue au Burkina Faso.
Que l’on m’excuse si quelque part, j’ai pu choquer par
cet écrit mais il me fallait dénoncer cette imposture. Et
voilà que je me sens déjà mieux.
Sans rancune !
Annouchka YAMEOGO/ STANZLER
Los Angeles , USA ,
Economiste,
Graphiste et programmatrice de sites Internet,
Secrétaire générale chargée de l’économie
et du développement de l’UNDD
Mail : yameogo@hotmail.com
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